Passer au contenu Passer au pied de page

Le nouveau mode de financement divise les universités franco-ontariennes

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – La mise en place d’un mode de financement provincial des collèges et universités basé sur de nouveaux indicateurs pourrait pénaliser les plus petites institutions, dont les institutions franco-ontariennes, craignent certains intervenants. Mais d’autres se montrent relativement optimistes.

« Nous avons une croissance régulière de nos inscriptions, mais avec la baisse de 10 % des frais de scolarité, nous avons enregistré un déficit de revenus de 1,4 million de dollars cette année », explique la rectrice de l’Université Saint-Paul, Chantal Beauvais.

Et la situation risque d’empirer, selon elle, avec le nouveau mode de financement mis en place par le gouvernement progressiste-conservateur et annoncé dans le dernier budget.

« Avant, le financement reposait surtout sur le nombre d’inscriptions, mais là on privilégie les indicateurs de rendement. Ça risque de pénaliser les plus petites institutions, notamment celles en milieu minoritaire comme la nôtre. La formule a été pensée pour tout le monde, mais il risque d’y avoir des effets secondaires non anticipés sur certains. Si on veut vraiment assurer la vitalité de la communauté francophone et garder des étudiants dans les programmes postsecondaires en français, il faudrait prévoir des enveloppes budgétaires additionnelles spéciales. »

Des enveloppes spéciales pour l’éducation dans la langue de la minorité existent déjà, via le financement fourni par le fédéral à la province, mais il en faudrait davantage, selon Mme Beauvais.

« Notre budget l’an prochain ne sera guère meilleur et si ça continue comme ça dans les trois ou quatre prochaines années, ce sera difficile de fonctionner à long terme », dit-elle, suggérant également à la province de donner plus d’autonomie aux universités fédérées, comme l’Université Saint-Paul qui dépend de l’Université d’Ottawa.

« Nous avons pourtant une bonne gestion, sans gaspillage ni dépenses farfelues, de bons signes de vitalité, mais cela ne se reflète pas dans notre budget », regrette Mme Beauvais.

Moins de critères

Dans son premier budget, le gouvernement progressiste-conservateur avait annoncé vouloir revoir le mode de financement des collèges et universités. D’ici l’année scolaire 2024‐2025, la proportion du financement liée au rendement doit passer à 60 %, selon dix critères axés sur l’emploi et l’incidence économique et communautaire.

« Nous sommes passés de 35 à dix critères, c’est plus simple », approuve Michel Doucet, vice-président des services corporatifs du Collège Boréal. « Pour nous, il n’y a pas trop d’inquiétude avec ce nouveau système, car cela fait 20 ans que nous sommes évalués selon des indicateurs de rendement. »

Le Collège Boréal, à Sudbury. Archives ONFR+

M. Doucet juge également favorablement le passage de trois à cinq ans pour ces ententes de financement bilatérales signées par chaque établissement avec la province.

« Cela nous donne une certaine visibilité financière et nous sommes contents que les nouvelles ententes arrivent au moment où nous venons de renouveler notre plan stratégique, pour 2020-2025 », explique le vice-président des services corporatifs du Collège Boréal.

Le recteur de l’Université de Hearst, Luc Bussières, est lui aussi plutôt optimiste.

« Si on atteint nos cibles, nous ne serons pas pénalisés. Et puis, le nouveau processus permet de connaître notre financement à l’avance. On ne devrait pas avoir plus de financement pour les cinq prochaines années, mais on devrait s’en sortir ! »

Particularités francophones

Selon M. Bussières, les institutions postsecondaires disposent d’une certaine flexibilité quant aux indicateurs à privilégier. Un facteur important, car malgré son optimisme mesuré, M. Doucet souhaite que la province tienne compte des particularités des institutions franco-ontariennes.

« C’est une de nos préoccupations. Nous avons insisté auprès du gouvernement sur l’importance de la composante provinciale du Collège Boréal et sur la particularité des institutions francophones. On ne cherche pas à être traité différemment, mais on doit tenir compte du fait que notre bassin de population est plus restreint quand on regarde l’indicateur lié à notre impact économique, par exemple. »

Les négociations entre le ministère des Collèges et Universités et les 45 universités et collèges qui reçoivent du financement provincial doivent se poursuivre. Les signatures devraient intervenir d’ici fin mars.

« C’est encore un peu difficile de connaître l’impact particulier pour les institutions franco-ontariennes, mais nous avons eu des rencontres satisfaisantes avec le ministère qui connaît notre réalité. Il est certain que nous aurons du mal à être évalués sur certains critères », dit M. Bussières.

Le recteur de l’Université de Hearst, Luc Bussières. Crédit image : Université de Hearst

Jointe par ONFR+, l’Université d’Ottawa a décliné nos demandes d’entrevue, préférant fournir une réponse par écrit.

« Puisque les discussions avec le ministère sont toujours en cours, il est prématuré à ce point-ci de présumer des possibles retombées et impacts », explique notamment l’institution bilingue d’Ottawa dont dépend l’Université Saint-Paul.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
1+