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« Le racisme n’est pas de l’histoire ancienne à Sudbury »

Temps de lecture : 3 minutes

SUDBURY – Sous le soleil plombant, des centaines de Sudburois se sont assemblés au parc Bell pour une manifestation contre le racisme, ce vendredi.

La date a été choisie de manière à commémorer le jour de l’Émancipation, un jalon important dans la libération des esclaves aux États-Unis.

Toutefois, ce sont les récents enjeux qui font davantage jaser, dont la mort de l’Américain George Floyd, étouffé sous le genou d’un policier, et le décès de Regis Korchinski-Paquet à Toronto, qui est tombée du 24e étage d’un bloc-appartement lors d’une interaction avec les policiers.

La cousine de cette dernière, TiCarra Paquet, est l’une des organisatrices de la manifestation sudburoise.

« La police n’a pas suivi le protocole approprié et n’a pas donné à Regis les services de santé mentale dont elle avait besoin », dénonce-t-elle au micro d’ONFR+.  

« Nous ne voulons jamais que ça arrive à Sudbury », poursuit-elle. « C’est pourquoi nous réclamons que les policiers du Grand Sudbury portent des caméras et qu’ils soient formés pour offrir des services de santé mentale adaptés aux diverses cultures de la région. »

Le racisme n’est pas moins présent dans le Nord de l’Ontario, dit-elle, mais il peut être moins visible.

TiCarra Paquet et Liam Cousineau ont pris la parole devant la foule. Crédit image : Didier Pilon

« La brutalité policière est très répandue dans les communautés noires et autochtones du Nord de l’Ontario, mais on n’en parle souvent pas parce que les communautés sont plus petites ici que dans les grandes villes. »

Être Noir à Sudbury

En entrevue, Mme Paquet partage ses expériences en tant que femme noire qui a grandi dans la région.

« Je n’ai jamais eu d’enseignant noir », se rappelle-t-elle. « Je n’ai pas eu la chance d’exprimer ou même d’apprendre au sujet de mon héritage culturel et j’ai souvent été victime de racisme de la part de mes pairs. »

C’est une expérience que partage aussi un autre organisateur de l’événement, Liam Cousineau, qui a complété son école élémentaire en français avant de fréquenter une école d’immersion pour ses études secondaires.

« Ce n’est qu’en onzième année, dans une école anglophone, que j’ai eu mon premier enseignant noir », raconte-t-il. « Je n’avais pas remarqué à l’époque, mais quand j’y pense maintenant, il y avait vraiment un manque de diversité. C’est pourtant ce genre de chose qui peut aider les gens issus de groupes minoritaires à se sentir comme s’ils font partie de la communauté. »

Jean Bah portait une pancarte sur laquelle il était écrit : « Rouge est mon sang ». Crédit image : Didier Pilon

Selon le manifestant Jean Bah, les personnes originaires de l’Afrique ont de la difficulté à se faire embaucher dans les écoles francophones en raison de la qualité de leur anglais.

« Je connais bien des gens de ma communauté qui ont fait des études pour être enseignant », partage-t-il. « Ils veulent enseigner ici, mais ils se font dire qu’ils ne peuvent pas parce qu’ils ne parlent pas assez bien anglais. Donc, ils sont obligés de quitter Sudbury. »

« Le racisme n’est pas de l’histoire ancienne à Sudbury », note Roby Joseph. « Mais si vous ne le vivez pas, vous ne pouvez pas le sentir. »

L’ingénieur minier originaire de l’Haïti raconte avoir été victime de racisme lors de ses quêtes d’emploi et de logement.

« Après mes études en génie au Collège Boréal, je voulais aller à l’Université Laurentienne pour devenir ingénieur dans une mine », relate-t-il. « Quand je cherchais du boulot, je suis allé dans une agence d’emploi où une femme blanche m’a dit : ne perd pas ton temps, on est à Sudbury, les boulots d’ingénieurs, ce n’est pas pour les Noirs. »

Roby Joseph a raconté ses expériences à Sudbury. Crédit image : Didier Pilon

M. Joseph a aussi été sans-abri pendant quelques mois, dit-il, puisque les propriétaires de la région n’étaient pas intéressés de lui louer un appartement en raison de la couleur de sa peau.

« Quand j’ai compris ce qu’il se passait, j’ai demandé à une amie blanche de m’accompagner pour visiter un logement », se rappelle-t-il. « Nous avons dit que nous vivions ensemble, et nous avons finalement eu la maison. »

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