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Le risque d’écoles au rabais pour les francophones

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – L’éducation en français se porte bien en Ontario. Du moins, l’engouement pour les inscriptions dans les écoles francophones ne se tarit pas. Pour la rentrée 2019, les conseils scolaires de langue française comptaient environ 115 000 élèves. Une progression constante et un record.

La proportion d’écoles francophones avoisine aujourd’hui les 10 % de l’ensemble des établissements ontariens, contre environ 8 %, il y a 15 ans. Des données encourageantes qui cachent une ombre : le risque pour les écoles de langue française de devenir moins bien équipées que celles des conseils scolaires anglophones.

La semaine dernière, les parents d’une école torontoise en construction ont ravivé cette crainte.

Tout partait pourtant d’une bonne nouvelle : le conseil scolaire Viamonde dans la région de Toronto venait d’obtenir quelque 10,2 millions de dollars du gouvernement ontarien. Une somme devant lui permettre de devenir propriétaire de l’ancienne école anglaise Greenwood pour ouvrir le premier établissement secondaire de langue française dans l’Est de Toronto.

Un moindre mal pour répondre au nombre de francophones toujours plus élevé dans la grande région métropolitaine de Toronto.

Sauf que pour les parents d’élèves, cette future école ne sera pas équivalente à celles des anglophones dans le même quartier. Pas la même surface, ni la même qualité des équipements. Une requête constitutionnelle dans ce sens, déposée en Cour supérieure à l’encontre de la province en juin 2017, reste sans suite pour l’heure.

L’exemple de Toronto-Est n’est pas isolé. À Parry Sound, en septembre dernier, les élèves obtenaient in-extremis le droit d’intégrer leur nouvelle école, malgré le refus initial de la municipalité. À Kingston, il faudra attendre au moins 2021 pour bénéficier du carrefour scolaire communautaire. Faute de mieux, une partie des élèves est pour le moment logée dans le bâtiment de l’école catholique anglophone St-Patrick.

Écoles vétustes et rapidement à pleine capacité

Comment comprendre ces manques ? L’enveloppe du ministère de l’Éducation bien qu’augmentant annuellement ne peut contenir les demandes croissantes d’inscription. Un enjeu qui se pose avec plus d’acuité pour les francophones.

Dans l’urgence, le gouvernement offre de plus en plus une solution provisoire voire contestable : des écoles déjà construites pour compenser le prix des terrains exorbitants. Conséquences pour lesquelles les écoles francophones apparaissent bien souvent en première ligne : des bâtiments vétustes arrivant très rapidement à pleine capacité.

Autant de décisions qui, sur le terrain, peuvent agir comme repoussoir, et éventuellement décourager les parents d’inscrire leurs enfants dans un système apparemment moins « équipé ».

Un autre enjeu qui se greffe

Aujourd’hui, un autre enjeu vient se greffer. Pour beaucoup d’observateurs, la volonté du gouvernement Ford d’assainir le budget de l’Éducation constitue une menace réelle pour l’attractivité de ces écoles. Moins d’enseignants, c’est le danger de moins d’offres de cours intéressantes pour les écoles francophones, au risque de se démarquer beaucoup moins que les anglophones.

Afin de pallier ces différents obstacles, les réponses ne sont pas seulement financières. Le formulaire de recensement de Statistique Canada, incapable pour certains de de déterminer précisément le nombre d’ayants droit, reste problématique pour cerner les infrastructures nécessaires aux francophones. La première langue officielle parlée ne donnerait qu’une lecture très parcellaire de la situation.

Dans la perspective de répondre favorablement à une demande toujours croissante, les leaders et élus franco-ontariens doivent s’interroger sur cette éventuelle bombe à retardement, susceptible de multiplier les recours aux tribunaux. Au risque de créer des écoles au rabais.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 3 février. 

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