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Le Salon du livre de Toronto veut parler de « la peste »

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Valéry Vlad est le président du 28e Salon du livre de Toronto qui a débuté jeudi dernier.

LE CONTEXTE :

Habituellement tenu début décembre, le Salon innove en choisissant de se dérouler en février sur une durée de trois semaines. COVID-19 oblige, le salon est pour la première fois entièrement en ligne.

L’ENJEU :

Malgré les limites imposées par la pandémie, les organisateurs de l’événement littéraire espèrent une visibilité appréciable et surtout limiter les pertes financières induites par « le virtuel ».

« On est aujourd’hui dans les premiers jours de ce de Salon inédit qui se terminera le 24 février. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

C’est notre premier salon du livre virtuel, donc ce n’est pas facile. On n’a pas l’expérience. On croyait avoir tout vu en termes de stress, mais là… C’est très difficile d’expérimenter un Salon du livre en ligne. On s’est mobilisé. On a fait un peu d’éducation numérique, mais on a bien démarré, grâce à notre programmation riche.

Quels sont les moments clés et les thèmes de ce 28e Salon ?

Disons que dans la programmation adulte, c’est aborder le sujet qui touche tout le monde : la pandémie, donc on a l’appelée « la peste » ou plutôt écrire « en temps de peste » pour les gens auteurs.

Il faut savoir que pour les gens auteurs, en ce moment, c’est très difficile d’établir des réseaux, et des contacts au-delà des salons du livre et de l’Alliance française à Toronto. C’est pour ça qu’on les invite à discuter autour d’une table ronde « écrire en temps de peste ». Il y en aura deux, les 11 et 13 février.

Au total, 21 auteurs sont invités pendant trois semaines, et ce chaque jour, à parler de leur livre.

Pour la programmation jeunesse, on veut sensibiliser les jeunes au racisme, par rapport à ce qui est arrivé l’année dernière aux États-Unis. On veut éduquer les jeunes à s’armer contre le racisme. Toute la programmation jeunesse sera axée sur le racisme. On a invité des auteurs qui ont quelque chose à dire par rapport au racisme, tels Monia Mazigh, Mimi O’Bonsawin, Natasha Kanapé Fontaine.

Pourquoi un Salon du livre de trois semaines ?

On se retrouve dans une situation de quarantaine. On s’est dit que ce serait dommage d’inviter seulement un nombre restreint d’auteurs. On voulait plutôt inviter toutes celles et ceux qui n’ont pas la possibilité d’aller dans un salon du livre ou un autre événement littéraire.

Il faut comprendre qu’il faut compenser la chose présentielle. En pandémie, il est plus difficile d’avoir des tables rondes du matin ou soir. Aussi, cinq auteurs en présentiel, on pouvait organiser des signatures en même temps. En ligne, on ne peut pas. Il faut donc permettre une visibilité, laquelle passe par la durée.

Ensuite, il y a la programmation jeunesse, et c’était impossible de l’organiser sur trois ou quatre jours. Au total, nous avons une soixantaine d’ateliers virtuels dans les écoles. On touche plus de 2 000 jeunes.

Quelle est la spécificité du Salon du livre de Toronto ?

Cette différence vient du bassin du public francophone. Il est évident qu’on ne joue pas dans la même catégorie que Salon du livre de l’Outaouais, bien qu’ici à Toronto, il y a une telle offre d’événements culturels. Il n’y a pas cette fierté locale francophone que l’on trouve à Hearst et dans d’autres communautés francophones. On doit répondre à des exigences différentes.

Nous avons en fait un public très hétéroclite. On trouve cette diversité dans la production de nos auteurs. Par contre, quand on organise le Salon du livre de Toronto, on ne peut pas dire simplement « Venez c’est en français », car les gens ne vont pas répondre tout de suite. On attire donc par des activités qui intéressent les différentes communautés qui composent Toronto.

Quel est l’impact de la pandémie sur le Salon du livre ?

Qu’on le veuille ou non, les salons du livre perdent beaucoup de ressources financières, et pas seulement pour Toronto, mais partout. Il faut rappeler que les ateliers qu’on donne, c’était payant. On vendait la place à des exposants, donc cette année, on n’a pas de stands, et de visites des écoles. Voilà des ressources qui ne sont plus disponibles.

Je ne sais pas comment ça va se passer, si le public va répondre présent. De toute façon, les salons du livre et les librairies étaient déjà fragilisés par cette crise que vit le livre. On va aller dans l’inconnu quand le présentiel sera de retour. »

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