L’attrait des universités francophones en Ontario se maintient
TORONTO – Les nouvelles données du Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) publiées la semaine dernière confirment l’attractivité progressive de l’enseignement supérieur en français dans la province. De nouveaux programmes et de nouvelles ententes collégiales soutiennent l’essor des universités francophones en milieu minoritaire.
L’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto enregistre une hausse de 166 % de candidatures des élèves sortant du secondaire. Le recteur, Normand Labrie, estime que ces chiffres reflètent la perception de l’institution à l’échelle provinciale : « La réputation de l’Université s’établit. Nous sommes souvent le premier ou deuxième choix des étudiants. »
Au cours des derniers mois, l’UOF a multiplié les nouveaux partenariats, notamment avec La Cité et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), afin de renforcer le recrutement de candidats. M. Labrie tient tout de même à préciser que « même si les pourcentages sont assez impressionnants, il faut dire qu’on est partis de petits nombres. »
Le baccalauréat en éducation, qui constitue l’un des plus fort moteurs d’attractivité des dernières années, demeure un atout majeur. Une nouvelle formule combinant un baccalauréat général et un baccalauréat en éducation a d’ailleurs été introduite dans la foulée. « C’est attrayant pour les étudiants de secondaire de se dire qu’en quatre ans ils peuvent compléter le cursus puis devenir tout de suite enseignants », explique le recteur.
« Il y a deux semaines, nous avions 1886 demandes d’admission, dont 1428 en éducation », illustre-t-il.

À ses débuts, l’Université de l’Ontario français était contrainte par la loi d’offrir des programmes de premier cycle originaux. « On a ensuite voulu ouvrir des programmes professionnels », se réjouit le recteur.
Un nouveau baccalauréat en travail social actuellement au stade d’approbation gouvernementale pourrait voir le jour cet automne. « Dès que nous recevrons l’accréditation, nous pourrons peut-être débuter en septembre. » L’université espère également offrir bientôt un baccalauréat en sciences à la rentrée, ainsi qu’un baccalauréat en santé publique et société plus tard à l’avenir.
D’après Normand Labrie, les 600 inscriptions en septembre 2025 avaient dépassé les prévisions. Pour cet automne, l’université prévoit 900 inscriptions puis 1200 inscriptions pour 2027.
Il précise toutefois que ces statistiques ne prennent pas en compte un cas où le même candidat fait plusieurs demandes d’admission. Néanmoins, il souligne que la tendance générale demeure positive.
L’Université de Hearst gagne en visibilité
Arrivée à la tête du rectorat de l’Université de Hearst (UdeH), juste avant la rentrée d’automne, Sophie Dallaire propose deux lectures de la hausse globale des demandes d’admission de 23,9 % incluant une hausse de 11,1 % de celles provenant du secondaire.
Comme à l’UOF, les partenariats avec d’autres établissements ontariens constituent une offre qui plaît à la clientèle étudiante déjà détentrice d’un diplôme.
« Les diplômés collégiaux voient l’Université de Hearst comme une passerelle intéressante. Nos demandes qui proviennent de nos partenariats ont doublé, car elles attirent davantage d’étudiants francophones en transition », souligne-t-elle.

Pour la rectrice, il ne s’agit pas d’une tendance éphémère, « il s’agit plutôt d’un changement de cap durable, car notre ministère nous encourage à permettre une certaine polyvalence. »
L’UdeH travaille d’ailleurs à travers ces partenariats sur la bonification de sa programmation actuelle afin de la rendre plus professionnalisante. L’ajout de programmes en partenariat avec d’autres établissements demeure aussi d’actualité.
Avec ses trois campus à Hearst, Kapuskasing et Timmins, l’université se dit prête à accueillir la demande grandissante.
Fluctuations des demandes d’étudiants internationaux
L’UdeH qui dépendait avant de l’Université Laurentienne, notamment pour ses services de registrariat et d’admission, dispose désormais de son propre système d’information scolaire : « C’est une première pour nous d’avoir notre propre onglet sur la plateforme de OUAC », s’enchante Mme Dallaire.
Cette nouveauté lui confère une plus grande visibilité auprès des candidats internationaux dont les demandes sont passées de 15 à 39.
En revanche, l’Université de l’Ontario français (UOF) note une baisse de 20 % des étudiants internationaux. Selon le recteur, les règles d’immigration ont provoqué un déclin dans les demandes d’admission et pourrait être suivi d’une stagnation.
« Nous sommes actuellement autour de 23 % d’étudiants internationaux et ce pourcentage pourrait descendre à 20 % dans les prochaines années », indique M. Labrie.
La Laurentienne veut attirer plus de talents francophones
Du côté de l’Université Laurentienne, le vice-recteur principal aux études de l’Université Laurentienne à Sudbury, Alain Simard, constate un intérêt croissant de la part des étudiants ontariens en immersion.
Selon lui, les 4,3 % d’augmentation des demandes provenant du secondaire démontrent l’attirance des candidats aux 106 options de programmes en français de la Laurentienne.

Il signale qu’à l’heure actuelle, seuls quelques programmes en français ont atteint leur pleine capacité et qu’il reste une marge importante pour accueillir de nouveaux talents.
Dans l’Est, à l’Université d’Ottawa, le porte-parole, Jesse Robichaud, affirme que « le nombre total d’étudiants francophones canadiens de premier cycle et des cycles supérieurs a atteint 12 793 à l’automne 2025, soit une augmentation de 1337 par rapport à l’automne 2024. »
Ce dernier avance par ailleurs qu’en 2025 l’Université a accueilli 3116 nouvelles inscriptions d’étudiants canadiens et d’étudiants internationaux dans les programmes en français en date du 1er novembre, soit une augmentation de 269 étudiants par rapport à 2024.
Dans la même tendance, l’Université s’est engagée à rendre ses programmes et sa méthode d’apprentissage plus multidisciplinaires et expérientiels adaptés aux besoins de la population étudiante, par exemple, à l’aide de stages obligatoires et de programmes de double diplôme accéléré.