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L’école élémentaire de Parry Sound dans l’impasse

PARRY SOUND – Une trentaine d’enfants se retrouvent sans école à la rentrée. Le conseil municipal a décidé de ne pas autoriser l’ouverture de l’établissement élémentaire dans les locaux du Collège Canadore pour, officiellement, des raisons de zonage. Consternation dans la communauté.

« C’est une claque dans le visage », lâche Denis Labelle, le président du Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario. « On s’attendait à une décision inverse car l’administration de la Ville avait accepté le changement de zonage (actuellement rural et donc non constructible) pour que l’école s’installe. Tout était aligné. Tous les parents étaient excités et les élèves prêts à commencer. On ne comprend pas. C’est le désappointement. »

L’ouverture de ce qui devait être la première école élémentaire francophone de la ville n’aura finalement pas lieu. En tout cas, pas au sein du campus de Parry Sound du Collège Canadore. Ainsi en a décidé le conseil municipal, la semaine dernière, à l’issue d’un vote à l’unanimité.

Denis Labelle, le président du Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario. Gracieuseté : Conseil scolaire du Nord-est de l’Ontario

Le conseil scolaire et le collège hôte avaient pourtant trouvé, en juin dernier, un terrain d’entente pour accueillir une trentaine d’enfants dans trois salles de classe, au sein de locaux sous-utilisés de l’établissement collégial où 80 élèves étudient (pour une capacité totale deux fois plus importante).

« Ce n’est pas salle comble au collège », confirme M. Labelle. « Ils sont contents d’avoir un colocataire et, nous, une école pour nos enfants. Ça faisait l’affaire de tout le monde. Comment ça se fait qu’on donne la permission à l’un et pas à l’autre ? Le zonage du terrain n’a jamais été bien fait. Ça dure depuis 2010 et, tout d’un coup, quand une école francophone veut s’installer, on dit nous dit non. Je ne comprends pas le raisonnement du conseil municipal. C’est un peu dégueulasse. »

Le changement de zonage, un faux prétexte ?

L’implantation de l’école répond pourtant à un réel besoin, fondé sur une étude démographique et une consultation des parents menées par le conseil scolaire qui l’ont conduit à concrétiser ce projet dans une ville dépourvue d’enseignement en français au niveau élémentaire.

« Il n’y a aucune école francophone, ni même de programme d’immersion, seulement un programme Extended French offert en maternelle », décrit le directeur de l’éducation, Simon Fecteau. « Les écoles sont exclusivement anglophones. Les parents que nous avons rencontrés, il y a quelques jours, sont frustrés. »

Simon Fecteau, directeur de l’éducation. Gracieuseté : Conseil scolaire public du Nord-est de l’Ontario

Le risque, selon lui, est de les voir quitter la ville pour scolariser leurs enfants ailleurs. Les écoles élémentaires francophones les plus proches se situent à environ deux heures de route, à North Bay et Sturgeon Falls.

« On a l’impression que ce n’est pas le changement de zonage qui est en cause », confie-t-il. « Un groupe de personnes a répandu l’idée que l’élémentaire ne devait pas côtoyer le collégial, mais ça se voit ailleurs et ça fonctionne très bien. »

Et de poursuivre : « Ils ont laissé entendre que ça remettrait en cause les programmes collégiaux et entretenu la peur que le collège passe aux mains d’un autre groupe », poursuit M. Fecteau. « C’est complètement faux. Ce n’est qu’une location d’un an. »

Course contre la montre avant la rentrée

« On ne peut plus reculer », affirme M. Labelle qui dit étudier toutes les options légales. « On a lancé un appel au maire pour travailler ensemble. C’est sûr qu’on veut rencontrer la municipalité pour régler ça. On cherche aussi auprès de la communauté s’il y a des possibilités d’accueillir les élèves dans des espaces disponibles. Le ministère est au courant. Il faut foncer. Les parents nous suivent. »

« La présence d’une école francophone à Parry Sound serait au bénéfice de toute la communauté », fait remarquer le président du conseil scolaire.

« Ça va créer de l’emploi », dit-il, regrettant d’être obligé en 2019 d’avoir à se battre pour le droits des francophones à étudier dans la langue de leur choix.

Le personnel déjà recruté (huit employés) et les salles de classes en partie aménagées, le Conseil scolaire public du Nord-Est de l’Ontario est engagé dans une course contre la montre. « Le collège peut faire appel de la décision, précise M. Fecteau, mais le verdict peut prendre des mois. Ce n’est pas ça qui va nous aider. On va trouver une autre stratégie. Les avocats se penchent sur la question pour qu’on ouvre en septembre, ce qui reste notre objectif. »

Contacté par ONFR+, le Collège Canadore a déclaré attendre un avis officiel de la Ville avant de commenter la décision.

Les services de la Ville, eux, ont rappelé l’enthousiasme du maire d’accueillir cette école exprimé en novembre dernier lors de sa rencontre avec le conseil scolaire.

Jamie McGarvey avait souligné que « cela fournirait un avantage supplémentaire à Parry Sound pour attirer des professionnels, tels que des médecins, dans la région ».

Mais il avait aussi dit entendre les « sérieuses inquiétudes au sujet d’une école primaire fonctionnant dans un collège » : « Le Conseil a tenu compte de son impact négatif sur la viabilité du Collège et sa capacité à préparer les étudiants à l’emploi. »

La Ville se dit néanmoins toujours prête à travailler avec le conseil scolaire pour trouver des solutions.

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