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Les commerçants torontois dénoncent les « injustices » de la zone grise

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La tension est montée d’un cran, ce jeudi, avec la manifestation anti-confinement devant Queen’s Park, puis l’arrestation, à Etobicoke, d’un restaurateur refusant d’appliquer les mesures de lutte contre la COVID-19. Les petits commerces subissent de plein fouet les effets du reconfinement. Certains ont tout simplement fermé leurs portes. D’autres maintiennent une activité réduite, en attendant une aide provinciale qui n’arrive pas. Plusieurs dénoncent une injustice en zone grise, où les écoles et les grands distributeurs restent ouverts.

« Je comprends que le gouvernement ait mis un confinement jusqu’au 21 décembre en se disant que lorsque les gens vont sortir de quarantaine, y’aura moins de risque qu’ils contaminent les papis et les mamies, mais il ne fait rien de l’autre côté. L’aide n’est pas valable pour tout le monde et elle n’arrive pas assez vite. Les gens vont fermer avant de l’avoir eue », se désole Sylvie Thobor.

La boulangère franco-torontoise de la rue Eglinton dénonce une forme d’hypocrisie sur l’efficacité du confinement : « Y’a toujours autant de monde dans les rues, les lycéens circulent en bande, y’a presque autant de trafic, y’a des bus scolaires. Honnêtement, je ne vois vraiment pas ce que veut dire confinement », réagit-elle, en comparaison de son pays natal, la France, où les mesures vont jusqu’aux contrôles des déplacements.

Sylvie Thobor, gérante de la boulangerie-pâtisserie Thobors. Gracieuseté

Laisser les écoles et les supermarchés ouverts, mais pénaliser les petits commerces l’exaspère. « On n’arrête pas de dire que les cas se développent dans les écoles, mais on les laisse ouvertes. Y’a pourtant moins de risques d’attraper la COVID-19 chez la petite commerçante qui a le plein contrôle de sa porte d’entrée et qui doit payer son loyer, que de rentrer tous dans le même supermarché et toucher les mêmes fruits et légumes », est-elle convaincue.

Comme la plupart des boulangeries-pâtisseries, son commerce a été moins affecté que d’autres par les restrictions provinciales, mais elle affiche sa pleine solidarité avec les petits entrepreneurs qui vivent des moments difficiles, à l’image des restaurateurs.

Période des fêtes : « Cette année, c’est foutu ! »

Pascal Vernhes est de ceux-là. Limité à la vente à emporter, quatre jours par semaine, le gérant du Baratin, un restaurant situé dans le Petit Portugal, va clore le mois de novembre avec un chiffre d’affaires de seulement 20 %.

« On a licencié tout le monde au début du mois », dit-il. « Il reste encore deux employés mais, à la fin du mois, ce sera fini si on ne peut pas rouvrir à l’intérieur. »

Le patron du bistrot d’inspiration française se fait peu d’illusion sur l’issue de la période de confinement, fixée au 21 décembre.

« Même si ça rouvrait, la saison des fêtes, c’est maintenant : novembre et décembre sont les mois les plus chargés, avec mai et juin. Cette année, c’est foutu ! »

Plus de terrasse au Baratin mais, avec l’hiver, son patron n’y a jamais vraiment cru. Gracieuseté

Il parvient tout juste à couvrir ses frais fixes, sans se payer, ce qui lui évite de puiser dans sa trésorerie. Il cumule plusieurs aides fédérales, mais attend toujours le soutien annoncé par la province.

« On a entendu qu’il allait y avoir 600 millions pour les petits business, mais où, quand, comment, pour qui ? Rien. »

« Ce n’est pas la peine de pointer les restaurants quand ils ne sont pas responsables », fait-t-il remarquer. « On a fermé pendant sept semaines et y’a eu une forte augmentation des cas, donc le virus ne s’est pas transmis dans les restaurants, sinon les chiffres auraient baissé. »

Responsabilité des assurances : « C’est une catastrophe naturelle »

« On ne parle pas du tout des assurances, mais la COVID-19 est une catastrophe naturelle, car personne ne l’a vue venir et personne ne sait la contrôler », ajoute Sylvie Thobor. « Comment demander à un assuré de se débrouiller comme si c’était de sa faute ? »

Elle voudrait que les gouvernements mettent la pression sur les compagnies d’assurance en leur demandant de faire leur part.

« On s’assure en cas d’éventuels problèmes qui mettraient l’entreprise en danger… On y est ! »

Bruno Rosalès est du même avis : les assurances devraient mettre la main au porte-monnaie.

« Si on prend une assurance, c’est pour avoir quelque chose dans ces cas », pense le coiffeur de la rue Victoria, dans le centre-ville, qui n’a pas eu d’autre choix que de fermer son salon depuis lundi dernier.

Comme tous les salons de coiffure, celui de Bruno Rosalès est fermé depuis lundi. Archives ONFR+

« Ils pourraient au moins compléter la petite partie que le gouvernement ne couvre pas. On perd toutes nos ventes et en plus, ça nous coûte de l’argent car on continue de payer le loyer, internet, l’électricité et même l’assurance. On devrait nous mettre sur pause le temps de la pandémie. »

M. Rosalès juge la fermeture des salons de coiffure « frustrante et injuste ».

« En cinq mois, depuis notre réouverture en juin dernier, on n’a pas eu un seul cas. On a respecté toutes les précautions qu’on nous a imposées. Les salons ne sont pas la première source de contamination. À côté, les écoles restent ouvertes avec plus de 4 000 cas en deux mois et demi. »

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