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Les drag queens à l’assaut du Nord

Temps de lecture : 3 minutes

SUDBURY – Alors que le mois de la fierté touche à sa fin, la culture queer continue d’attirer l’attention dans le nord de la province où de plus en plus de drag queens séduisent la jeunesse. Entre travestissement, spectacle et identité, ces personnalités hors du commun ont été au cœur d’initiatives inédites au cours du dernier mois, mais le chemin à parcourir est encore long selon de jeunes queers de la région.

Que ce soit dans le Moyen-Nord à Nipissing Ouest ou plus haut à Hearst, la culture queer commence timidement à se tailler sa place hors des grands centres.

Jenna Seppa, alias Michel Gervais, est originaire de Nipissing Ouest, et selon la drag queen de 23 ans, il y a des besoins dans le Nord auxquels il est important de répondre.

Celui qui a vécu plusieurs années à Toronto a décidé de retourner chez lui afin de contribuer à l’essor du mouvement et faire une différence dans sa communauté.

Passionnée par les arts visuels, le cinéma, la danse et le théâtre, Jenna Seppa est tombée dans l’univers de la performance drag à Toronto et a décidé d’en faire son activité principale après avoir connu un grand succès dans les compétitions.

Pour Zakary Bolduc, pratiquer l’art du drag est une manière d’explorer sa propre identité. Du haut de ses 19 ans, le jeune homme originaire de Hearst s’est découvert d’une autre façon grâce au travestissement.

Après un coming out forcé par un camarade de classe au secondaire, Zakary Bolduc reconnaît avoir été soulagé et eu la force d’annoncer à sa famille qui il était. Avoir grandi en regardant des programmes tels que RuPaul’s Drag Race a permis à ce jeune qui exerce dans les médias de se sentir finalement libre d’arborer fièrement sa personnalité dans sa région où il souhaite demeurer.

Montée du conservatisme

Porter des talons hauts et des robes à Hearst est loin de passer inaperçu et le regard des autres peut parfois être curieux, voire inquisiteur, dans une communauté du Nord tel que l’a expérimenté Zakary Bolduc à Hearst.

De son côté, Michel Gervais a pu constater qu’il existe une certaine résistance dans les petites communautés du Nord qui peut particulièrement nuire à l’émancipation des jeunes queers.

« Il y a une réaction négative des gens plus conservateurs qui aiment pas voir ce progrès-là » – Michel Gervais

« Il y a une réaction négative des gens plus conservateurs qui aiment pas voir ce progrès-là, donc il y a de vrais défis dans le fait de s’afficher et d’être plus vocal sur son identité queer », confie-t-il.

Même s’il reconnaît des améliorations, notamment au niveau des programmes d’aides, de l’accompagnement parascolaire et de l’ouverture des parents, le jeune homme aimerait voir plus de progrès dans l’acceptation des nouvelles identités de genre dans le Nord.

Le manque de représentativité peut aller jusqu’à empêcher la tenue d’événements tels que le défilé de la fierté de Timmins, dont on a appris récemment le report en septembre prochain faute de volontaires.

Michel Gervais ajoute, par ailleurs, que les spectacles de drag queens dans le Nord ne mettent souvent en scène que des personnalités des grands centres de passage dans la région.

Besoin de pérenniser les événements

Un tout premier cabaret queer a eu lieu à Hearst les 10 et 11 juin dernier avec en tête d’affiche, des personnalités drag, telle que Scarlett Bobo, finaliste de la RuPaul Drag Race du Canada.

Un événement auquel ont notamment participé Michel Gervais et Zakary Bolduc et qui a rassemblé des personnes venues de près, mais également d’aussi loin que Drummondville et Thunder Bay.

Zakary Bolduc raconte avoir été électrisé par sa rencontre avec Scarlett Bobo, mais aussi ému par les réactions de la salle lors de sa toute première montée sur scène. Une expérience qu’il lui tarde de pouvoir renouveler.

Zakary Bolduc a fait ses premiers pas sur scène au premier cabaret de Hearst. Gracieuseté.

Avec un tel succès, un événement tel que celui-ci devrait pouvoir avoir lieu de manière permanente dans le Nord indique Michel Gervais qui regrette que la région n’ait qu’un seul bar queer à Sudbury.

Il espère ainsi monter son propre bar ou un restaurant afin de permettre à la communauté de voir des performances de drag queen, mais aussi dédier un espace pour la discussion des enjeux liés à l’identité queer.

Un autre projet qui lui tient à cœur serait de transporter l’idée avec son conjoint lui-même drag queen ailleurs dans la région : « Ce serait vraiment le fun d’avoir mon propre autobus ou van avec lequel voyager et porter notre spectacle partout dans le Nord. »

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