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Les festivals francophones : pas une priorité en Ontario

Une écrasante majorité des événements culturels ontariens affichent des programmations entièrement anglophones. Sur 276 festivals subventionnés en 2019-2020 par le programme Fêtons l’Ontario, seulement six sont organisés par des promoteurs francophones.

À la suite d’une vaste consultation menée auprès des visiteurs, des étudiants et des professionnels du secteur touristique, le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport s’est engagé à élaborer une stratégie efficace pour développer le tourisme en Ontario, en s’appuyant en partie sur la force d’attraction des festivals.

Cinq mois plus tard, sans attendre les conclusions de son rapport, le ministère a annoncé une hausse du budget de Fêtons l’Ontario de deux millions de dollars, portant l’enveloppe totale du programme de soutien aux événements culturels à 17 millions de dollars.

Si cette hausse – en rupture avec la politique de réduction des déficits promue depuis un an – en a surpris plus d’un, elle laisse tout de même de côté la culture francophone qui se contente des miettes du gâteau provincial, soit seulement 200 000 $.

Pourtant, des bénévoles toujours passionnés, souvent épuisés, portent à bout de bras des événements culturels depuis parfois plus de vingt ans. Chaque année, quand vient le temps de faire les comptes et de penser à la programmation suivante, un mot est sur toutes les lèvres : subvention, le nerf de la guerre.

« Trouver désespérément de l’argent »

« Quand on rate une date, on essaye de trouver désespérément de l’argent », confie Marcelle Lean, directrice de Ciné Franco. « Si on ne rencontre pas les bonnes personnes au bon moment pour donner les bons conseils, c’est extrêmement difficile. »

Unique dans la francophonie torontoise, son festival du film accueille, depuis 22 ans, plusieurs milliers de spectateurs qui, à travers le cinéma, partagent entre eux leur culture et leur identité en milieu minoritaire.

Au centre : Marcelle Lean, directrice de Ciné Franco. Gracieuseté : Assemblée législative de l’Ontario

Son budget a pourtant fondu de 300 000 $ à 100 000 $ en l’espace de cinq ans. Parallèlement à ça, son public a augmenté. « Il y a une multiplication des festivals, mais la poche d’argent public reste identique », constate-t-elle. « Alors on réduit nos ambitions, on invite moins de réalisateurs. »

Ce système D est le quotidien de la plupart des organisateurs de festivals qui comptent sur des bénévoles, mais apprécieraient davantage de soutien du gouvernement provincial.

Un langage business incompatible

Nombre d’entre eux n’ont tout simplement pas fait de demande de subvention auprès de Fêtons l’Ontario, découragés par la complexité et l’orientation économique du formulaire.

« Ce programme est plus axé sur le tourisme que la culture », indique Joëlle Roy, directrice du Festival du Loup, qui accueille près de 2 000 spectateurs chaque année à Lafontaine. « On nous demande combien de nuits les gens passent à l’hôtel. Ce langage business n’est vraiment pas pour nous. Ça demande trop d’efforts, trop de temps. »

« La pérennité de la culture n’est pas une priorité du tout en Ontario », poursuit-elle. « Quand on parle de bilinguisme, c’est de façon froide. »

Ces difficultés se font sentir aussi du côté de Sudbury. « Le financement ne correspond pas à la capacité de ce que nous pouvons faire pour la communauté francophone minoritaire », confirme Pierre Paul Mongeon, directeur général et artistique de La Nuit sur l’étang. « Nous ne sommes plus en développement. Nous sommes en réduction des effectifs. »

Joëlle Roy, directrice du Festival du Loup. Gracieuseté : La Meute des loups

Davantage axé sur le domaine culturel, le Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO) aurait pu être une solution alternative mais, avec son ouverture au secteur commercial, il dérive cette année vers des considérations lucratives.

« On nous dit qu’il faut que ce soit une idée nouvelle », précise Joëlle Roy. « Mais quelques fois, ces idées nous donnent plus de travail que d’efficacité. Le formulaire  pourrait être simplifié. Les grandes questions philosophiques n’intéressent pas les petits organismes. Le branding du gouvernement, c’est argent-touristes. C’est pas là que ça se passe dans les festivals francophones. »

S’adapter pour survivre

Face à ces défis, certains festivals font appel à des sociétés d’événementiel telles que le Groupe Simoncic. Ses équipes ont décroché les trois quarts des subventions en 2019-2020 attribuées aux festivals francophones par Fêtons l’Ontario : 100 000 $ pour Festival franco-ontarien d’Ottawa, 25 800 $ pour la Franco-Fête de Toronto et 54 000 $ pour le Festival de la Curd. Le premier réunit près de 20 000 spectateurs payants durant quatre jours. Le second pique la curiosité de 100 000 passants sur deux jours. Le troisième, qui débute aujourd’hui, attend de 15 000 à 20 000 festivaliers.

La recette du succès auprès des bailleurs de fonds ? Une équipe de professionnels dédiée à la réalisation d’événements de A à Z. « Le gouvernement considère nos trois festivals comme des moteurs économiques, des endroits où il est important de soutenir la communauté francophone », estime Michel-Olivier Matte, directeur général de Simoncic.

« On a des équipes qui réalisent des sondages sur l’identité des acheteurs pour bien connaître notre clientèle et fournir aux bailleurs de fonds des chiffres correspondant aux objectifs atteints. Avec le temps, on a acquis une expertise. On connaît les langages, les contacts. »

Michel-Olivier Matte, directeur général du Groupe Simoncic. Gracieuseté : Simoncic

Et de poursuivre : « Le financement public constitue un tiers du budget. C’est vital car on doit couvrir les cachets d’artiste, la logistique, la technique et l’administration. Le Festival franco-ontarien est le plus gros festival francophone en Ontario, il se doit d’être grandiose et rassembleur. Ce sont des coûts élevés qu’il faut couvrir. On tire notre épingle du jeu car on prouve qu’il y a des retombées économiques. »

Avec Fêtons l’Ontario, le gouvernement attend en effet un retour sur investissement. Nous voulons « libérer le potentiel sans limites du secteur touristique, qui représente à lui seul 34 milliards de dollars », annonce le gouvernement.

De son côté, le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport dit ne pas ignorer la dimension linguistique des festivals. « Nous examinerons les possibilités de faire progresser le tourisme francophone tout en continuant d’élaborer la stratégie. »

Pour accompagner les petites structures moins aguerries dans le dédale administratif, le ministère propose également une formation en webinaire aux organisateurs d’événements francophones intéressés. « Des conseillers sont aussi disponibles pour des consultations. »

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