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Les Franco-Albertains appellent à l’aide pour sauver le Campus Saint-Jean

Temps de lecture : 4 minutes

EDMONTON – L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) a lancé, ce mercredi, une campagne de mobilisation nationale pour sauver la seule institution postsecondaire francophone de sa province.

« C’est le début de la fin si on continue comme ça », lâche, sans détour, la présidente de l’ACFA, Sheila Risbud, en entrevue avec ONFR+.

L’organisme porte-parole des francophones de l’Alberta appelle à l’aide via une campagne de mobilisation baptisée « Sauvons Saint-Jean ». Objectif : éviter à l’institution postsecondaire, fondée en 1908, de prendre des mesures radicales dans les prochaines semaines.

« Ça fait plus de 15 ans que le Campus Saint-Jean est sous-financé, notamment depuis le gel du financement fédéral, en 2003, et le maintien du quota de financement provincial à 528 étudiants, alors que nous en accueillons près de 800 à temps plein aujourd’hui », explique le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais.

Les compressions budgétaires annoncées, depuis l’automne, par le gouvernement conservateur de Jason Kenney en matière d’éducation postsecondaire rendent la situation intenable, poursuit-il. En 2019-2020, elles représentaient une baisse de 4,7 % du budget du Campus Saint-Jean. En 2020-2021, ce sera de 8,6 %, selon le doyen.  

« Nous sommes coincés ! D’autant que le gouvernement provincial nous interdit de puiser dans notre fonds de réserve. »

Le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais. Gracieuseté Campus Saint-Jean

Sans un tel recours, le Campus Saint-Jean pourrait couper jusqu’à 44 % des cours prévus en 2020-2021, soit 180 cours sur une possibilité de 409.

« Nous avons déposé un budget, vendredi, dans lequel on supprimerait 70 cours. Mais cela suppose de faire des économies sur tout et de pouvoir aller chercher un million dans notre fonds de réserve », détaille M. Mocquais.

L’avenir de l’institution est-il menacé ?

« À long terme, les étudiants risquent d’hésiter à s’inscrire s’il n’y a plus de programmes. Une de mes filles est en deuxième année en Éducation, elle se demande si elle va pouvoir continuer », explique Mme Risbud.

Une décision interne, dit le gouvernement

Joint par ONFR+, le bureau du ministre de l’Enseignement supérieur, Demetrios Nicolaides, renvoie la balle à l’Université de l’Alberta, dont dépend le Campus Saint-Jean.

« Le ministre a été clair : nos institutions doivent trouver des économies dans des secteurs qui n’affectent pas les étudiants. Les dépenses administratives en Alberta sont de 8 372 $ par étudiant à temps plein, alors qu’elles sont de 4 233 $ en Colombie-Britannique et de 4 910 $ en Ontario. Les universités doivent pouvoir y trouver des économies », écrit le bureau du ministre dans un échange de courriels avec ONFR+. « Par rapport à la façon dont le financement est alloué pour chaque faculté, c’est la décision de l’Université de l’Alberta. Elle est la mieux à même de l’expliquer. »

L’argument ne convainc pas M. Mocquais.

« L’Université est, elle-même, dans une situation très difficile. Elle doit trouver 127 millions de dollars et a déjà dû licencier plus de 1 000 personnes. Nous avons les mains liées. »

Participation citoyenne

Lettres au gouvernement provincial, partage sur les médias sociaux et participation à une rencontre citoyenne virtuelle bilingue font partie de l’arsenal de l’ACFA pour convaincre la province de trouver une solution.

« Nous avons fait plusieurs rencontres avec des représentants du gouvernement, dont une, par téléphone, il y a un mois, avec le ministre Nicolaides et la ministre responsable de la francophonie, Leela Aheer. Les moyens politiques ne semblent pas fonctionner », explique Mme Risbud.

L’ACFA demande au gouvernement de permettre au Campus Saint-Jean d’utiliser ses fonds de réserve ou de recalculer son financement selon son nombre réel d’étudiants.

Malgré les signes d’ouverture du premier ministre Kenney à la francophonie, son gouvernement « ne comprend pas le rôle unique du campus », estime pense la présidente de l’organisme.

« La situation économique de la province est difficile, avec la chute du prix du pétrole et la COVID-19, mais on ne parle pas de gros montants et les conséquences à long terme pourraient être majeures, alors que le campus joue un rôle important pour diversifier l’économie de l’Alberta. »

Selon M. Mocquais, l’institution est en croissance, depuis 2014, où elle comptait un peu plus de 500 étudiants à temps plein.

Une cause nationale

Pour Mme Risbud, cette cause dépasse l’Alberta.

« Le Campus Saint-Jean permet aux élèves à l’ouest du Manitoba de faire des études en français. Par exemple, un baccalauréat en éducation au moment où on a une pénurie d’enseignants. C’est aussi là que beaucoup de nos leaders ont été formés, comme la sénatrice Claudette Tardif ou la députée Laila Goodridge [députée conservatrice provinciale de l’Alberta]. »

La présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta, Sheila Risbud (à gauche). Archives ONFR+

L’Alberta compte 2 % de sa population dont le français est la première langue officielle parlée, soit 79 838 personnes, mais 264 720 Albertains seraient capables de converser dans les deux langues officielles, selon Statistique Canada.

La cause a reçu le soutien de Canadian parents for french qui voit le campus Saint-Jean comme une opportunité intéressante pour les élèves de l’immersion de poursuivre leurs études en français.

Comme en Ontario

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, appelle la francophonie canadienne à se mobiliser.

« La francophonie entière s’est mobilisée en appui à l’Université de l’Ontario français en 2018 et, au bout du compte, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial ont trouvé des solutions », rappelle-t-il, dans une déclaration écrite.

L’aide du fédéral est également une option, glisse Mme Risbud.

« On a un espoir de ce côté-là, quitte à ce que ce soit temporaire. »

Pour M. Mocquais, la solution doit venir des deux paliers de gouvernement.

« Il faut résoudre le sous-financement chronique du Campus Saint-Jean. Aller puiser dans les fonds de réserve n’est pas une solution à long terme et notre capacité à offrir des programmes qui se tiennent est menacée. Sans ça, on va être de plus en plus obligé, comme c’est déjà parfois le cas, de s’appuyer sur des cours principaux en anglais. »

Cet article a été mis à jour à 17h42

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