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Les Franco-Ontariens défilent à Montréal pour la Saint-Jean

MONTRÉAL – Invitée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, une délégation de plus de 150 Franco-Ontariens a ouvert le défilé de la Fête nationale du Québec à Montréal, ce lundi. Un moment «historique» pour beaucoup d’entre eux.

«Je suis Franco-Ontarienne de naissance, avec un père qui vient du Québec et une mère qui vient de l’Ontario. Je suis donc vraiment au milieu et il était important pour moi de m’associer à cet événement. Aujourd’hui, c’est une célébration de nos réussites à travers l’Ontario», explique Chantal Elie-Sernoskie, venue de Pembroke rejoindre son père, André Elie, à Montréal.

«C’est le début d’une belle association! Avant les Franco-Ontariens étaient invités, maintenant ils font partie de l’événement. C’est bien que ça soit reconnu par tout le monde», juge ce dernier.

Père et fille faisaient partie des plus de 150 personnes chargées de représenter l’Ontario français à Montréal. Une délégation à laquelle s’est également jointe l’humoriste franco-ontarienne Katherine Levac, qui vit aujourd’hui à Montréal.

«Tout le monde était là, j’habite ici, je n’avais donc aucune excuse! Mon cœur est encore attaché à l’Ontario. Les gens n’ont aucune idée que la Saint-Jean, ça se fête ailleurs qu’au Québec, donc rien que pour cette simple raison, je trouvais ça important d’être là.»


«On a souvent l’impression qu’on met des barrières entre les Franco-Ontariens, les Québécois, les Franco-Manitobains, etc. alors que pourtant, on veut tous la même chose. Alors, pourquoi ne pas célébrer ensemble?» ­- Katherine Levac, humoriste


Et pour permettre de faire connaître cette réalité, la troupe de l’Écho d’un peuple avait dressé cinq tableaux pour expliquer, en un défilé, l’histoire des Franco-Ontariens, passant d’Étienne Brûlé à SOS Montfort, en passant par le Règlement 17 jusqu’au mouvement de La Résistance, sans oublier d’évoquer les stars sportives franco-ontariennes des Canadiens de Montréal ou des Raptors de Toronto.

Marie-Pier Parisien s’est déplacée d’Hawkesbury pour participer à ce travail de sensibilisation.

«C’est pour montrer aux Québécois qu’on existe!», dit-elle avec un grand sourire.

Marie-Pier Parisien et Dominique Lajoie. Crédit image: Benjamin Vachet

À ses côtés, Dominique Lajoie, d’Ottawa, juge le moment historique.

«Depuis 1967, les Québécois se sont mis dans leur coin. Là, on voit le retour d’une solidarité, alors je ne voulais pas manquer ça, la grande famille canadienne-française qui revient tout ensemble!»

Une fête avant tout

Même si la chanson de Melissa Ouimet, «Personne ne pourra m’arrêter», faisait partie des animations prévues par les artistes franco-ontariens et que les «Nous sommes, nous serons!» ont également résonné sur la rue St-Denis, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, voulait avant tout voir ce défilé comme une fête.

«C’est un événement de célébration de la francophonie», a-t-il expliqué, rappelant toutefois la solidarité des Québécois depuis cet automne.

Beaucoup de membres de la délégation ne pouvaient cacher une certaine émotion et reconnaissance pour ces témoignages reçus depuis l’automne et l’accueil réservé ce lundi.

«Magnifique!», «Bravo!»… Beaucoup, dans le public, avouaient ne pas bien connaître la francophonie ontarienne, mais les applaudissements ont souvent répondu aux «mercis» envoyés par les représentants de l’Ontario français.

«C’est bien qu’ils soient là et viennent nous voir, qu’ils défilent pour représenter la francophonie hors Québec», estime Anne Camiré, Québécoise de la rive sud de Montréal. «On a beaucoup entendu parler de leur université. C’est triste. Il faut qu’ils se battent et se mobilisent.»

Capitaine Québec pose avec des jeunes franco-ontariens avant le départ du défilé. Crédit image: Benjamin Vachet

Dans son costume, Capitaine Québec insistait sur l’aspect positif de cet événement.

«Je connaissais les Franco-Ontariens, mais je ne connais pas tout de leur histoire. Quand il y a des occasions positives qui se présentent comme celles-là, j’aime bien immortaliser le moment.»

Maurice Bourassa, de Laval, ne pouvait cacher son émotion.

«Je suis venu ici surtout pour voir la délégation franco-ontarienne. Je les admire et ça m’émeut beaucoup de les voir ici. On pardonne difficilement des attitudes discriminatoires comme les décisions prises en Ontario. Alors, c’est notre lutte aussi. Il y a une solidarité dans les combats qu’on mène. Et je pense qu’avec le groupe qu’on forme, on est capable de se tenir debout et de faire quelque chose.»

«Un goût doux-amer»

Même si tous voulaient que cette participation franco-ontarienne soit avant tout une fête, la politique ne pouvait être occultée. Présente au début du défilé aux côtés des Franco-Ontariens, la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly n’a pas manqué l’occasion de s’en prendre au gouvernement ontarien.

«C’est un grand moment et c’est lié au mouvement de résistance qui a été créé à la suite des coupures du gouvernement Ford. Il y a eu une injustice qui a été commise et ça, ce n’est pas une question partisane, c’est un fait! Ici, on est tous en solidarité avec les Franco-Ontariens. Et ça me fait plaisir d’être là en tant qu’alliée.»

Au très sobre gazouillis de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, souhaitant «une bonne fête de la St-Jean Baptiste à tous les francophones de l’Ontario», le critique néo-démocrate Guy Bourgouin a lui aussi jugé que la célébration de cette année a «un goût doux-amer».

«Nous nous réunissons pour célébrer, mais aussi pour nous rappeler que les compressions de Doug Ford ont gravement affecté les francophones de notre province. Les Franco-Ontariens méritent mieux que d’être attaqués par un gouvernement Ford qui ne se soucie pas de notre droit constitutionnel à l’éducation, à la justice et aux soins de santé dans notre langue», a-t-il commenté par voie de communiqué. Aujourd’hui nous célébrons, nous remercions tous ceux et celles qui appuient notre lutte et nous promettons aussi de poursuivre notre bataille contre ses compressions insensées. Nous sommes unis, nous sommes forts et, en fin de compte, nous allons vaincre.»

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