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Les Franco-Ontariens et les Acadiens s’allient aux Anglo-Québécois

OTTAWA – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) ont signé un protocole d’entente avec le groupe porte-parole des Anglo-Québécois, le Quebec Community Groups Network (QCGN), ce mardi, « pour l’avancement et la protection des droits linguistiques ».

« Il s’agit d’une entente historique ! », lance enthousiaste le président de l’AFO, Carol Jolin. « Le message de cette entente, c’est : ne touchez pas à nos institutions ! »

Confrontés, selon leurs dires, à une année difficile en matière de respect de leurs droits linguistiques, les organismes porte-parole des Franco-Ontariens, des Acadiens et des Anglo-Québécois, ont décidé d’unir leurs forces.

« Nous devons demeurer vigilants pour que les communautés continuent à bénéficier de droits et de services qui permettent leur avancement », explique Robert Melanson, président de la SANB.

Considérant qu’« une attaque contre une de nos communautés est une attaque contre nous tous », selon Geoffrey Chambers, président du QCGN, ils ont signé une entente d’un an, renouvelable, qui prévoit des réunions au moins une fois par mois pour parler de l’actualité de chaque province et pour discuter d’actions communes.

Actions communes

M. Chambers assure d’ores et déjà qu’il invitera les Franco-Ontariens et les Acadiens à venir manifester avec son organisme contre les décisions qui seront prises en matière d’éducation au Québec. L’abolition des commissions scolaires a été évoquée par la Coalition Avenir Québec (CAQ).

« Les commissions scolaires sont très importantes partout au Canada, pour toutes les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il est important de pousser le gouvernement à ne pas éliminer cette structure primordiale », insiste le président de l’organisme porte-parole des Anglo-Québécois.

Au Nouveau-Brunswick, la SANB espère que l’entente aidera à faire mieux comprendre l’importance des langues officielles à la communauté majoritaire.

« Si c’est un Anglo-Québécois qui explique l’importance des droits linguistiques à la communauté majoritaire anglophone du Nouveau-Brunswick, ça aura sans doute plus de poids. »

Geste symbolique et solidaire

Cette première entente est importante symboliquement, insiste M. Melanson.

« Il y a eu très peu d’initiative pour regrouper les deux solitudes. C’est exceptionnel que ce soient les minorités linguistiques qui fassent ce rapprochement. Nous avons beaucoup de choses en commun, indépendamment de la langue parlée. Quand tu es anglophone en Gaspésie, tu as des conditions très similaires à celles que les Acadiens du Nouveau-Brunswick peuvent vivre. »

Mais cette démarche pourrait être accueillie froidement par les Québécois francophones, qui avaient invité une délégation franco-ontarienne à la Fête de la Saint-Jean, à Montréal, lundi 24 juin.

« Ce n’est pas pour enlever aux Québécois de langue française qu’on appuie les revendications de QCGN. Et ça ne nous empêche pas d’appuyer des demandes du Québec à l’intérieur du Canada », prévient M. Melanson.


« Je ne crois pas que défendre ses droits, c’est vouloir enlever des choses aux autres » – Robert Melanson, président SANB


Le politologue à l’Université Simon Fraser, à Vancouver, Rémi Léger, s’interroge sur le moment choisi.

« C’est la première fois depuis deux décennies que les francophones hors Québec bénéficient d’un tel capital sympathie de la part de la société civile québécoise et de son gouvernement. C’est un très mauvais moment pour une telle annonce, alors que les francophones du Québec sont des alliés naturels qui cherchent à protéger la langue française. La seule chose que cette entente peut faire, c’est de gagner la sympathie du gouvernement fédéral qui considère les deux communautés comme équivalentes. »

À un an d’un sommet sur le rapprochement de la francophonie canadienne, organisé par gouvernement québécois à Québec, M. Jolin assure que l’initiative ne nuira pas aux relations avec la Belle province.

« On a récemment rencontré Mme LeBel [Sonia LeBel, ministre des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne du Québec]. Elle a semblé très réceptive à notre initiative et comprend nos objectifs. C’est une question de droits linguistiques et on va toujours travailler pour les droits linguistiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Mais on va aussi continuer à travailler avec son gouvernement pour la promotion de la francophonie. L’un n’empêche pas l’autre ! »

Son organisme s’était déjà porté publiquement au secours des Anglo-Québécois, en juin, avec d’autres de la francophonie canadienne, pour demander au gouvernement québécois de revoir ses positions en matière d’éducation.

Objectif campagne électorale fédérale

Les trois organismes espèrent faire des langues officielles un enjeu de la prochaine campagne électorale fédérale.

« Nous voulons lancer un message fort et que chaque parti dise très clairement de quelle façon il compte s’engager à la modernisation de la Loi sur les langues officielles », indique le président de l’AFO.

Car même si le texte législatif est d’ordre fédéral, il pourrait aider la situation des communautés de langue officielle dans les provinces, croit-il.

« On demande, par exemple, d’inclure dans les plans d’action en éducation la petite enfance et le postsecondaire. Si on avait déjà eu ça, on n’en serait pas où on en est aujourd’hui avec l’Université de l’Ontario français. On aurait eu une protection ! »

Mais là encore, M. Léger se montre dubitatif.

« Si l’objectif est qu’on parle des langues officielles pendant la campagne électorale, comment se fait-il que l’entente ne soit pas signée entre la FCFA [Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada] et le QCGN ? On envoie un drôle de message au reste des communautés francophones qu’on semble mettre de côté. »

Les deux organismes francophones justifient leur démarche indépendamment de la FCFA par leur proximité géographique et un contexte politique similaire.

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