Passer au contenu Passer au pied de page

Les langues officielles dans l’ombre de la crise

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

OTTAWA – On attendait Peter MacKay comme nouveau chef du Parti conservateur du Canada, et ce fut Erin O’Toole. L’élection du député de Durham à la tête de l’opposition fédérale a redonné des espoirs à de nombreux partisans conservateurs, échaudés par l’échec d’Andrew Scheer.

Le nouveau chef conservateur semble comprendre qu’un succès lors des prochaines élections ne pourra se faire sans les 78 circonscriptions du Québec. M. O’Toole qui s’exprime plutôt bien en français a déjà envoyé quelques signaux favorables à la Belle province. Entre autres, le projet de reconnaissance de la nation québécoise.

M O’Toole s’est surtout entouré d’élus ou anciens élus dévoués sur les dossiers francophones. Alupa Clarke en est l’exemple. L’ancien député de Beauport-Limoilou s’était montré le plus critique de son caucus vis-à-vis du gouvernement Trudeau sur le dossier des langues officielles.

On ne pas peut lui donner tort. La modernisation de la Loi sur les langues officielles revendiquée depuis des années par les militants francophones reste lettre morte, de même que de donner plus de clarté à la Partie VII de la Loi, sur la promotion du français et de l’anglais.

« Oui », avait pourtant répondu le premier ministre du Canada, le 23 octobre 2019, lorsqu’interrogé par ONFR+ sur la possibilité de bonifier « dans les six prochains mois » la Loi votée en 1969.

Certes, le gouvernement Trudeau sous l’impulsion de la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, peut s’enorgueillir de quelques succès. À commencer par la bonification financière du Plan d’action pour les langues officielles ou encore, le financement d’une partie de l’Université de l’Ontario français (UOF).

Des manques flagrants

Reste que 51 ans après la première Loi sur les langues officielles, d’autres absences font tâche. Le gouvernement Trudeau préfère, par exemple, se cantonner à la promesse de nommer des juges bilingues à la Cour suprême qu’une loi en bonne et due forme. Autres manques regrettables : la domination de l’anglais dans de nombreux documents officiels, à l’instar de la Constitution.

Évidemment, durant les six derniers mois, les énergies du gouvernement ont été mises à raison dans la lutte contre la propagation du coronavirus et le soutien financier aux citoyens touchés par les premiers effets de la crise économique.

Erin O’Toole sera-t-il ce chef capable de proposer mieux que M. Trudeau sur l’enjeu des langues officielles ? Possible, mais le doute est permis. D’une, les conservateurs fédéraux ont toujours refusé de s’engager sur le dossier des juges bilingues à la Cour suprême, tout en restant avares de propositions sur de meilleures traductions.

Par ailleurs, la philosophie politique de la formation basée sur l’orthodoxie financière serait synonyme de dépenses parcimonieuses en cas d’arrivée au pouvoir. Historiquement, les politiques de rigueur budgétaire en temps de crise majeure ne sont jamais allées de pair avec des investissements pour les francophones.

Les conservateurs comme alternative ?

Dans une autre hypothèse, le Parti conservateur pourrait faire figure d’une alternative politique crédible sur les langues officielles. D’autant que pour beaucoup d’observateurs, le Nouveau Parti démocratique (NPD) sous Jagmeet Singh ne semble pas faire des enjeux francophones une priorité. À cet égard, le mutisme du porte-parole néo-démocrate sur les langues officielles, Charlie Angus, continue d’interroger.

Dans ces périodes troubles, le développement du dossier des langues officielles reste inévitablement dans l’ombre d’autres urgences. Mais la volonté politique de quelques élus peut aussi être un moteur de changements précieux.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 29 août. 

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !