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Les leçons du « jeudi noir », deux ans après

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Certaines dates font partie de l’histoire franco-ontarienne. Le 15 novembre 2018 en est une. Ce jour-là, le gouvernement provincial conservateur profite d’un énoncé économique pour annoncer l’annulation du projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), et la fin de l’indépendance du Commissariat aux services en français. L’onde de choc est à la mesure de la surprise.

Ce dimanche, deux années se seront écoulées exactement depuis ce « jeudi noir ». L’inquiétude face à la pandémie tend à donner moins d’ampleur au souvenir de ce 15 novembre lequel avait déclenché une crise linguistique de deux semaines, la plus importante depuis celle de Montfort.

Confrontés à une économie en berne, des dizaines d’organismes francophones se battent aujourd’hui pour joindre les deux bouts. Pour beaucoup, l’heure est plus à remettre le navire à flot qu’à la mobilisation générale.

Deux ans après, La Résistance – ce noyau de leaders franco-ontariens prêts à en découdre avec le gouvernement Ford – a pris une forme moins vindicative. Voilà la première leçon du « jeudi noir ».

D’une parce qu’un accord financier entre le gouvernement Ford et le fédéral a remis sur les rails le projet de l’UOF. Le bâtiment ouvrira ses portes en septembre 2021.

Par ailleurs, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), l’organisme-pilier de La Résistance, a mis de l’eau dans son vin. Devant les très faibles garanties d’une victoire devant les tribunaux pour le retour à l’indépendance du Commissariat aux services en français, le président Carol Jolin et son équipe ont commencé une relation plus cordiale avec le bureau de la ministre aux Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Un gouvernement plus prudent

C’est sans doute le deuxième enseignement du « jeudi noir » : le gouvernement Ford par l’intermédiaire de Mme Mulroney, mais aussi de la députée Natalia Kusendova, fait désormais montre de prudence vis-à-vis des francophones. La crise linguistique de l’automne 2018 a laissé des séquelles politiques évidentes.

Preuves de ces avancées : fin septembre, le gouvernement a donné au drapeau franco-ontarien un statut d’emblème provincial, tout en mettant en place les accents et cédilles sur les permis de conduire, une revendication de longue date.

Reste que l’opposition crie à la supercherie. La députée libérale Amanda Simard, l’égérie de la Résistance franco-ontarienne, dénonce des « bonbons de fond de sacoche » et le fiasco d’un Commissariat aux services en français dorénavant sous l’égide de l’ombudsman. Le néo-démocrate Guy Bourgouin n’est guère plus tendre, et demande une réforme rapide de la Loi sur les services en français (LSF).

Les cicatrices de la crise linguistique pourraient toutefois se refermer si Mme Mulroney donne son accord à la proposition de l’AFO. À savoir une modernisation de la LSF en y incluant l’indépendance de la commissaire aux services en français, un rôle aujourd’hui assuré par Kelly Burke.

La piqûre de rappel qui doit conserver ses effets

Troisième leçon du « jeudi noir » et probablement la plus importante : rien n’est acquis et gravé dans le marbre, peu importe la couleur du gouvernement au pouvoir. Les bénéfices arrachés pour les minorités linguistiques il y a des années, voire des décennies, ne sont pas éternels sans force de loi.

Tous les élus n’ont pas la connaissance ou le réflexe de l’aphorisme selon lequel une civilisation se juge sur la manière dont elle traite ses minorités. En cela, le 15 novembre 2018 nous a rappelé notre vulnérabilité. Cette piqûre de rappel doit conserver ses effets.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 14 novembre.

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