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Les libéraux ontariens se placent comme le parti des francophones

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les six candidats à la direction du Parti libéral de l’Ontario (PLO) croisaient le fer, ce lundi, à Ottawa. Sans trop les démarquer, la question sur la francophonie a toutefois démontré leur volonté de séduire cet électorat.

Pour ce troisième débat, organisé dans une salle comble au Centre communautaire de Carleton Heights, Mitzie Hunter, Michael Coteau, Steven Del Duca, Alvin Tedjo, Brenda Hollingsworth et Kate Graham étaient interrogés sur cinq thèmes.

Et parmi les cinq enjeux retenus, un portait sur la défense des droits de francophones dans la province.

« Doug Ford a témoigné d’un manque de respect envers les Franco-Ontariens. Nous sommes les seuls à pouvoir agir ! », a insisté l’ancien ministre sous le gouvernement de Kathleen Wynne, Steven Del Duca, rappelant les décisions prises par le gouvernement progressiste-conservateur qui ont touché les Franco-Ontariens.

Quel que soit celui ou celle qui sera élu, les six candidats à la direction du parti ont promis de rétablir un commissariat aux services en français indépendant et de poursuivre le projet de création de l’Université de l’Ontario français.

« Nous avons perdu du temps à cause du gouvernement Ford. Heureusement que le gouvernement fédéral était là pour s’assurer que le projet [d’Université de l’Ontario français] aille de l’avant », a martelé M. Del Duca.

Hunter en faveur d’une province bilingue

Moderniser la Loi sur les services en français, la faire appliquer, augmenter l’accès aux services en français… Les six postulants à la direction du Parti libéral de l’Ontario ont peiné à vraiment se distinguer sur ce dossier.

« Il n’y a pas de frontières en Ontario et pourtant, les services en français ne sont pas accessibles à travers la province, alors qu’il y a des francophones répartis sur tout le territoire », s’est étonné Alvin Tedjo, qui s’est engagé à offrir à ses enfants l’occasion que n’a pas eue son épouse de poursuivre leurs études postsecondaires en français.

« J’ai entendu des histoires à vous briser le cœur lors de mes rencontres avec les Ontariens », a témoigné Kate Graham. « Des gens qui n’ont pas accès aux services de garde, à un docteur, à l’éducation… en français. Et plus on s’éloigne d’Ottawa, pire est la situation. On a besoin de faire plus ! »

Le débat de la course à la direction du Parti libéral de l’Ontario, à Ottawa. Crédit image : Benjamin Vachet

En matière d’accès à la justice en français, même la région d’Ottawa ne serait pas épargnée, selon Brenda Hollingsworth.

« Il y a des problèmes même ici. Et pour s’assurer que les droits des Franco-Ontariens sont protégés, cela prend un commissaire aux services en français fort ! »

La députée de Scarborough—Guildwood, Mitzie Hunter, est allée le plus loin dans ses déclarations de bonnes intentions envers les Franco-Ontariens.

« Je veux plus de bilinguisme en Ontario », a-t-elle d’abord rappelé, avant même de se prononcer en faveur d’« une province officiellement bilingue ».

Le français discret

Bien que présenté dans les deux langues officielles par la modératrice et ancienne députée provinciale libérale d’Orléans, Marie-France Lalonde, le public n’a pas entendu beaucoup de français, ce lundi soir, seule Brenda Hollingsworth étant bilingue.

Mitzie Hunter s’est toutefois évertuée à s’exprimer un peu en français, promettant de poursuivre ses efforts pour apprendre la langue de Molière, alors que les autres candidats se sont contentés de glisser quelques mots ou phrases ici et là.

Michael Coteau s’est d’ailleurs positionné pour offrir à tous les jeunes Ontariens l’opportunité que lui-même n’a pas eue d’apprendre le français.

Pour Alvin Tedjo, la question est importante, y compris pour le futur chef du parti libéral ontarien.

« Pendant la dernière campagne électorale, Doug Ford a dit qu’il n’avait pas besoin d’apprendre le français. Depuis plus de dix ans qu’elle est cheffe du Nouveau Parti démocratique à Queen’s Park, Andrea Horwath n’a jamais senti le besoin d’apprendre le français ! Moi, je m’engage à le faire », a-t-il lancé, rappelant que ses enfants pourront l’aider puisqu’ils fréquentent une école de langue française.

Un engagement qu’a également pris le favori de la course au leadership, Steven Del Duca.

Rebâtir par la base

Secteur public, éducation, place de l’Ontario au sein du Canada… Les candidats ont également été interrogés sur ces thèmes sans que leurs différences sautent aux yeux.

Et quand il a fallu parler de rebâtir un parti décimé par la dernière élection, tous se sont accordés sur la nécessité d’un changement. Ce changement, il passe par de nouveaux visages et une approche nouvelle, selon Kate Graham, alors que Brenda Hollingsworth milite pour l’élection d’une femme à la tête du parti et que Steven Del Duca insiste sur l’importance de rester uni contre le Parti progressiste-conservateur après le choix d’un nouveau chef, le 7 mars prochain. Pour Michael Coteau, ce dernier devra avoir une vision d’avenir pour le parti et pour la province.

La députée Amanda Simard (deuxième à gauche en partant de la droite) au premier rang lors du débat à Ottawa. Crédit image : Benjamin Vachet

Mais alors que les six candidats s’entendent sur la nécessité de rebâtir les ponts avec la base libérale, sur le terrain, en donnant une voix aux bénévoles et aux associations locales, la présence dans le public de l’ancien député provincial de Glengarry-Prescott-Russell, Jean-Marc Lalonde, et de la nouvelle transfuge Amanda Simard – chaleureusement applaudie -, témoignait d’une certaine ironie.

Cette fin de semaine, après avoir accueilli très froidement l’arrivée de Mme Simard au sein du parti, l’Association libérale de Glengarry-Prescott-Russell a demandé à l’association provinciale du parti d’organiser une course à l’investiture en vue des élections de 2022, s’opposant à la nomination automatique de l’élue franco-ontarienne.

Plusieurs autres rendez-vous sont prévus avant le vote des militants lors du congrès des 6 et 7 mars, à Mississauga. Le prochain débat aura lieu à Sudbury, le jeudi 30 janvier, à partir de 19h.

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