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« Les Noirs n’ont pas toujours vécu le paradis au Canada »

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Amadou Ba est historien, et chargé de cours à l’Université Laurentienne. En décembre, il a publié un ouvrage L’Afrique des Grands Empire (7e-17e siècle) : 1000 ans de prospérité économique, d’unité politique, de cohésion sociale et de rayonnement culturel.

L’ENJEU :

Février représente le Mois de l’histoire des Noirs. Chaque année, il permet de reconnaître et de promouvoir la contribution des communautés noires à l’histoire de l’Ontario et du Canada.

LE CONTEXTE :

Ce mois de l’histoire des Noirs intervient dans un contexte particulier, quelques mois après les manifestations en hommage à George Floyd et au nom du mouvement Black Lives Matter.

« Que représente ce Mois de l’histoire des Noirs ?

Beaucoup de choses pour la communauté ! On célèbre ce mois dans de nombreux pays comme le Canada, les États-Unis, et l’Angleterre, et il pose un débat sur les différents problèmes, auxquels font face les afro-descendants et les personnes issues par exemple de l’immigration africaine. C’est un mois où l’on revient sur l’histoire de l’Afrique ces cinq derniers siècles, mais aussi où l’on parle de l’esclavage, du colonialisme, et du néo-colonialisme.

On essaye de trouver des solutions pour permettre une meilleure inclusion des populations africaines qui vivent ici, mais aussi pour enrichir, informer, et discuter des problèmes !

Est-ce que ce Mois de l’histoire des Noirs en février 2021 est particulier selon vous ?

Absolument ! Il prend plus d’ampleur pour deux raisons. Tout d’abord, car il intervient quelques mois après la mort de George Floyd, un décès lié aux conséquences de l’esclavage. Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre, et il était bien d’en parler. Ce passé contemporain de l’esclavage, nous devons y faire face.

Par ailleurs, c’est un mois de célébrations et de festivités où beaucoup d’entre elles n’auront pas lieu du fait du confinement. Il y aura donc peut-être plus d’échanges et de discussions cependant, et les gens iront plus en profondeur pour parler de certaines questions.

Est-ce que les choses ont changé depuis les manifestations, l’an dernier ?

Black Lives Matter a occupé le terrain, mais il faut maintenant des décisions politiques et fermes des politiciens. Il faut des décisions concernant la justice, le fait de pouvoir s’exprimer, dire qu’on ne peut pas mener des actes de racisme, dire que tout n’est pas permis, et un peu plus d’égalité.

Par ailleurs, certaines choses doivent être enseignées dans les écoles. En Ontario, il n’y a pas l’obligation d’enseigner l’esclavage et l’histoire des Noirs. Il y a plus de choses pour enseigner l’histoire des Autochtones. La population noire est pourtant là depuis 400 ans. Il faut investir dans les jeunes, toucher les jeunes par des actions.

Le Canada est-il plus avancé que les autres pays dans sa reconnaissance et son inclusion des Noirs ?

Le Canada reconnaît le multiculturalisme intégral, met les valeurs du multiculturalisme en avant, mais les Noirs n’ont pas toujours vécu le paradis au Canada. La ségrégation, les interdictions d’aller dans les restaurants ont existé.

L’Ontario a perdu 50 % de population noire après la Guerre de Sécession. En effet, l’esclavage a été aboli en 1833 dans l’Empire britannique, ce qui explique que beaucoup de Noirs sont allés à ce moment au Canada. Cependant dans les années 1850, la loi régissant l’éducation en Ontario a été modifiée pour permettre la création d’écoles séparées pour les catholiques, les protestants et les Noirs. C’est la raison pour laquelle après la fin de la Guerre de Sécession en 1865, laquelle se termine par une abolition de l’esclavage, beaucoup de Noirs sont allés aux États-Unis.

À titre d’historien, spécialisé dans l’histoire des Noirs au Canada, qu’avez-vous pensé de la polémique sur le « mot en n » à l’Université d’Ottawa, l’automne dernier ?

Les mots peuvent blesser. Il y a des mots, humiliants, et qu’on ne devrait pas entendre parler. Un langage du politique correct doit être enseigné aux jeunes dans les écoles !

Comment allez-vous vous impliquer au cours de ce mois ?

Je vais beaucoup le faire à travers mes recherches, en faisant des conférences, des entrevues à la radio et à la télévision. C’est bien de vulgariser dans les deux langues. Je vais aussi faire des présentations dans les écoles, tout en rappelant que beaucoup de Canadiens blancs ont lutté pour l’intégration des Noirs, par exemple John Graves Simcoe, le premier lieutenant-gouverneur de la nouvelle colonie britannique du Haut-Canada, qui a agi contre la traite des esclaves en Ontario et au Canada.

Peut-on dire que l’inclusion des Noirs fonctionne aujourd’hui en Ontario ?

C’est difficile. Il faudrait faire des études, mais nous n’avons pas de chiffres pour quantifier. Disons qu’à la fin du 18e siècle, on a voulu une immigration européenne. Le Canada s’est ouvert aux Peuples d’Afrique très tardivement, au milieu du 20e siècle, lorsque l’immigration européenne a commencé a baisser.

Aujourd’hui, les Noirs ont des problèmes d’échecs scolaires et sont très présents dans la prison, bien qu’ils ne représentent que 3 % de la population. Dans l’Ontario, les Noirs représentent tout de même 500 000 habitants. C’est un chiffre assez proche des Franco-Ontariens. »

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