Passer au contenu Passer au pied de page
Université d'Ottawa étudiant Angéline Lafleur

Angéline Lafleur, les intérêts francophones à travers les sciences

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

OTTAWA – Angéline Lafleur est une Franco-Ontarienne passionnée par l’ingénierie quantique. La jeune orléanaise de 20 ans se trace un avenir dans l’un des domaines les plus savants de la recherche en génie, les propriétés quantiques. Inspirée par des femmes de renoms, la jeune étudiante et chercheuse veut initier la Technologie aux jeunes francophones et à leurs enseignants dans les écoles élémentaires.

« Comment vous est venue cette passion des Sciences, Technologies, Ingénieries et Mathématiques (STIM) ?

Dès mon jeune âge, j’ai été influencée par mes parents, qui sont tous les deux ingénieurs électriques. J’ai participé à des camps d’été à l’Université d’Ottawa et très tôt, j’ai participé à de nombreuses activités liées au monde du génie, de la science et de la technologie.

Ce n’est peut-être pas étonnant, mais j’ai tout de suite accroché. J’étais intéressée par ce monde-là depuis petite finalement. Par contre, je ne voulais pas faire comme mes parents. J’ai choisi le domaine de la physique et de la science, puisqu’au fond, c’est ce qui m’a le plus intéressé… Bon après, j’apprends tout de même le génie électrique donc je fais un peu comme mes parents (Rires).

Comment se passent vos études aujourd’hui à l’Université d’Ottawa ?

J’effectue deux baccalauréats simultanément en physique et génie électrique. C’est offert en français ! Le fait de pouvoir faire mes études en français, c’est quand même très important.

Vous dites que cette passion est arrivée assez tôt ?

Oui. C’était quand je travaillais dans un magasin d’ordinateur y a quelque temps. C’était en fait une de mes premières expériences dans le monde du travail et j’ai vraiment aimé ça. Puis en même temps, c’est à cet endroit-là que j’ai constaté qu’il y avait un problème dans le rapport entre les clients et les femmes. 

Certains de nos clients avaient des commentaires envers moi assez désobligeants. Une fois, une personne avait dit : « Faites-vous réellement confiance à cette fille avec mon ordinateur ? ». J’étais assez choquée d’entendre ça ! C’est à cet instant précis que j’ai réalisé que le sexisme, ce n’était pas un problème du passé, mais que c’était bien réel, aujourd’hui.

Et c’est donc ensuite que vous avez découvert la physique quantique ?

Il faut savoir que lorsque la physique quantique a été découverte, fin des années 1880, début des années 1900, de nombreuses personnes pensaient qu’il n’y avait plus rien à découvrir. Ils pensaient qu’après Newton et ses recherches sur la gravitation, la force et bien plus, tout avait été découvert. Pourtant, le domaine a évolué. La physique quantique parle de ce qui est vraiment petit et de son effet sur le monde à notre échelle (la macroscopie). Ce sont des découvertes plus modernes qui vont s’appliquer à l’infiniment petit (la microscopie) et sur l’infiniment grand (l’Univers).

Institut de recherche Adina Lucian-Mayer
Angéline Lafleur fait de la recherche pour le Dre Adina Lucian-Mayer à Chicago. Gracieuseté.

Avec la physique et l’informatique, l’idée est d’utiliser les propriétés quantiques, afin de nous permettre d’avoir des ordinateurs plus puissants. Les plus puissants au monde. Mais ce n’est pas tout, ce domaine peut nous permettre de solutionner des problèmes auxquels on ne pensait jamais avoir de solutions. 

Notamment, le domaine de la santé, de la cybersécurité ou tous les domaines qui entrent dans la révolution quantique. La recherche est en expansion, et même si cela ne fait pas encore partie de notre quotidien, c’est un domaine qui va changer notre futur. Les propriétés quantiques sont des phénomènes très difficiles à comprendre et pour moi, c’est ce qui les rend très intrigantes.

Que pensez-vous du peu de recherches scientifiques et de l’absence de documentation de langue française dans votre domaine ?

Tout est en anglais et le langage scientifique et technique est en anglais en Amérique du Nord. C’est très difficile d’effectuer une carrière dans ce domaine en français malheureusement. C’est frustrant en tant que Franco-Ontarienne de ne pas avoir un nombre suffisant de recherches scientifiques écrites en français. Il y en a bien sûr, mais ce n’est pas la majorité. L’avantage par contre de l’anglais, c’est de pouvoir communiquer avec des chercheurs dans le monde entier. La communauté scientifique est anglophone.

Que suggérez-vous ?

Au niveau du partage de la science avec le public, là, il faudrait plus de documents disponibles en français. Les jeunes dans les communautés francophones, au Canada, n’ont pas nécessairement accès à des ressources éducatives ou informatives pour les inciter à entrer dans le domaine, où alors, elles ne sont pas adaptées à un jeune âge. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne sont pas toujours en français.

Lorsque j’étais à l’école élémentaire, beaucoup d’enseignants n’avaient pas de moyens ou de ressources disponibles en sciences et surtout en technologie, en français. A priori, cela évolue, le gouvernement de l’Ontario a lancé un curriculum de programmations scientifiques et technologiques pour les jeunes et pour les enseignants des écoles francophones. Mais on voit bien qu’il y a un contraste entre les communautés francophones et anglophones quant à l’accès à la Technologie.

Recherche technologie quantiqur e
Angéline Lafleur donnant un cours de programmation informatique. Crédit image : Université d’Ottawa.

Quel a été et quel est votre travail au sein des conseils des écoles francophones en Ontario, pour l’accès à la Science et à la Technologie ?

En ce moment, je suis sur un projet de création de ressources, je travaille dessus depuis un an et demi, c’est encore très nouveau. L’idée est d’initier la Technologie aux jeunes étudiants francophones dans les écoles élémentaires, mais aussi au travers des enseignants.

Au secondaire, lorsque j’étais à l’école Garneau, qui est une école spécialisée en technologie. L’école avait des programmes d’enrichissements en informatique et j’étais souvent la seule fille dans les cours. J’ai donc contacté la direction de l’école, pour changer ça. J’ai organisé des sommets de la Technologie et des ateliers, dans les écoles élémentaires à la portée des garçons et des filles. Bien sûr, je voulais aussi qu’il y ait une représentation féminine et francophone.

Comment peut-on justement aider à une meilleure représentation féminine ?

J’essaie d’influencer les jeunes filles francophones comme je peux, quand je fais mes ateliers auprès de mes élèves, mon but est de créer des connexions. Je veux dire par là que la clé, c’est d’avoir un mentor. Dans ma vie et dans l’apprentissage que j’ai eu, c’est auprès de mentors qui m’ont soutenu et encouragé que j’ai le plus appris. Alors, oui, j’espère pouvoir jouer ce rôle pour d’autres élèves afin de les voir s’épanouir dans le domaine des STIM.

Parlez-nous un peu de vos projets ?

Un de mes projets, dont je suis particulièrement fière, est la création d’une bourse d’études à destination d’une fille francophone. Je me suis rapprochée de mon ancienne école afin de sélectionner une fille qui lorsqu’elle sera diplômée d’un cursus technologique, pourra recevoir ma bourse pour aller à l’université.

J’ai moi-même été choyée par ce genre d’attribution. En 2020, j’ai reçu plusieurs bourses d’études pour étudier à l’Université dont la Schulich Leader et la bourse Horizon STIAM. J’ai été extrêmement surprise, je n’avais pas planifié cela et ça m’a tellement motivé, d’une part en restituant mes connaissances à la communauté, mais aussi en offrant cette bourse.

D’après vous, quel serait le meilleur moyen pour permettre aux femmes d’accéder au monde de l’ingénierie  ?

Dans le domaine des STIM, il y a du progrès dans certains cursus. Mais en physique ou dans la communauté scientifique de manière générale, on voit que la femme est toujours stigmatisée. Le problème vient des représentations.

Quand on pense à la physique, on pense à Hawking, Einstein, Newton, tous des hommes blancs ou âgés et on ne se reconnaît pas là-dedans. J’ai eu l’extrême chance et l’opportunité de rencontrer des femmes ingénieures inspirantes, comme la professeure Nayoung Kim, de l’Université de Waterloo. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, notamment dans la recherche en informatique quantique. Elle est, pour moi, un mentor. C’est exactement ce qu’il faut aux jeunes filles pour s’intéresser à ce domaine. Je suis tombée en amour avec la recherche grâce à mes mentors, comme Adina Lucian-Mayer avec qui j’ai travaillé dans son laboratoire de recherche en physique.

Recherche scientifique ingénieur
Angeline Lafleur et Dre Adina Luican-Mayer, sa superviseure de recherche. Gracieuseté

C’est le meilleur moyen d’intéresser d’autres jeunes filles. Mais pour les inspirer, faut-il encore qu’elles sachent que des programmes existent et qu’ils sont à leur portée. C’est simple, il faut plus de femmes en STIM pour en attirer davantage.

Quels seraient vos conseils pour ces jeunes femmes qui n’osent pas se lancer ?

Toutes les peurs et les craintes que les jeunes filles vont ressentir à l’idée d’intégrer les sciences sont légitimes. Mais c’est aussi le cas dans beaucoup d’autres domaines. Alors, oui, parfois, on va se sentir très seules et très incomprises. Notre entourage va même nous traiter différemment et pas forcément comme il le faudrait.

Et peut-être que beaucoup de jeunes filles ne voudront pas faire des études en science et en technologie au final. Mais, je me demande encore si c’est parce qu’on n’a jamais vu de femmes dans ces positions ? C’est certainement parce que dans les médias, on n’en parle pas. Je suis sûre que de nombreuses jeunes filles pensent que ça ne va pas les intéresser. Faut-il seulement le considérer ?

Mon plus grand conseil, ce serait de rechercher des femmes qui sont dans le domaine, une femme dans une entreprise, une chercheuse, une enseignante… Vous serez surprise par le nombre de femmes qui souhaitent partager cela, qui souhaitent encourager, et vous montrer comment passionnant est le domaine. »


LES DATES-CLÉS D’ANGÉLINE LAFLEUR :

2002  : Née à Ottawa, elle grandit à Orléans

2018  : Première initiation au domaine technologique et informatique

2019  : Rencontre avec la professeure Nayoung Kim, moment décisif pour son avenir

2020  : Obtention de la bourse d’études Schulich Leaders et Horizon STIAM

2021  : Récipiendaire du prix Saphir Jeunesse de la Fondation franco-ontarienne

2022 : Présentation de ses recherches en physique effectuées en 2021 au laboratoire d’Adina Lucian Mayer, à Chicago.

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !