Chroniques

L’histoire de l’ouverture à la diversité à la FESFO

Manifestation pour les collèges sur la colline parlementaire en 1992/ Collection de Marie Lapointe.

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

[CHRONIQUE]

Homme blanc, straight, marié, avec deux enfants, on n’aurait pas tort de me qualifier de « franco-plate ». Je n’appartiens à aucune minorité, sauf peut-être celle d’avoir grandi dans un milieu bilingue où les deux langues officielles s’apprenaient (mal) en même temps. Autrement dit, alors que nous sommes en plein Mois de l’histoire des Noirs, je ne suis pas la personne toute désignée pour parler de diversité.

Or, toute cause a besoin de ses alliés, et je demeure persuadé que toute communauté qui aspire à être un peuple doit obligatoirement être une société d’intégration, qui accueille de nouveaux venus. En grandissant, j’ai côtoyé très peu de diversité ethnoculturelle, mais la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) m’a exposé aux différentes régions de l’Ontario français et à sa diversité linguistique et ethnoculturelle.

Je m’y suis épanoui, j’y ai rencontré mon épouse et on m’a embauché pour écrire un livre sur son histoire, à l’occasion de son 50e anniversaire en 2027. Il va sans dire que je lui suis reconnaissant sur plusieurs fronts.

À l’occasion du Mois d’histoire des Noirs, j’ai pensé revenir sur les années où la FESFO s’est engagée pour faire une place explicite à la diversité en son sein. Soyons clairs : la FESFO n’y a jamais été fermée. Dès ses débuts, elle attire des jeunes qui portent des patronymes allemands, irlandais ou haïtiens, par exemple, mais dans les années 1970, les minorités visibles tendent à être rares dans les écoles secondaires à l’extérieur du grand Toronto.

Dans sa première décennie d’existence, la Fédération promeut l’« intégration de la culture canadienne-française » chez les élèves et continue de voir le Québec comme étant « le point d’appui de la francophonie de l’ensemble du Canada », puisque « c’est lui qui nous fournit une culture », affirme-t-elle à l’été 1985.

Suivant l’Accord du lac Meech de 1987, qui propose de reconnaître le caractère distinct de la Belle province sans reconnaître de nouveaux droits collectifs aux francophones des autres provinces, et l’intervention à la Cour suprême du Canada du gouvernement de Robert Bourassa contre la reconnaissance de conseils scolaires linguistiques dans la cause Mahé (1989), une méfiance s’installe chez les Franco-Ontariens.

En 1990, la FESFO prend acte de ce changement de cap en modifiant son mandat, pour favoriser une « intégration à la culture proprement dite franco-ontarienne ». Cela étant dit, elle conserve une intention vitale foncièrement canadienne-française, car l’appartenance à l’Ontario français ne peut se résumer au fait de résider en Ontario ou d’avoir le français comme première (ou principale) langue officielle parlée.

Son membre est « quelqu’un qui tient à se manifester personnellement et collectivement comme francophone, quelqu’un qui doit lutter constamment pour obtenir l’acceptation entière de son identité au point de vue culturel et linguistique » (FESFO, 2 septembre 1985). Le membre est « influencé par une histoire, un milieu géographique, et un voisinage anglophone » qui l’amène à développer sa personnalité et à s’engager vis-à-vis d’une plus grande justice sociale, comme le faisaient les catholiques personnalistes avant eux.

Autrement dit, l’appartenance à l’Ontario français exige une implication dans la réalisation de son épanouissement collectif. Or, les temps changent et la Fédération tente d’arrimer cette conception de sa communauté politique à la volonté du ministère de l’Éducation « de faire connaître le fonctionnement du système éducatif dans les écoles de langue française ontariennes aux communautés ethnoculturelles francophones » (FESFO, avril 1993).

L’organisation interroge alors 692 adolescents sur l’animation culturelle et le multiculturalisme et ses délégués, à l’assemblée générale de mai 1993, font adopter une résolution pour « sensibiliser les jeunes en leur fournissant des outils pour mieux intégrer les différentes cultures dans la communauté scolaire ».

Deux forums sont organisés à Ottawa et à Toronto pour sensibiliser les élèves sur « les droits, responsabilités et réalités de la société face au multiculturalisme ». La construction de centres scolaires communautaires, notamment dans les milieux où la « minorité est numériquement faible », est identifiée comme prioritaire. La FESFO reconnaît que « la masse étudiante », qui comprend un nombre grandissant de jeunes issus de la diversité, est plus passive vis-à-vis du projet sociétal franco-catholique.

La Fédération cherche ainsi à déployer des ateliers et des outils sur les « six étapes cruciales pour amener un élève à se réaliser activement comme francophone » (FESFO, avril 1992). Mais ce processus exige une plus grande « ouverture sur le monde » qui exige que l’élève vive « une expérience positive et marquante en français avec d’autres jeunes » et découvre « des réalités socioculturelles […] nouvelles ».

En somme, on espère une « participation active et dynamique » du jeune issu de la diversité « comme acteur francophone dans la communauté », en mesure de « poser un geste concret comme francophone » et citoyen politique franco-ontarien.

À une époque où les discours populistes sur la peur de l’autre sont récupérés à des fins autoritaires, il est bon de rappeler que la diversité et la fierté nationale n’ont pas besoin d’être aux antipodes.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.