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L’inquiétude francophone en 2019 face à la « résistance » conservatrice

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Certaines unes et couvertures font plus parler que d’autres. Début novembre, la couverture du magazine Maclean’s intitulée pour le coup « Résistance » montrait le chef conservateur Andrew Scheer entouré de quatre homologues provinciaux, l’Ontarien Doug Ford, le Manitobain Brian Pallister, l’Albertain Jason Kenney et le Saskatchewanais Scott Moe.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Cette résistance, c’était avant tout contre la taxe carbone de Justin Trudeau, l’impôt de trop pour ces chefs conservateurs. Ironie du sort, et similarité du choix des mots, c’est pourtant une autre « résistance » qui s’est érigée contre le premier ministre ontarien, Doug Ford, quelques jours plus tard. Celle de la résistance franco-ontarienne à la suite des compressions aux services en français.

Alors que l’année 2019 vient de débuter, les idées de droite ont le vent en poupe. Au cours des derniers mois, l’Ontario puis le Nouveau-Brunswick ont choisi tour à tour un gouvernement progressiste-conservateur. Après 17 ans de règne néo-démocrate, les Manitobains avaient fait le même choix, il y a deux ans. En Alberta, Jason Kenney semble bien parti pour prendre le pouvoir au printemps.

Difficile de ranger dans le même sac la Coalition avenir Québec, aux commandes du Québec depuis cet automne. Reste que dans l’idéologie économique, le parti de François Legault tend plus à droite.

Tradition du bilinguisme au fédéral

Faut-il dès lors pour les francophones avoir peur des conservateurs ? Au fédéral, non. Les élections de l’automne ne devraient pas changer grand chose, même si Andrew Scheer parvient à former une majorité. Les ex-premiers ministres conservateurs Brian Mulroney ou Stephen Harper n’ont pas remis en cause le bilinguisme.

Plusieurs raisons à cela : le statut de langue officielle dont jouit la langue française au palier fédéral, mais aussi les 78 sièges réservés au Québec sur la colline demeurent une denrée très précieuse, à ne pas négliger.

La question se pose bien entendu moins au niveau provincial où, à l’exception du Québec et du Nouveau-Brunswick, les francophones ne pèsent pas tant que ça. Sans compter que 36 ans après l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, les protections constitutionnelles sont ici limitées.

Volonté accrue de lutter contre les déficits

Un autre fardeau pèse aujourd’hui sur ces francophones en milieu minoritaire : la volonté des chefs conservateurs de s’attaquer aux déficits budgétaires. Pour satisfaire leur base électorale, ces partis placent souvent les minorités dans leur champ de tir au moment de faire des économies. Un réflexe qu’on voyait un peu moins lors des règnes progressistes-conservateurs de Bill Davis en Ontario (1971-1985) ou encore, de Richard Hatfield au Nouveau-Brunswick (1970-1987).

Faut-il verser dans l’alarmisme ? On aimerait à vrai dire croire le nouveau premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, lorsqu’il affirme, la main sur le cœur, qu’il ne touchera pas aux acquis des francophones. C’est pourtant ce que Doug Ford avait dit aussi lors de son arrivée au pouvoir.

Mais entre un Nouveau Parti démocratique (NPD) bien incapable de faire voter la Loi sur les services en français pendant ses 17 ans de pouvoir au Manitoba, le même NPD en Nouvelle-Écosse mettant la hache dans les circonscriptions protégées ou encore, les libéraux ontariens ne donnant le feu vert à l’université franco-ontarienne que dans leurs tous derniers mois au pouvoir, les autres couleurs politiques traînent aussi quelques casseroles.

Si « résistance » il doit y avoir en 2019, elle doit être contre l’unilinguisme et l’homogénéisation culturelle. Et cela doit dépasser tous les clivages politiques.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 7 janvier.

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