La nouvelle Clinique Franco-Santé London est située au 240, rue Wharncliffe Nord, bureau 201. Photo : Canva
Société

London : enfin une clinique où tout se passe en français

La nouvelle Clinique Franco-Santé London est située au 240, rue Wharncliffe Nord, bureau 201. Photo : Canva

LONDON — La Clinique Franco-Santé London a accueilli cette semaine ses premiers patients. Plus de 200 personnes ont déjà ouvert un dossier auprès de ce nouveau point de service francophone, qui permet désormais aux patients de recevoir des soins en français à toutes les étapes de leur parcours.

Le médecin de la clinique a commencé ses consultations cette semaine, tandis que les postes infirmiers sont déjà pourvus. L’équipe n’est toutefois pas encore tout à fait complète : le recrutement d’une infirmière praticienne se poursuit.

Avant même le début des consultations, la demande était déjà au rendez-vous. « Il y a déjà plus de 200 patients qui ont un dossier ouvert », indique France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), l’organisme qui chapeaute la nouvelle clinique. Un nombre atteint alors que le médecin venait à peine de commencer à recevoir ses premiers patients.

Pour la directrice générale, cette ouverture représente « un moment de fierté pour la communauté francophone », mais également l’aboutissement de démarches entamées il y a plus de deux ans.

Quand trouver un médecin francophone relevait du défi

L’arrivée de la clinique répond à une demande qu’Accès Franco-Santé London dit entendre depuis longtemps. « La plus grande demande de tous nos clients était toujours un médecin francophone », explique Danielle Tobin, chef d’équipe de l’organisme, qui accompagne les francophones dans l’information, la coordination et la navigation du système de santé à London.

Avant l’ouverture de la clinique, des médecins parlant français exerçaient bien dans la région, mais aucun n’acceptait de nouveaux patients, selon Accès Franco-Santé. Pour les francophones sans médecin, il fallait alors se tourner vers des professionnels anglophones et trouver des solutions pour franchir la barrière linguistique.

France Vaillancourt, directrice générale du Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), dont dépend la nouvelle Clinique Franco-Santé London. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Accès Franco-Santé pouvait notamment proposer un service d’interprétation téléphonique. Mais son utilisation n’était pas toujours simple. « Il y a certains médecins qui ne veulent peut-être pas avoir l’interprétation par téléphone, donc ça devient une barrière », raconte Danielle Tobin.

Certains professionnels préféraient qu’un membre de la famille du patient assure l’interprétation. Une pratique qui n’est « vraiment pas toujours idéale », souligne-t-elle. Dans d’autres situations, certains patients pouvaient finir par recourir à des outils comme Google Translate. « On essayait le mieux qu’on pouvait de trouver des solutions, mais parfois, on avait encore des barrières », résume-t-elle.

Des soins en français « du début jusqu’à la fin »

La différence avec la nouvelle clinique ne réside donc pas seulement dans la possibilité de consulter un médecin francophone. Avoir accès à un service annoncé comme disponible en français ne signifiait pas nécessairement pouvoir effectuer l’ensemble de son parcours dans cette langue.

« Souvent, lorsqu’on offre des services en français ici, ce n’est peut-être pas toujours dès le début du trajet », constate Danielle Tobin.

Le patient pouvait par exemple devoir effectuer ses premières démarches en anglais avant d’arriver à l’étape où un professionnel francophone ou un interprète devenait disponible.

Danielle Tobin, chef d’équipe d’Accès Franco-Santé London, accompagne les francophones dans leur navigation du système de santé. Photo : gracieuseté

À la Clinique Franco-Santé London, l’expérience se veut différente. « En venant ici, vous allez avoir le service complet en français du début jusqu’à la fin », se réjouit-elle.

« La secrétaire est en français. Le secrétaire médical est en français. Les infirmières, les infirmiers. Tout est en français », poursuit-elle.

Accès Franco-Santé, qui demeure une organisation distincte de la clinique, prévoit désormais de travailler étroitement avec cette dernière et de développer des collaborations. Danielle Tobin a déjà reçu les retours de quelques-uns de ses clients ayant obtenu un premier rendez-vous.

« J’ai eu des retours de quelques clients qui nous ont dit qu’ils ont eu un rendez-vous et qu’ils étaient vraiment contents que tout soit en français. » 

« Les planètes se sont vraiment alignées »

Les besoins en soins primaires en français avaient été documentés bien avant l’ouverture de la clinique. Il y a plus de deux ans, Accès Franco-Santé avait fait appel au consultant Stéphane Ouellet pour dresser un état des lieux et examiner les partenariats susceptibles de permettre l’arrivée de services médicaux en français à London.

C’est dans ce contexte que France Vaillancourt est approchée. « La conversation avait piqué ma curiosité », se souvient-elle.

Lorsqu’un programme provincial d’expansion des soins primaires est ensuite lancé, la directrice générale du CSCHN y voit l’occasion de concrétiser le projet. Elle dépose une demande de financement couvrant plusieurs régions désignées et London est finalement choisie comme première étape de l’expansion de l’organisme.

Les besoins documentés par Accès Franco-Santé et la désignation de London comme Communauté francophone accueillante contribuent également à faire avancer le projet. « Les planètes se sont vraiment alignées », résume France Vaillancourt.

Un alignement qui s’est poursuivi avec le recrutement du médecin. Grâce à des contacts au sein du CSCHN, France Vaillancourt apprend qu’un médecin francophone ayant déjà exercé dans un centre de santé ontarien souhaitait revenir au pays après plusieurs années à l’étranger. « Quand je dis que les planètes se sont vraiment alignées, c’est aussi parce qu’on n’a pas eu de difficulté à trouver un médecin qui parle français », raconte-t-elle.

Le recrutement d’une infirmière praticienne demeure en revanche plus difficile, à London comme dans la région de Hamilton-Niagara, mais « aussi dans le milieu anglophone » comme le précise Madame Tobin.

« C’est un début »

Plus largement, Santé Ontario-Ouest a fixé au CSCHN une cible de 3000 patients à desservir. France Vaillancourt insiste toutefois sur le caractère organisationnel de cet objectif : il ne concerne pas uniquement la clinique de London. L’ouverture de la clinique ne devrait pas constituer la dernière étape du développement des services francophones du CSCHN à London.

À plus long terme, elle voit surtout l’implantation du CSCHN à London comme une occasion d’élargir l’offre de services de santé en français. La directrice générale évoque notamment la possibilité d’y ajouter de l’ergothérapie, de la diététique ou encore des services de santé mentale pour les adultes, les enfants et les jeunes, déjà proposés dans les autres points de service de son organisme.

Elle insiste néanmoins sur sa volonté de travailler en complémentarité avec les organismes déjà établis à London. « J’aimerais être capable d’ajouter un complément aux services qui existent déjà, explique-t-elle. C’est un début. »

Une journée portes ouvertes doit enfin permettre à la communauté de découvrir officiellement la nouvelle clinique. Aucune date n’est encore arrêtée, mais le CSCHN envisage de l’organiser d’ici la fin octobre ou au début novembre.