London : les francophones cherchent leur place dans la campagne municipale
LONDON – Alors que la communauté francophone de London grandit et se diversifie, plusieurs de ses membres disent encore se sentir peu interpellés par la politique municipale. Sollicités par ONFR, plusieurs candidats à la mairie promettent pourtant davantage de services en français et de dialogue avec la communauté, certains allant jusqu’à envisager une ville véritablement bilingue.
« Je vois plutôt la communauté qui se rassemble pour demander à la mairie, mais pas l’inverse », dit Juan Sarmiento, père d’un élève de l’école francophone Marie-Curie, pour qui la francophonie reste peu visible dans la campagne municipale londonienne.
Arrivé dans la ville il y a deux ans, après avoir notamment vécu à Gatineau et Toronto, il dit suivre « un peu » la campagne, mais ne pas avoir remarqué de propositions particulières destinées aux francophones.
Un constat que partage César Garo, père d’une élève qui étudie au sein du Conseil scolaire catholique Providence. Peu féru de politique municipale, il affirme n’avoir jamais entendu parler d’un plan pour les francophones.

Taylor Conley est plus catégorique. Cette enseignante en immersion française, dont les trois enfants sont arrivés récemment d’Haïti, estime que la question du français est pratiquement absente de la campagne. Elle pointe notamment du doigt les difficultés que peuvent rencontrer de nouveaux arrivants francophones qui maîtrisent peu l’anglais et doivent naviguer dans les services locaux.
« Il faut avoir des services en français. Et ça n’existe pas », estime-t-elle, tout en reconnaissant ne pas connaître précisément l’ensemble des services offerts par la municipalité.
« Personne n’est venu me chercher »
Le sentiment de distance avec l’hôtel de ville se retrouve également chez certains responsables communautaires. Cofondatrice de Lions SAS, organisme qui offre notamment des cours de natation en français, Edwidge Pierre reconnaît ne pas particulièrement suivre la politique municipale. Mais elle regrette que personne ne soit venu vers son organisme pour lui demander quels étaient ses besoins ou comment la Ville pourrait l’appuyer.
« Jamais personne ne m’a contactée », résume-t-elle, tout en assurant qu’elle serait prête à davantage collaborer avec la municipalité.

Le constat n’est toutefois pas unanimement négatif. Holden Toué, navigateur en santé noire francophone à Accès Franco-Santé London, observe une communauté en croissance qui acquiert selon lui progressivement « un poids dans le paysage londonien ». La présence de responsables politiques lors des célébrations du Jour des Franco-Ontariens constitue à ses yeux un signe de reconnaissance croissante, même s’il dit ne pas suffisamment suivre la politique municipale pour évaluer les efforts individuels des candidats.
Des candidats promettent davantage de français
Interrogés par ONFR, plusieurs candidats à la mairie avancent pourtant des propositions concrètes.
Le maire anglophone sortant, Josh Morgan, défend les relations développées avec la communauté au cours de son mandat, mais reconnaît la nécessité d’aller plus loin. S’il est réélu, il souhaite notamment organiser des rencontres plus régulières avec les dirigeants et organismes francophones et avoir un engagement « plus large » que lors du mandat écoulé.

Tariq Khan propose pour sa part de créer un point d’accès francophone au sein des ressources municipales existantes afin d’orienter les résidents cherchant de l’information ou de l’aide. Il promet également d’accroître progressivement l’information en français concernant les principaux services municipaux et les grandes consultations publiques.
Le candidat souhaite surtout instaurer une table ronde annuelle entre le maire et la communauté francophone, réunissant organismes, jeunes, aînés, entreprises, nouveaux arrivants et responsables communautaires. Il affirme qu’une première rencontre aurait lieu dès janvier 2027 s’il était élu.
« Je sais que nous avons des lacunes à ce niveau à la Ville », reconnaît-il dans ses réponses transmises en anglais à ONFR.

Traduction, consultations et technologie
Kirsten Krose privilégie une approche ciblée. Elle propose d’abord d’évaluer les secteurs où un accès en français aurait le plus d’impact. Pages Web importantes, avis publics, informations d’urgence et de sécurité, renseignements électoraux, grandes consultations : la candidate souhaite identifier les services prioritaires plutôt que de traduire systématiquement l’ensemble des communications municipales.
Elle envisage notamment le recours aux technologies de traduction, avec une révision humaine, afin d’élargir l’offre sans augmenter inutilement les coûts administratifs. « L’objectif n’est pas simplement de traduire davantage de documents. Il s’agit de s’assurer que les gens puissent accéder à leur Ville, la comprendre et avoir voix au chapitre dans ses décisions », explique-t-elle dans une réponse écrite, traduite de l’anglais.
Mme Krose souhaite également instaurer des échanges structurés avec les organismes francophones et rendre compte des demandes auxquelles la municipalité peut répondre, ne relevant pas des gouvernements provincial ou fédéral.

Une ville de London bilingue?
Dan Lenart veut aller encore plus loin. Le candidat propose la création d’un bureau linguistique à l’hôtel de ville, avec un service de traduction, ainsi que la traduction des procès-verbaux des réunions municipales. Son objectif à plus long terme : faire de London une ville « véritablement bilingue ».
« Nous avons besoin de grands objectifs », écrit-il par courriel, tout en reconnaissant que leur réalisation nécessitera du temps. M. Lenart précise que sa propre connaissance du français remonte essentiellement à son apprentissage à l’école jusqu’en 8e année.
Bronagh Joyce Morgan a quant à elle choisi de répondre aux questions d’ONFR directement en français, malgré un niveau qu’elle reconnaît imparfait. Elle souhaite améliorer l’accès au français, mais inscrit cette ambition dans une approche plus largement multilingue, en souhaitant notamment une meilleure représentation des langues autochtones.

La candidate s’engage également à améliorer personnellement son français. Ses enfants ont fréquenté un programme d’immersion française et sa sœur enseigne la langue. « J’aimerais pratiquer plus souvent avec de vrais gens, plutôt qu’une chouette verte », plaisante-t-elle, en référence au logo de l’application Duolingo.
Sollicitée à plusieurs reprises par ONFR pour connaître ses positions sur les enjeux francophones à London, la candidate à la mairie Susan Stevenson n’a pas répondu à nos demandes au moment de la publication.
Jusqu’où peut aller une municipalité?
Toutes les difficultés linguistiques rencontrées par les francophones ne relèvent cependant pas de l’hôtel de ville. Certains services évoqués par les résidents interrogés sont de compétence provinciale ou fédérale.
Pour Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), cela ne signifie pas que les municipalités sont dépourvues de moyens d’action. Même lorsqu’elles ne financent ou ne fournissent pas directement certains services, elles peuvent, estime-t-il, exercer « de l’influence politique auprès des gouvernements » afin que leur population francophone soit mieux desservie.
À London, le contraste demeure donc entre une communauté qui ne se sent pas toujours sollicitée par la politique municipale et des candidats qui, une fois interrogés directement, se disent prêts à renforcer sa place à l’hôtel de ville.
Reste à voir si cette attention portée au français auprès d’ONFR se traduira par une présence accrue de la francophonie d’ici la fin de la campagne et, surtout, dans les services et les décisions municipales après le scrutin.