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Des réfugiés arrivent à Przemysl, en Pologne, après avoir fui en train la guerre en Ukraine.

L’Ontario est la province la moins favorable à l’accueil des réfugiés ukrainiens

Temps de lecture : 4 minutes

Une étude publiée par l’institut Angus Reid s’est penchée sur le ressenti des Canadiens par rapport à l’accueil des réfugiés ukrainiens. Le sondage révèle une différence très significative entre le désir d’accueillir des réfugiés ukrainiens en 2022 et celui éprouvé pour les réfugiés syriens en 2015. Éléments d’explications.

Quatre Canadiens sur cinq appuient le plan du gouvernement fédéral consistant à accueillir un nombre illimité de réfugiés ukrainiens, contre seulement 13 % qui s’y opposent. C’est ce qui ressort d’un récent sondage effectué par l’institut Angus Reid intitulé Des réfugiés ukrainiens accueillis par des Canadiens.

Ce soutien infaillible pour l’accueil de réfugiés est historique d’un point de vue quantitatif. Qui plus est, le constat est valable pour toutes les provinces et tous les penchants politiques des citoyens.

L’Ontario dernier de la classe

Ceci écrit, toujours d’après l’étude, l’Ontario abrite le plus de Canadiens défavorables à l’accueil d’un nombre illimité de réfugiés ukrainiens avec 15 % des personnes sondées contre 78 % pour, sur un échantillon de 4 292 individus. À titre comparatif, la moyenne nationale est de 13 % contre et 80 % pour.


Soutien vs opposition par province au plan du gouvernement d’autoriser un nombre « illimité » de réfugiés ukrainiens au Canada. Source  : Angus Reid

Par ailleurs, avec 88 %, ce sont les provinces de l’Atlantique qui sont les plus désireuses du pays à accueillir des réfugiés ukrainiens. Quelque 8 % seulement souhaitent que ces derniers aillent s’installer où ils veulent sauf au Canada.

« Je m’explique mal la raison de ce constat mais, si je dois quand même l’expliquer, je dirais que la crise au niveau du logement et des sans-abri y est pour quelque chose. Peut-être que l’Ontario est plus concerné par cette situation qui risque de s’intensifier si on accueille beaucoup de gens. Ces réfugiés vont être déjà vulnérables et probablement qu’ils ne vont pas arriver avec des richesses au vu des conditions dans lesquelles ils ont quitté leur pays. Mais encore une fois, on ne peut que spéculer là-dessus », tente d’argumenter la députée provinciale libérale, Lucile Collard.

Les Canadiens deux fois plus favorables aux réfugiés ukrainiens que syriens

Si on a fait appel à une députée pour tenter d’expliquer cette place peu honorable de l’Ontario, c’est que l’enjeu est également politique. En effet, si les Canadiens sont majoritairement compatissants envers l’arrivée des réfugiés ukrainiens, ils l’étaient deux fois moins s’agissant des réfugiés syriens.

Seulement 39 % des Canadiens supportaient la venue des Syriens sur le sol canadien en 2015 contre 80 % aujourd’hui pour les Ukrainiens. Qui plus est, le plan fédéral à l’époque ne prévoyait que 25 000 réfugiés syriens et non un nombre illimité comme cela est le cas pour les réfugiés ukrainiens.   

« Il existe une différence significative dans la façon dont les Canadiens abordent la question des réfugiés d’Ukraine par rapport à la position nationale adoptée concernant la crise des migrants de 2015, déclenchée par la guerre civile syrienne toujours en cours », peut-on lire sur le rapport.   

La comparaison ne s’arrête pas là, les auteurs de l’étude ont jugé judicieux de comparer les deux situations en prenant en compte l’appartenance politique des personnes interrogées. Le résultat est sans appel : les votants de tous les bords politiques préfèrent largement les réfugiés ukrainiens que ceux en provenance de Syrie.

Dans le détail, 36 % des anciens électeurs libéraux et 37 % de leurs homologues néo-démocrates s’opposaient à l’arrivée des 25 000 réfugiés syriens alors qu’ils sont respectivement 6 % et 4 % à refuser les réfugiés ukrainiens aujourd’hui.


Soutien à la réinstallation des réfugiés de Syrie en 2015 et d’Ukraine en 2022 suivant les votants aux élections fédérales passées. Source Angus Reid

Toutefois, le plus grand écart est attribué au Parti conservateur dont les partisans sont empiriquement réputés d’être en grande majorité hostile à l’accueil des réfugiés. En 2015, 78 % d’entre eux étaient contre le projet d’installation des réfugiés syriens, alors qu’en mars 2022, ils sont uniquement 18 % à dire non pour offrir l’hospitalité aux Ukrainiens.

« On n’avait pas autant d’affinité avec ce peuple-là »

« Selon ma logique de citoyenne, de personne et de politicienne, je pense qu’il faut apprécier la situation en comparant les contextes et voir comment la société canadienne a évolué depuis 2015. Je pense qu’avec la COVID-19 on a appris à être beaucoup plus empathique envers les autres et à réaliser qu’il y a beaucoup de gens vulnérables qui ont besoin d’aide », analyse la députée d’Ottawa-Vanier.

Et d’ajouter : « L’autre facteur qui pourrait expliquer cette différence est qu’au niveau de ses médias et de ses actions politiques, le Canada semble avoir été beaucoup plus impliqué dans cette crise ukrainienne que dans celle de 2015 en Syrie. Ce n’est pas qu’on ne voulait pas aider les Syriens, mais on n’avait pas autant d’affinité avec ce peuple-là. »

De son côté, la députée fédérale du Nouveau Parti démocratique (NPD) et porte-parole en matière d’immigration, réfugiés et citoyenneté, Jenny Kwan regrette ces chiffres.

« Cet écart ne reflète pas le travail que nous faisons à Ottawa », réagit-elle. « Les néo-démocrates ont toujours priorisé l’accueil et le bien-être des personnes qui fuient les milieux de conflits et des crises humanitaires. »

Et de pointer du doigt le gouvernement fédéral : « Le gouvernement actuel a l’habitude d’ignorer les appels du NPD à éliminer les obstacles bureaucratiques afin d’accélérer le rythme auquel nous accueillons les réfugiés fuyant une crise imminente, plus récemment avec la situation en Afghanistan et à Hong Kong. Nous constatons que le gouvernement est toujours loin de ses objectifs pour l’Afghanistan et qu’il n’a pas fait grand-chose depuis pour y remédier. Alors que les obstacles subsistent dans la réponse à la crise actuelle en Ukraine, il est regrettable que nous n’ayons pas vu le même niveau de réponse à d’autres crises humanitaires de la part du gouvernement fédéral. »

Pour leur part, les initiateurs de l’étude avancent un autre argument en précisant bien que cela ne peut constituer qu’un pan de l’explication. D’après eux, la forte présence de la communauté ukrainienne déjà installée au Canada est l’un des éléments explicatifs de cet énorme fossé creusé par les consciences.       

Pour rappel, la population canadienne compte environ 1,4 million de Canadiens d’origine ukrainienne dont la plupart sont nés au Canada. Cela fait de cette communauté la troisième au monde en termes d’importance, juste après l’Ukraine et la Russie.

À l’heure de la mise sous presse, le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario, le gouvernement progressiste-conservateur de la province et le Parti conservateur du Canada n’avaient pas donné suite à nos sollicitations.

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