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L’Université Laurentienne amputée de 10 programmes en français

Temps de lecture : 3 minutes

SUDBURY – Coup de massue pour les étudiants et les professeurs : les admissions à 17 programmes, dont 10 en français, sont suspendues en première année. Le recteur assure que des alternatives seront offertes aux étudiants impactés. Insuffisant pour deux associations qui enclenchent un recours judiciaire.

Dix-sept programmes passent à la trappe dès la rentrée. Les étudiants inscrits en première année ne pourront pas les choisir, mais seront invités à s’inscrire dans un « programme semblable, relié à la discipline voulue ». Cette mesure ne concerne pas les étudiants déjà dans le programme depuis au moins l’année dernière. Ceux-là pourront continuer normalement leur cursus.

Voici la liste des disciplines concernées :

  • Études de l’environnement/Environnement durable – français
  • Kinésie humaine (maîtrise) – français
  • Mathématiques – français
  • Outdoor Adventure Leadership – français
  • BAA en Ressources humaines – français
  • Théâtre – français
  • Anthropologie – anglais/français
  • Archéologie – anglais/français
  • Géographie – anglais/français
  • Musique – anglais/français
  • BBA en Entrepreneurship – anglais
  • BBA en management international – anglais
  • Langues modernes – italien/espagnol

Une bonne partie de ces programmes était dispensée en français. Dans une université qui offre 25 % de ses cours en langue française, cette décision fait craindre une baisse de l’offre de programmes à la Laurentienne.

C’est en tout cas ce que pense Jean-Charles Cachon. Selon le secrétaire et trésorier de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), « l’impact sur l’offre de cours en français sera bien plus grave que l’impact sur les cours offerts en anglais ».

Robert Haché, recteur de l’Université Laurentienne. Archives ONFR+

Le recteur Robert Haché réfute cet argument.

« Tous les programmes ont une certaine durée de vie. On en crée aussi des nouveaux. C’est un processus continu. Il n’y aura pas d’effet dramatique dans une discipline », assure-t-il.

Il justifie ces arbitrages pour des raisons de manque d’intérêt des étudiants. Certaines disciplines n’auraient que trois ou quatre étudiants.

« Quand les classes deviennent trop petites, ça devient plus difficile à compléter une instruction de la meilleure façon », plaide M. Haché, fondant sa décision sur une tendance observée sur plusieurs années.

« Il n’y a pas de raison académique »

« Il n’y a pas de raison académique de supprimer ces programmes », rétorque M. Cachon. « Depuis 2005, l’université a intégré plusieurs de ses programmes de manière à ce qu’ils génèrent des inscriptions dans d’autres facultés. Le fait de les supprimer va enlever beaucoup d’options aux étudiants. C’est comme si on avait fait abstraction de l’aspect pan-universitaire. »

Son syndicat dénonce « une décision unilatérale, sans consultation du sénat et des instances académiques ».

« Cette décision est nulle et non avenue. Il faut respecter la Loi de l’Université Laurentienne qui délimite très clairement la responsabilité du sénat académique », dit-il.

Jean-Charles Cachon, secrétaire et trésorier de l’APPUL. Gracieuseté

« La décision de suspendre les admissions est une décision du vice-recteur académique », réplique M. Haché. « Le sénat a le pouvoir de créer ou fermer des programmes, mais les ajustements, tels que les suspensions d’admissions, appartiennent au vice-recteur. »

Et de préciser qu’aucun poste d’enseignant ne sera affecté à court terme.

Deux associations se tournent vers la justice

Du côté de l’Association des étudiantes et étudiants francophones de l’Université Laurentienne (AEF), on regrette de pas avoir été prévenu avant.

« J’ai été surpris. Je l’ai appris aujourd’hui, en même temps que tout le monde », regrette Simon Paquette, son président.

L’étudiant en biologie compte faire son possible pour « tenir le recteur responsable de son engagement à ce que les étudiants actuels dans leurs programmes ne soient pas affectés », souhaitant au passage que les cours en français soient de meilleure qualité.

Simon Paquette, président de l’AEF. Gracieuseté

L’APPUL est plus sévère. « On a demandé au recteur et au vice-recteur de revenir sur cette décision et de confier au sénat la responsabilité d’examiner ces programmes et de laisser ces instances déterminer s’ils ont vraiment besoin d’être suspendus. Ils ont refusé de le faire », déplore M. Cachon.

L’APPUL et l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) ont donc entamé des démarches de révision judiciaire pour demander à un juge de se prononcer sur l’application de la Loi de l’université.

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