Alors que son rapport de mi-mandat dresse un premier bilan positif, l'avenir du Groupe de travail francophone auprès de la Ville de Kingston reste suspendu au choix du prochain conseil municipal. Photo : iStock
Politique

Groupe de travail francophone à Kingston : certains acquis mais des priorités toujours en attente

Alors que son rapport de mi-mandat dresse un premier bilan positif, l'avenir du Groupe de travail francophone auprès de la Ville de Kingston reste suspendu au choix du prochain conseil municipal. Photo : iStock

KINGSTON – Formations pour les éducatrices, candidatures bilingues aux comités et visibilité culturelle : le Groupe de travail francophone de Kingston dresse un premier bilan positif de ses initiatives pour son bilan de mi-mandat. Alors que des dossiers majeurs, comme le drapeau franco-ontarien, les urgences et la petite enfance, restent à concrétiser, l’avenir de cette instance de dialogue dépendra des choix du prochain conseil municipal élu en octobre prochain.

Mis sur pied en décembre 2024 afin de renforcer la visibilité, la reconnaissance et l’accès aux services municipaux en français, le Groupe de travail francophone de la Ville de Kingston a récemment soumis son rapport de mi-mandat au conseil municipal. 

Cette instance réunit onze intervenants locaux provenant des milieux de l’éducation, de la petite enfance, de la culture, de la santé et des services communautaires, lesquels tiennent tous les deux mois des rencontres avec des responsables de plusieurs services de la Ville.

Laurianne Montpetit, directrice de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFOMI), qualifie ce projet de « belle occasion de dialogue » avec les autorités locales au sein d’une ville comptant 3,1 % de francophones.

Elle explique que cette structure « nous permet de transmettre nos messages, de faire comprendre notre réalité » et de rebâtir des canaux de communication durables avec une administration municipale qui n’est pas assujettie à la Loi sur les services en français.

« Une grande avancée »

Au terme de ses premiers mois d’échanges avec les responsables de divers départements de la Ville, le groupe de travail a permis d’obtenir des améliorations tangibles pour la communauté francophone. 

Le secteur de la petite enfance a notamment bénéficié d’une avancée qualifiée d’importante en matière de développement professionnel. 

Les garderies francophones de la région ont désormais accès à des enveloppes budgétaires municipales pour financer des formations dispensées directement en français à leurs éducatrices, évitant ainsi le recours à l’interprétation ou à la traduction simultanée. 

Faisant également partie du comité, Audrey Adam, directrice générale de la Garderie Croque Soleil, souligne l’importance de cette mesure : « C’est une grande avancée, car il y avait un manque de formations adaptées pour nos éducatrices qui ne maîtrisaient pas l’anglais. »

De plus, les centres de la petite enfance peuvent maintenant lire et soumettre l’ensemble de leurs rapports administratifs officiels en français à la Ville.

Audrey Adam, directrice générale de la Garderie Croque Soleil, réclame une distinction claire entre les garderies unilingues francophones et les milieux d’immersion pour contrer l’assimilation. Photo : gracieuseté d’Audrey Adam

Du côté de la vie démocratique et de la participation citoyenne, la municipalité a adapté ses processus afin de permettre aux résidents francophones de poser leurs candidatures en français pour siéger aux différents comités et groupes de travail de la Ville. 

La municipalité s’est dotée de la capacité interne d’évaluer ces dossiers dans la langue officielle de choix des candidats. 

Laurianne Montpetit précise qu’il s’agit d’un gain substantiel pour la représentativité de la communauté : « Même si le travail du comité se déroule en anglais, c’est beaucoup plus facile de poser sa candidature et de soumettre son CV en français. C’est désormais possible ».

La présence du français s’est également renforcée dans le volet culturel. Des collaborations avec le bureau de la musique et le bureau du cinéma ont permis la tenue d’activités jeunesse bilingues et d’ateliers culturels. 

Par ailleurs, le comité a mené un travail de sensibilisation auprès de la bibliothèque municipale (Kingston Frontenac Public Library) afin de réviser la structure de son catalogue en ligne. 

Mme Montpetit indique leur avoir rappelé que « le français n’est pas simplement une langue parmi tant d’autres, c’est une langue officielle », permettant ainsi de sortir les collections francophones de la rubrique générale des langues du monde pour les rendre nettement plus accessibles au public.

Toujours pas de drapeau permanent

Toutefois, des dossiers majeurs et très attendus par la communauté demeurent toujours en suspens. 

Demandé depuis 2018 et approuvé par le conseil municipal en 2022, le déploiement permanent du drapeau franco-ontarien devant l’hôtel de ville n’a toujours pas connu de progression concrète en raison de défis logistiques et d’emplacement. 

Le conseiller municipal Vincent Cinanni, membre du groupe, concède que le projet a pu être distancé par d’autres priorités au fil des ans, tout en réaffirmant la nécessité de concrétiser cet engagement : « Nous avons besoin du drapeau à l’hôtel de ville ou à proximité, comme dans d’autres municipalités. C’est une démarche essentielle, car cela avait été promis ». 

Le dossier devrait faire l’objet d’un réexamen lors des travaux de réaménagement du Bassin de la Confédération, sans échéancier défini pour l’instant.

Dans le secteur de la petite enfance, la disponibilité des places demeure un enjeu critique. À la Garderie Croque Soleil, la liste d’attente compte environ 80 enfants et l’établissement affiche complet jusqu’en septembre 2027. Face au risque d’assimilation précoce chez les jeunes enfants, le groupe réclame une distinction stricte entre les garderies unilingues francophones et les milieux bilingues ou d’immersion dans les répertoires et les modes de financement municipaux. 

Audrey Adam insiste sur l’importance de préserver un environnement exclusivement francophone : « Pour un enfant francophone, évoluer dans un environnement bilingue ressemble à un parcours d’immersion scolaire. Plus il est exposé à l’anglais, plus il risque de perdre sa langue ».

Sur le plan de la sécurité publique, le comité recommande à la municipalité d’émettre systématiquement ses communications d’urgence en français. 

Pour Laurianne Montpetit, directrice de l’ACFOMI, l’instance permet de faire entendre la voix et les réalités des francophones auprès des services municipaux. Photo : gracieuseté de Laurianne Montpetit

Cette demande est appuyée par le conseiller Vincent Cinanni qui rappelle que « ce sont des messages cruciaux pour la communauté, et il est fondamental que chacun puisse bien comprendre la situation ». 

Enfin, le groupe souhaite que la communauté francophone soit formellement reconnue comme un groupe d’action prioritaire au sein des initiatives d’équité, de diversité et d’inclusion (IIDEA) de la Ville. 

Une telle reconnaissance permettrait à la municipalité de soutenir directement l’organisation d’événements marquants, comme les célébrations du Jour des Franco-Ontariens.

Selon Laurianne Montpetit, cette reconnaissance est essentielle pour que la municipalité s’investisse pleinement dans la vie communautaire : « À l’heure actuelle, les initiatives comme le Jour des Franco-Ontariens ne proviennent pas de la Ville, mais des organismes. Nous aimerions que la municipalité prenne elle-même l’initiative et s’implique directement dans le volet cérémonial de cette journée ». 

Un avenir incertain pour le groupe

Interpellée par ONFR sur l’échéancier et les suites accordées à ces différentes recommandations, l’administration municipale adopte une posture de réserve. Par la voix de son greffier adjoint, Derek Ochej, celle-ci indique qu’« aucun détail ni échéancier supplémentaire n’est disponible pour le moment ». 

La municipalité précise par ailleurs la procédure institutionnelle en vigueur, rappelant que l’ensemble des comités, sous-comités et groupes de travail municipaux font l’objet d’une révision systématique au début de chaque mandat. 

Pour la période 2026-2030, l’évaluation du Groupe de travail francophone aura lieu au printemps 2027, une fois que le nouveau conseil municipal aura adopté son plan stratégique. C’est à ce moment précis que le conseil élu décidera de reconduire ou non l’existence du groupe.

Cette perspective suscite une certaine inquiétude chez les acteurs communautaires. Audrey Adam craint qu’un changement d’élus ne vienne reléguer au second plan les acquis de la concertation : « Si les enjeux francophones ne constituent pas une priorité pour les nouveaux élus, nous risquons d’être à nouveau mis de côté. Toutes les avancées dont nous avons discuté pourraient ne pas se concrétiser ».

Le conseiller municipal Vincent Cinanni appuie les recommandations du groupe et promet de militer pour le maintien de l’instance s’il est réélu aux prochaines élections. Photo : gracieuseté de Vincent Cinanni

De son côté, le conseiller Vincent Cinanni rappelle que l’intégration budgétaire des demandes s’échelonne souvent sur une période de un à quatre ans au sein de l’appareil municipal. 

S’il est réélu lors des prochaines élections municipales du 26 octobre, il affirme qu’il militera fermement pour le maintien de cette instance de consultation : « Si je suis réélu, je vais appuyer le maintien du groupe afin de poursuivre le travail entrepris. Il reste encore beaucoup à accomplir ».

La prochaine rencontre du comité aura lieu le 21 août prochain.