Toronto-Ottawa : deux trajectoires, une rivalité et une Super Ligue du Nord qui grandit
À l’approche du duel ontarien de soccer féminin entre Ottawa et Toronto, dimanche (14 h), les Franco-Canadiennes Florence Belzile et Nyota Katembo se confient à ONFR sur leur saison, leurs ambitions et une rivalité encore en construction. Deux regards qui témoignent aussi de la progression de la Super Ligue du Nord pour sa deuxième année d’existence.
Dimanche, l’AFC Toronto prendra la route d’Ottawa pour un nouveau duel au sommet entre les deux formations ontariennes de la Super Ligue du Nord. Une rencontre entre le leader actuel du championnat et une équipe torontoise qui, après avoir dominé la saison régulière l’an dernier, demeure l’une des places fortes de la jeune ligue canadienne.
Mais à un peu plus de la moitié de cette deuxième saison de la SLN, l’affiche permet aussi de regarder au-delà des trois points en jeu. Évolution du championnat, ambitions collectives et individuelles, naissance d’une rivalité ontarienne et retombées de la Coupe du monde : Florence Belzile, à Ottawa, et Nyota Katembo, à Toronto, portent deux regards différents mais souvent complémentaires sur cette nouvelle année de soccer professionnel féminin au Canada.
Ottawa devant, Toronto toujours ambitieux
À Ottawa, difficile de ne pas apprécier le chemin parcouru jusqu’ici. En tête du championnat, la formation de la capitale semble avoir trouvé son rythme.
« Ça va super bien. Dans les vestiaires, l’ambiance est toujours aussi bonne », raconte Florence Belzile. Malgré la première place, pas question cependant de considérer le travail comme terminé. « On continue à pousser et à travailler sur nos faiblesses à l’entraînement. »
La situation est différente à Toronto. Après avoir terminé largement en tête de la saison régulière lors de la première année de la SLN, Toronto a connu un départ plus poussif cette fois-ci.
« On a commencé la saison un peu plus difficilement que l’année dernière », reconnaît Nyota Katembo. Mais l’attaquante estime que son équipe monte progressivement en puissance : « Je crois qu’en ce moment, toutes les pièces commencent à s’assembler et que nous avons bien fait lors des derniers matchs. »
Surtout, les ambitions n’ont pas changé. Interrogée sur l’objectif de cette deuxième partie de saison — assurer une place en séries ou aller chercher Ottawa — Katembo ne tergiverse pas : « Non, c’est vraiment la première place. On l’a fait l’année dernière et je crois qu’on peut encore le faire cette année. »

Belzile et Katembo veulent encore davantage
Les deux francophones ont également un point commun dans leur regard sur leur propre saison : aucune ne semble disposée à se satisfaire de ce qu’elle a déjà accompli.
À Ottawa, Florence Belzile assume un rôle qui la voit régulièrement commencer les rencontres sur le banc avant d’apporter son énergie en cours de match.
« Je pense que mon rôle me convient bien et que j’ai de bonnes minutes », explique-t-elle.
Mais avec deux buts et deux passes décisives au moment de l’entretien, la joueuse en veut davantage. « Je ne suis jamais satisfaite. Même si j’avais davantage de statistiques, plus de buts, je ne serais jamais satisfaite. »
Son principal axe de progression est identifié : convertir davantage les situations qu’elle parvient déjà à créer. « Je pense que je me mets dans de très bonnes situations pendant les matchs et que je suis dangereuse offensivement, mais je dois continuer à mieux terminer mes actions. »
Le constat est assez proche chez Nyota Katembo, même si la Torontoise aimerait disposer de davantage de temps de jeu. « Chaque fois que je rentre sur le terrain, je pense avoir un impact. Je ne suis donc pas satisfaite, mais je suis quand même fière de moi », estime-t-elle.
Pour franchir un nouveau cap, Katembo envisage notamment de penser parfois davantage à elle-même. Positionnée sur l’aile, elle reconnaît avoir naturellement tendance à chercher à placer ses partenaires dans les meilleures conditions.
« Peut-être être un peu plus individualiste. J’essaie toujours de mettre mes coéquipières dans de meilleures positions, mais je crois que je peux aussi tenter davantage de choses par moi-même. »
Une rivalité… surtout vue d’Ottawa?
Dimanche permettra aussi de mesurer la température d’une rivalité qui n’a, après tout, qu’un peu plus d’une saison d’existence. Et sur ce sujet, Ottawa et Toronto n’ont pas tout à fait la même perception.
Pour Florence Belzile, il n’y a absolument aucun doute. « Nous, on ressent à 100 % une rivalité avec Toronto », lance-t-elle.
Montréal constitue également un adversaire particulier, mais Toronto occupe une place à part. « Je dirais que Toronto, c’est vraiment une grosse rivalité parce que nous sommes les deux équipes de l’Ontario », explique Belzile, qui rappelle également la domination torontoise lors de la précédente saison régulière.

À Toronto, la réponse est plus nuancée. « Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je ressens peut-être davantage la rivalité avec Montréal », reconnaît Katembo, elle-même originaire de Montréal.
Cela ne signifie pas que les rencontres avec Ottawa sont ordinaires. Bien au contraire. « Contre Ottawa, ce sont toujours de bons matchs, des matchs de qualité. Les deux équipes répondent présentes et j’ai l’impression qu’elles élèvent toujours leur niveau contre nous. »
Au point de finalement concéder : « Peut-être qu’on peut parler d’une rivalité. Quand on joue contre elles, on la ressent. »
Une rivalité qui ne fait donc peut-être que commencer à écrire son histoire.
Une deuxième saison qui confirme la SLN
Au-delà du classement et des rivalités naissantes, les deux joueuses se rejoignent surtout sur un constat : la Super Ligue du Nord a franchi un cap pour sa deuxième année d’existence.
Pour Katembo, la saison inaugurale avait d’abord permis de poser les fondations. « La première année, tout le monde découvrait un peu cette nouvelle réalité, mais cette année, je crois que cela confirme surtout le talent que nous avons en Ontario et au Canada de manière générale », explique-t-elle.
L’arrivée de joueuses expérimentées a également contribué à élever les standards. À Toronto, Katembo cite notamment l’apport des deux internationales canadiennes Sabrina D’Angelo et Shelina Zadorsky et la maturité qu’elles apportent quotidiennement au groupe.
La meilleure preuve de cette progression se trouve peut-être dans les difficultés supplémentaires rencontrées par Toronto. « L’année dernière, nous avons remporté la saison régulière et je trouvais que nous étions au-dessus. Mais cette année, nos résultats montrent aussi que la Ligue s’est renforcée. C’est beaucoup plus difficile pour nous de reproduire ce que nous avons fait. »

Même constat à Ottawa. À la question de savoir si le niveau avait augmenté, Belzile répond immédiatement : « Oui, à 100 %. »
Elle souligne notamment une hausse de la vitesse du jeu et le retour au Canada de joueuses ayant évolué en Europe ou aux États-Unis. Une progression qui ne se limiterait pas au terrain. Selon l’Ottavienne, davantage de spectateurs suivent également la compétition cette saison.
Après la Coupe du monde, faire durer l’engouement
Cette deuxième saison de SLN s’inscrit aussi dans un été particulier pour le soccer canadien, quelques semaines seulement après une Coupe du monde qui a fait vibrer le pays.
À Toronto, Katembo a été frappée par l’ambiance créée autour de la compétition. « La ville, c’était incroyable, l’énergie, les partisans… On espère pouvoir accueillir une autre Coupe du monde », raconte-t-elle.
Pour la joueuse torontoise, la compétition avait une dimension supplémentaire avec le parcours historique de la République démocratique du Congo , son pays d’origine.
« Franchement, ils nous ont rendus fiers, très fiers », confie Katembo.
À quelques centaines de kilomètres de là, Florence Belzile a vécu une expérience similaire à Ottawa, même sans avoir assisté à une rencontre dans un stade. « C’était incroyable », répète-t-elle, évoquant l’ambiance dans les bars et les rues d’une ville qu’elle décrit comme très attachée au soccer.
Elle se souvient notamment des différentes communautés rassemblées autour des matchs de la Belgique, de la France, de l’Angleterre ou encore du Congo : « Il y avait beaucoup de monde pour soutenir différentes équipes. C’était vraiment beau à voir. »
Une ferveur que Belzile aimerait désormais voir bénéficier encore davantage au soccer féminin. Pour elle, le retour éventuel d’une Coupe du monde féminine au Canada constituerait une nouvelle occasion d’accélérer son développement. « Cela pousserait encore davantage le sport féminin au Canada », estime-t-elle.
La Super Ligue du Nord est justement l’un des héritages de cette volonté d’installer durablement le soccer féminin professionnel au pays.
Dimanche, Ottawa et Toronto se disputeront bien trois points importants dans la course au classement. Mais entre un leader qui veut confirmer son statut et une place forte du championnat déterminée à retrouver le sommet, leur duel raconte aussi quelque chose de plus large : une ligue encore jeune, plus relevée qu’à ses débuts, qui commence déjà à construire ses rivalités et cherche désormais à inscrire durablement le soccer féminin professionnel dans le paysage sportif canadien.