Mississauga : 2,1 millions par année pour une nouvelle clinique de soins primaires en français
MISSISSAUGA – Une nouvelle clinique de soins primaires en français ouvrira ses portes au début de 2027 à Mississauga. Le gouvernement de l’Ontario investira près de 2,12 millions de dollars par année pour permettre au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) d’y accueillir, à terme, environ 4800 patients francophones de la région de Peel.
L’annonce a été faite ce mercredi lors d’un pique-nique communautaire consacré au Jour des Franco-Ontariens, organisé à Mississauga par la ministre des Affaires francophones et députée de Mississauga-Centre, Natalia Kusendova-Bashta.
À deux jours du 25 septembre, représentants du gouvernement et d’organismes francophones ont ainsi profité de ce rassemblement pour dévoiler un investissement destiné à renforcer l’accès aux soins primaires en français dans une région où celui-ci demeure difficile pour une partie de la population.

La future clinique sera située au 90, chemin Burnhamthorpe Ouest. Son ouverture est prévue au début de 2027, une fois terminés l’aménagement des locaux et le recrutement des professionnels de la santé.
Son équipe interprofessionnelle doit notamment réunir des médecins, des infirmières praticiennes et infirmiers praticiens, du personnel infirmier autorisé, des thérapeutes, des diététistes, du personnel de promotion et d’éducation en santé, ainsi que des intervenants en santé communautaire.
« Comme infirmière, je sais qu’il est important de bien comprendre et d’être bien compris », a souligné dans son discours Mme Kusendova-Bashta. Pour la ministre, recevoir des soins dans sa langue permet notamment au patient de poser ses questions et de mieux comprendre les explications qui lui sont données.
Un besoin qui revient dans les consultations
Le besoin de développer les soins primaires en français est également remonté au cours de la première année d’existence du Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF).
Sa première directrice générale, Natalie Aubin, en a fait l’un des principaux constats entendus depuis son entrée en fonction.
« Le mot, je pense, que j’ai le plus souvent entendu au cours de la dernière année, c’est qu’on a besoin de services de santé en français en soins primaires », a-t-elle déclaré, ajoutant que cet enjeu était devenu « très clairement une de nos premières priorités ».
La veille de l’annonce, plusieurs acteurs du secteur avaient justement participé à une journée de réflexion consacrée à la santé en français. Plus tôt mercredi, les partenaires du CPSSF travaillaient également à la planification stratégique de l’organisme.
Pour Natalia Kusendova-Bashta, l’ouverture de la clinique constitue un exemple de la manière dont les discussions autour de l’accès et du parcours de soins peuvent se traduire en nouveaux services.
Pas seulement une clinique
Pour le CFGT, l’ambition est justement de ne pas créer un service de santé fonctionnant en vase clos. Les soins de la future clinique seront intégrés aux services que l’organisme offre déjà dans la région tels que l’établissement, le logement, l’emploi ou les services juridiques.
« Notre objectif pour les francophones de Mississauga et de la région de Peel, c’est vraiment qu’ils aient à leur côté une équipe capable de les écouter, les comprendre et les accompagner dans leur parcours de soins », a expliqué Estelle Courty-Duchon, présidente-directrice générale du CFGT.

Cette nouvelle activité répond également à deux axes du plan stratégique 2025-2030 du CFGT : le continuum de services en français et la croissance de l’organisme.
Denys Giguère, vice-président de son conseil d’administration, estime que le financement annuel donnera au Centre les moyens de préparer « une présence durable en soins primaires à Mississauga ».
« Pouvoir vivre en français, c’est aussi pouvoir compter sur des services en français au moment où l’on en a besoin », a-t-il résumé.
« Une question de droit, d’accès et de sécurité des soins »
L’annonce a également été saluée par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), tout en servant à rappeler les difficultés qui persistent ailleurs.
« L’accès à des soins de santé en français ne devrait jamais dépendre de la chance, de la capacité d’insister ou du lieu où l’on habite. C’est une question de droit, d’accès et de sécurité des soins », a lancé son président, Fabien Hébert.
Selon lui, la capacité à offrir des soins en français doit être prévue dès le départ, avec les ressources humaines nécessaires, une offre active et visible et la possibilité de bénéficier d’un parcours continu dans la langue du patient.
M. Hébert a notamment fait le lien avec les consultations des États généraux de l’Ontario français. À Mississauga, a-t-il rappelé, les participants avaient fait état de services en français encore « insuffisants, peu visibles et inégalement accessibles ».
Pour le président de l’AFO, le modèle retenu à Mississauga apporte une partie de la réponse puisqu’il ne s’agit pas simplement d’ajouter une offre médicale. « Il ne crée pas un service isolé, il contribue à bâtir un continuum autour de la personne », a-t-il affirmé, appelant désormais le gouvernement provincial à reproduire cette approche dans les régions où persistent des écarts dans l’accès aux services en français.
Des services « pensés en français dès le départ »
Une idée également défendue mercredi par Dawn Gallagher Murphy, députée de Newmarket–Aurora et adjointe parlementaire à la ministre des Soins de longue durée. À l’approche du Jour des Franco-Ontariens, elle a estimé que la vitalité de la francophonie ne pouvait reposer uniquement sur sa célébration : « Il faut aussi bâtir des institutions et offrir des services qui répondent aux besoins quotidiens des francophones. »

L’élue a établi un parallèle avec le développement d’un village francophone dans sa propre circonscription, qui doit notamment comprendre un foyer de soins de longue durée, des logements et des espaces communautaires.
Si les deux projets sont différents, leur principe est, selon elle, identique : créer des lieux où les services sont « pensés en français dès le départ ».
Le recrutement, prochaine étape
Le projet de Mississauga fait partie des 124 projets retenus à la suite de l’appel de propositions 2026-2027 du Plan d’action de l’Ontario pour les soins primaires. Selon la province, ces nouvelles équipes ou équipes élargies doivent permettre de rattacher 500 000 personnes supplémentaires aux soins primaires à travers l’Ontario.
Pour le CFGT, le travail se déplace désormais vers l’aménagement des locaux et surtout la constitution de l’équipe qui accueillera les futurs patients.
Mme Courty-Duchon a d’ailleurs interpellé directement les partenaires du milieu de l’éducation et de la formation présents ce mercredi, leur rappelant que l’ouverture d’une clinique nécessite des professionnels de santé et qu’il faudra continuer à former la relève.
Les modalités permettant de s’inscrire comme nouveau patient ne sont pas encore connues. Le CFGT prévoit les communiquer avant l’ouverture de la clinique, toujours visée pour le début de 2027.