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L’UOF en route vers la provincialisation

TORONTO – L’Université de l’Ontario français (UOF) travaille sur la mise en place d’un réseau d’universités de langue française à travers la province. Une idée qui pourrait répondre en partie aux souhaits exprimés notamment par le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO).

« Nous avons accéléré plusieurs aspects du projet, en travaillant à augmenter l’offre de programmes appliqués dans certains domaines, comme en santé, en communication ou en services sociaux, mais aussi en démarrant tout de suite le volet provincial », explique la présidente du conseil de gouvernance de l’UOF, Dyane Adam, à ONFR+.

En plein cœur des récentes négociations entre les gouvernements provincial et fédéral, Mme Adam insistait déjà sur la « bonification » du projet, opérée ces derniers mois. Aujourd’hui, elle en révèle un aspect qui pourrait intéresser le RÉFO.

En entrevue avec ONFR+ récemment, la coprésidente de l’organisme, Marie-Pierre Héroux, expliquait : « L’ouverture de l’UOF est un premier pas qui va répondre aux besoins criants dans le centre-sud-ouest, mais cela ne nous empêche pas de continuer à vanter l’idée de rapatrier tous les programmes en français sous une gouvernance par et pour les francophones. C’est notre position depuis le début et on voit l’ouverture de l’université à Toronto comme le premier pas vers quelque chose de plus gros. »

Un début

La présidente du conseil de gouvernance rappelle que l’idée a toujours été là.

« C’était dans le projet initial de créer un réseau provincial qui relierait principalement les plus petites universités, comme Hearst, Saint-Paul et Sudbury. Là, nous commençons directement avec Hearst », confirme-t-elle.

Dyane Adam, la présidente du conseil de gouvernance de l’UOF. Crédit image : Jackson Ho

Mme Adam se montre mesurée quant à la possibilité de rapatrier tous les programmes en français sous une gouvernance par et pour les francophones, y compris ceux de l’Université d’Ottawa.

« Ma responsabilité, c’est de livrer l’UOF pour le centre-sud-ouest, car c’est là que l’avenir de la francophonie se joue et où il y a de forts risques d’assimilation. On verra ensuite ce que nous réserve l’avenir, mais il faut bien commencer quelque part. »

Hearst, premier partenaire naturel

Le rapprochement avec l’Université de Hearst s’est fait naturellement, raconte Mme Adam.

« Hearst a déjà une gouvernance par et pour les francophones et une signature pédagogique qui ressemble à l’UOF. »


« Avec l’Université de Hearst, nous regardons dans la même direction » – Dyane Adam, UOF


Pour l’Université de Hearst, cela permettrait d’entamer une nouvelle étape de son développement.

« Après 70 ans d’existence, nous voulons aller vers plus d’autonomie », explique le recteur Luc Bussières, qui précise que les discussions autour de la création d’un réseau ont commencé il y a 18 mois. « Nous ne sommes plus une petite université régionale, comme on a pu l’entendre. La majorité de nos étudiants viennent de l’extérieur de nos régions traditionnelles. 60 % d’entre eux viennent de 15 pays différents ! Nous avons déjà trois campus, ce qui est le début d’un réseau. On peut aider à poursuivre ce développement dans le centre-sud-ouest et bonifier les programmes de l’UOF à Toronto, qui pourrait en retour bonifier nos programmes ici. »

L’idée de Mme Adam est d’offrir aux étudiants de l’UOF le plus de choix possible. D’où l’intérêt de développer, parallèlement à cette idée de réseau, des partenariats avec d’autres universités, comme l’Université Laval ou l’Université d’Ottawa, et avec le collège La Cité.

Gouvernance régionale

Tel qu’imaginé, le réseau des universités francophones de l’Ontario rassemblerait plusieurs institutions qui conserveraient toutefois une gouvernance régionale.

« Je pense que c’est important pour être ancré localement, car la réalité des Franco-Ontariens n’est pas homogène », justifie Mme Adam.

Le recteur de l’Université de Hearst, Luc Bussières. Crédit image : Université de Hearst.

M. Bussières imagine un modèle possible, même si rien n’est encore fixé.

« On pourrait avoir deux universités autonomes, avec chacune leur charte, qui décideraient ensemble des ressources, des programmes, des services aux étudiants, etc. à partager. On pourrait même imaginer un conseil d’administration avec les deux institutions membres. »

La province aura le dernier mot

Bien des étapes restent à franchir avant d’arriver à la création d’un tel réseau. L’Université de Hearst devra notamment se retirer de son entente avec l’Université Laurentienne, à laquelle elle est académiquement affiliée même si son financement vient directement de la province.

« Nous avons toujours été bien servis par l’Université Laurentienne, mais l’arrivée de l’UOF ouvre un grand chantier dans le domaine universitaire en Ontario. Nous avons donc commencé à en parler avec l’Université Laurentienne, il y a deux ans. Notre entente date de 1986 et prévoit qu’on peut se retirer avec un préavis de deux ans », précise M. Bussières.

Pour le gouvernement progressiste-conservateur, la perspective de former une main-d’œuvre bilingue à travers la province et de faire des économies d’échelle pourrait être intéressante.

Sans confirmer que c’est ce qui a convaincu la province de finalement appuyer le projet, Mme Adam assure que le gouvernement adhère à cette vision et préférerait commencer une provincialisation plus tôt que tard.

Contacté par ONFR+, le bureau du ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Ross Romano, ne s’avance pas sur le dossier.

« Nous voulons faire en sorte que les étudiants francophones puissent compter sur un système d’éducation postsecondaire moderne et de grande qualité qui répond aux besoins du marché du travail », indique-t-on, tout en rappelant qu’un groupe de travail conjoint doit être bientôt mis sur pied pour convenir des dépenses admissibles, des échéanciers et des activités de l’UOF.

M. Bussières confirme lui aussi une ouverture du gouvernement, mais il rappelle qu’il reste à faire pour concrétiser ce projet.

« On attendait que le financement de l’UOF soit confirmé. Maintenant, on peut y travailler et décider quelle forme cela prendra. Il y a un beau potentiel, mais il reste encore beaucoup de travail. »

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