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Société

Lutte contre les feux de forêt : deux sons de cloche en Ontario

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À peine sorti de l’hiver, revoici la saison des feux de forêt! Le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario assure que les équipes sont bien en place pour faire face aux nouvelles menaces, mais le syndicat représentant les pompiers forestiers, lui, doute clairement des atouts dont dispose le gouvernement pour protéger sa population.

Dans un climat comme le nôtre, tout est possible : le scénario le plus sombre est celui de 2021, lorsque près de 1200 incendies de forêt sévirent cette année-là. À l’inverse, l’année 2024 aura été moins intense avec moins de 500 feux. En tout, ce sont environ 90 millions d’hectares de terres à surveiller dans la province.

Un syndicat sceptique

Le vice-président de la section locale 713 de la SEFPO, le syndicat de la fonction publique, Mark Bélanger, lui-même ancien pompier forestier pendant plus de 30 ans, est perplexe…

« Quand j’ai commencé, il était tout à fait possible d’avoir des équipes de cinq personnes avec plus de 100 ans d’expérience en incendie, par équipe. Désormais, une équipe de quatre fait le même travail dangereux et exigeant avec seulement sept années d’expérience combinées. »

Pourquoi ce recul, côté expérience humaine? « Il y a des années, les conservateurs de Mike Harris (l’ex-premier ministre) ont forcé une réduction du nombre d’équipes à quatre personnes effectuant le travail de cinq personnes. En plus, des employés de longue date ayant une grande expérience des incendies ont été remplacés par des étudiants avec peu ou pas d’expérience », raconte-t-il.

Mark Bélanger, ancien pompier forestier, maintenant représentant syndical. Photo : Gracieuseté Mark Bélanger

Et les conditions de travail sur le terrain sont souvent extrêmes : « Travailler 19 jours avec seulement deux jours de repos entre les deux (périodes de travail) avec des déploiements répétés (dans des conditions) d’hygiène limitées, plus de 16 heures par jour », c’est le défi des équipes déployées sur le terrain.

Selon M. Bélanger, conserver du personnel dans cet environnement de travail réclame des conditions supérieures.

Sur le plan logistique, maintenant, le tableau est tout aussi sombre, selon le représentant syndical : « Le vrai défi concerne les avions. La flotte vieillissante de bombardiers CL-415 est difficile à maintenir » avec notamment certains avions vieux de plus de 30 ans.

« Le ministre des Ressources naturelles est heureux de reprendre les déclarations du premier ministre (Ford) selon lesquelles nous avons de nouveaux 515 en préparation, mais refuse d’admettre que la province a complètement manqué la première production de l’appareil. Ils ont tous été achetés par des pays européens… Notre accès aux nouveaux bombardiers ne se fera donc que dans environ dix ans. »

Un ministère qui se veut rassurant

Au ministère des Richesses naturelles, Evan Lizotte des Services d’incendies forestiers et d’urgence (AFFES), à Sudbury, nous assure que les équipes sont prêtes à être déployées.

Aux « 100 postes de pompiers pourvus en 2024 et 2025, (nous avons) ajouté 68 postes permanents supplémentaires au personnel d’incendie et de soutien, avant la saison des incendies de 2026. Le recrutement des pompiers forestiers pour la saison 2026 est toujours en cours et devrait être finalisé d’ici mai », explique M. Lizotte.

« En plus des 140 équipes employées chaque année par le Ministère, nous pouvons également faire appel à des sous-traitants privés pour 320 travailleurs supplémentaires, soit environ 80 équipes », ajoute-t-il.

Quant à la technologie déployée pour maîtriser les feux, le ministère assoit ses compétences sur 28 appareils, soit neuf bombardiers lourds CL-415, huit hélicoptères intermédiaires, six Twin Otters et cinq Turbo Beaver. À cela, il faut aussi ajouter, ces dernières années, une flopée de drones qui parcourent les cieux pour évaluer l’envergure des défis que représente chaque site menacé ou en flamme.

Evan Lizotte du Centre de gestion des feux de forêt de la région du Nord-Est se fait rassurant : « Nous avons apporté des changements importants à notre législation pour renforcer les mesures de prévention, d’atténuation et de gestion des feux de forêt, ainsi que pour protéger les communautés, les forêts et les industries de l’Ontario. »

Et pourquoi pas comme en Colombie-Britannique?

Pour Mark Bélanger, le représentant syndical des pompiers forestiers, « nous avons besoin d’une main-d’œuvre à temps plein et permanente, sur 12 mois par année, rémunérée comme les professionnels qu’ils sont, afin que les gens restent et deviennent partie prenante de la solution à long terme des besoins de l’Ontario. »

Il propose de s’inspirer de la Colombie-Britannique qui s’est dotée d’un personnel permanent de pompiers forestiers, alors que l’Ontario continue d’utiliser une main-d’oeuvre saisonnière sous-rémunérée, temporaire et moins expérimentée…