En perte de vitesse, CPAC tranche dans ses effectifs
OTTAWA – En raison d’un financement insuffisant et d’une baisse du nombre d’abonnés, la chaine parlementaire se sépare de 12 collaborateurs et supprime deux émissions phares. Sa directrice décrit une situation inextricable et douloureuse qui pourrait encore se dégrader sans nouvelles sources de financement.
L’augmentation de 3 cents validée par le CRTC – qui entrera en vigueur en septembre prochain – n’aura pas suffi. Invoquant des pressions financières intenses, CPAC a pris mardi une décision radicale : abolir 12 postes, soit 15 % de son personnel, incluant des journalistes et du personnel technique – qui s’ajoutent à une première vague de suppressions de 10 % de la masse salariale en 2024.
« Leur départ forcé ne reflète en rien la qualité des personnes visées. Nos anciens collègues sont des professionnels dévoués et talentueux qui ont apporté une précieuse contribution à l’univers de la radiodiffusion et du journalisme canadiens. Nous leur sommes reconnaissants et les remercions sincèrement », a déclaré par voie de communiqué la présidente-directrice générale de la chaîne, Christa Dickenson.

La perte d’abonnés a presque doublé depuis 2024, a justifié le diffuseur ottavien, rendant caduque l’augmentation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) approuvée avec deux ans de retard.
« C’est un moment pénible, triste. C’est une décision que je n’ai pas aimé prendre mais elle était inévitable dans un contexte de consommation qui évolue aussi rapidement », a confié à ONFR Mme Dickenson qui s’est aussi résolue à rayer de la grille les deux rendez-vous quotidiens d’affaires publiques L’Essentiel (francophone) et PrimeTime Politics (anglophone).
« Ces émissions du soir étaient reconnues et importantes mais représentent une fraction de notre grille horaire, nuance la patronne de la chaine. On est renommé pour nos couvertures longues en direct (du parlement canadien, des conférences et mêlées de presse) que l’on va continuer », tempère-t-elle.
Cette couverture se poursuit donc, mais la question du financement reviendra tôt ou tard sur la table. Dans cette nouvelle configuration, CPAC pourrait en effet tenir deux à trois ans seulement.
Avec cette épée de Damoclès sur la tête, la patronne du média bilingue sans but lucratif réfléchit à la suite, esquissant « l’évolution vers un nouveau modèle découlant de la Loi C-11 » (sur la radiodiffusion) par le biais d’un nouveau fonds pour les services d’importance exceptionnelle.
Le temps presse toutefois puisque CPAC n’a pas le droit de s’appuyer sur des ressources publicitaires par exemple : « On ne peut plus attendre. J’ai parlé à l’instant avec le gouvernement fédéral pour une demande d’aide ponctuelle pour les prochains trois ans car je ne vois pas ce nouveau modèle émerger d’ici là. Ça fait 18 mois que je raconte mon histoire que ce soit au ministère du Patrimoine, des Finances, au cabinet du premier ministre… Tout le monde comprend, tout le monde est sympathique, mais je n’ai pas de réponse concrète. »
Sur le réseau social X, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, s’est dit déçu que « le CRTC n’avance pas rapidement dans la mise en œuvre de la Loi sur la diffusion continue en ligne, afin que les plateformes en ligne contribuent équitablement ».
Et si rien ne débloque, faut-il s’attendre à de nouvelles coupes? « Tout est sur la table, soupire la PDG. On est ok pour une, deux, voire trois années, mais on a plus de marge. »