Après Rivière des Français et Nipissing Ouest, le Grand Sudbury a déclaré mardi à son tour l’état d’urgence. Photo : Canva
Société

Inondations dans le Nord : « Des barrages, des digues! » réclame une élue

Après Rivière des Français et Nipissing Ouest, le Grand Sudbury a déclaré mardi à son tour l’état d’urgence. Photo : Canva

Alors que la province est confrontée à d’importantes inondations, la députée du Nord, France Gélinas, estime que le gouvernement doit agir beaucoup plus énergiquement pour prévenir ce type de catastrophe récurrente.

« Des barrages, des digues, des levées! » C’est ce que réclame la députée Gélinas qui a passé ces derniers jours à remplir des sacs de sable pour prêter main-forte à ses voisins les pieds dans l’eau, dans Nickel Belt. « Il ne s’agit clairement pas d’un événement isolé. Nous constatons une tendance liée à des conditions météorologiques de plus en plus instables, et la province doit réagir en conséquence. »

La crue printanière touche non seulement son comté mais aussi toute une partie de la province, du Nord jusqu’à l’Est ontarien, en passant par les régions Muskoka et Simcoe. Après Rivière des Français et Nipissing Ouest, le Grand Sudbury a déclaré mardi à son tour l’état d’urgence, fermant une vingtaine de routes à la circulation, tandis qu’Ottawa a mis à disposition de ses habitants une quinzaine de stations de remplissage de sacs de sable.

« À cause des changements climatiques, on sait qu’il va y avoir de plus en plus d’inondations. Pourquoi ne fait-on rien pour s’y préparer? interroge l’élue néo-démocrate, jointe par ONFR. Tellement peut être fait pour prévenir et nous protéger. Nous avons des endroits inhabités sur des milles et des milles. Ce serait si facile d’aménager des dérivations vers des lacs pour en faire des retenues. »

À la suite des inondations de 2019 qui avaient dévasté des zones comme celle de Bracebridge, le gouvernement avait entrepris une vaste consultation publique, sondé des experts et mis en place une stratégie pour mieux appréhender ce genre de catastrophe naturelle, de concert avec le fédéral et les municipalités, notamment en matière de prévision, d’alerte et de services d’urgence.

Mais pour Mme Gélinas, le gouvernement n’a pas retenu tous les enseignements. « Ça a peut-être aidé les gens de Bracebridge mais, dans le Nord, rien qui est fait pour nous autres. Il faut que les mesures s’appliquent à l’ensemble de l’Ontario. Les changements climatiques, ce n’est pas juste aux alentours du chalet de M. Ford que ça se passe. »

Les députés d’opposition France Gélinas et John Vanthof demandent au gouvernement de renforcer les infrastructures dans le Nord en matière de gestion des crues. Photo : Assemblée législative de l’Ontario

Elle croit que bon nombre des dégâts seront pris en charge dans le programme provincial d’aide aux sinistrés. « La province va finir par beaucoup dépenser pour remettre les choses en ordre là où un peu plus de prévention aurait coûté moins cher au final. »

Les précédentes grandes inondations ont coûté près d’un milliard de dollars en dommages assurables en 2013, autant en 2018 et 74 millions en 2019. Les inondations de 2024 ont aussi marqué les esprits.

« Des efforts importants sont actuellement déployés partout en Ontario », assure le ministère des Richesses naturelles, énonçant des « mesures concrètes » telles que « des investissements importants dans les systèmes de prévision et d’alerte, la mise à jour des directives techniques relatives à la cartographie des plaines inondables, l’amélioration de l’information du public et la toute première évaluation d’impact ».

Réduire la vitesse de l’eau, un enjeu majeur

Des précipitations supérieures à la normale, conjuguées à une fonte rapide des neiges due à des températures anormalement élevées, ont libéré une grande quantité d’eau difficilement absorbable par les sols. C’est ce qu’explique Hossein Bonakdari, professeur de la faculté de génie, à l’Université d’Ottawa.

Pour cet expert en analyse des risques liés à l’eau, il n’y a pas de réponse simple ou unique pour contrer ce type de phénomène. Il faut considérer les solutions en tenant compte de l’ensemble du système (sols, rivières et infrastructures).

« Pour réduire les débits de pointe, ralentir l’eau et augmenter les capacités de stockage, il est indispensable de redonner au territoire sa capacité naturelle à gérer l’eau. Ça passe par restaurer les milieux humides, préserver les zones d’infiltration, favoriser les chaussées perméables, limiter le ruissèlement direct… L’idée est vraiment de redonner au territoire sa capacité naturelle à réduire la vitesse de l’eau. »

Et quand la réponse naturelle ne suffit pas, en termes d’infrastructures dans certaines régions, on pourrait augmenter la capacité de régulation hydraulique des barrages existants ou encore ajouter des bassins de rétention temporaire pour mieux anticiper la fonte des neiges, propose M. Bonakdari pour qui « il faut aller à la source, en amont, si on veut résoudre les choses ».

Hossein Bonakdari, professeur de la faculté de génie, à l’Université d’Ottawa. Photo : Gracieuseté Hossein Bonakdari

Certes les données satellitaires permettent aujourd’hui de mieux détecter et prévenir les crues, mais le réchauffement climatique, ajouté à la construction moins réglementée de logements, accroît les risques.

« Les municipalités devraient changer leur réglementation et plus investir dans les rivières, estime le professeur. Les valeurs historiques qu’on utilise ne sont plus valables dans les calculs de conception. Ça demande une sérieuse mise à jour avec la réglementation. »

En attendant, à Queen’s Park, les élus continuent de mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il aide davantage ces municipalités, particulièrement en milieu rural. « Les petites entreprises du Nord, qui fonctionnent déjà avec des marges réduites, sont le pilier de nos économies locales et elles ne devraient pas avoir à supporter seules les conséquences de catastrophes répétées », estime John Vanthof, député de Timiskaming-Cochrane, autre région touchée par les inondations.

Le ministère a déployé des drones de surveillance dans les zones clés afin d’évaluer la situation et de faciliter la prise de décisions rapides. Un avis de vigilance provincial pour les régions du Sud et du Nord-Est émis par le Centre de surveillance des eaux de surface demeure en vigueur jusqu’au lundi 27 avril.