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Marc Trouyet nommé ambassadeur au Soudan du Sud

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Marc Trouyet, consul général de France à Toronto, quitte ses fonctions.

LE CONTEXTE :

Nommé ambassadeur au Soudan du Sud, il a fait avancer plusieurs dossiers en Ontario et au Manitoba, comme celui de l’innovation.

L’ENJEU :

Près de 28 000 Français vivent en Ontario et au Manitoba, dont la moitié sont inscrits sur le registre des Français à l’étranger. Le consulat général remplit auprès d’eux une mission de service public.

Consul général de France dans un pays en paix durant quatre ans, Marc Trouyet quitte le Canada pour le Soudan du Sud, où la guerre menace en permanence. Retour sur quatre années au service des Français de l’Ontario et du Manitoba, avant un délicat défi africain.

« Comment avez-vous aidé cette communauté, la première source d’immigration francophone de la province ?

Au-delà des demandes de passeport, de carte d’identité, d’acquisition de nationalités, on a géré la tenue de scrutins électoraux et essayé d’être présent autant que possible sur le terrain pour accompagner nos compatriotes dans la difficulté, qu’ils aient des problèmes avec la justice, la police… L’autre volet de notre action a été d’être le relais de l’action de la France en Ontario et Manitoba avec pour objectif de renforcer les accords de coopération dans tous les domaines.

Quel a été votre axe de travail prioritaire durant votre mandat ?

Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait l’innovation. La marque France est associée au luxe, à la gastronomie, au tourisme et, de plus en plus, à l’innovation. J’ai rencontré plein de jeunes entrepreneurs français venus chercher à Toronto une ouverture sur le marché nord-américain, apportant avec eux leur savoir-faire. On dispose à Toronto et Waterloo d’un écosystème de l’innovation extrêmement fécond et dynamique qu’il fallait mieux faire connaître de la France pour accroître les échanges.

Marc Trouyet dans son bureau torontois. Crédit image : Rudy Chabannes

Qui dit innovation, dit recherche. Avez-vous accru les partenariats dans ce domaine ?

Oui, les accords se sont multipliés. J’ai ouvert les portes vers les présidents d’université pour favoriser les partenariats. Depuis quatre ans, plusieurs délégations de grandes universités hexagonales sont venues ici pour signer des accords (d’échanges d’étudiants, de chercheurs et de co-diplômes) avec leurs homologues de Toronto, Waterloo et Hamilton, des universités de belle réputation dans les technologies, les sciences sociales, politiques ou encore la médecine. C’est un axe d’intervention fort de la France car lorsqu’on a des chercheurs qui travaillent sur un même projet, on a une vraie compréhension commune.

Les échanges commerciaux entre la France et l’Ontario sont-ils à la hauteur ?

On a besoin de faire plus, mieux. On a une marge de progression significative car les échanges économiques entre la France et l’Ontario sont de l’ordre d’un tiers des échanges entre la France et le Canada. La chambre de commerce y participe. J’ai œuvré à relancer cette institution qui, depuis fin 2017, regroupe depuis 80 entreprises françaises et canadiennes actives dans le Grand Toronto et au-delà, pour profiter un maximum de l’accord d’échange économique global entre la France et la Canada.

Quatre ans pour mener bien ces missions, est-ce trop court ou trop long ?

C’est souvent trop court, parfois trop long. 3-4 ans est un bon rythme car on a besoin dans nos métiers d’apporter un regard neuf qui finit toujours par s’émousser. Pour ne pas labourer les mêmes sillons, il est bien que de nouvelles têtes arrivent avec leur expertise et développent de nouveaux champs d’action.

Qui est votre successeur au consulat général ?

Tudor Alexis a été nommé par décret du président de la République. Il prendra ses fonctions le lendemain de mon départ, le 21 août. On a communiqué de façon constante tous les deux ces dernières semaines afin d’échanger les dossiers en cours et les initiatives à prendre. Il était auparavant à la Direction des français de l’étranger.

Vous venez d’être officiellement nommé ambassadeur au Soudan du Sud, un pays sous haute tension…

La première priorité dans ce pays en développement est la mise en œuvre effective du processus de paix de 2018 afin de rétablir la sécurité et réduire la crise humanitaire. Quatre millions d’habitants souffrent de malnutrition, dans un pays qui en compte 13 millions. En tant que représentant d’un pays membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, mon rôle sera d’observer comment est mis en œuvre l’accord et comment travaille la mission de paix sur place. J’aurai une influence à la marge. On n’est pas dans un pays de la zone d’influence directe de la France. On n’est pas les seuls : c’est un jeu d’acteurs. Certains ont beaucoup investi dans ce pays, les États-Unis et la Chine notamment.

Votre propre sécurité et celle de votre famille sera-t-elle en jeu ?

Mon fils poursuit ses études supérieures à Waterloo, en Ontario. Ma femme et ma petite fille sont rentrées en France. Le risque zéro n’existe pas. Il faut être conscient de ce qu’on fait et de son environnement. À Juba, la gestion du risque est mutualisée. La communauté internationale partage la même sécurité de zone, la même procédure et la même information, regroupée dans un campus diplomatique. Il faut prendre toutes les précautions nécessaires et s’y tenir.

Quel a été le moment le plus difficile pour vous en Ontario ?

Je suis résolument optimiste. J’ai toujours trouvé les ressources au sein de mon équipe et dans ce pays pour surmonter les situations compliquées. Humainement, le plus dur a été de recevoir des parents venant chercher leur enfant décédé. Face à la mort, vous ne pouvez rien. C’est irréversible. Les attentats de novembre 2015 et juillet 2016 ont aussi été des moments marquants car ils ont touché tous les Français. J’ai souffert à distance lors de ces événements tragiques et, en même temps, j’ai été bluffé par la solidarité et la compassion des Canadiens. »

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