De défenseur à attaquant professionnel : à 23 ans, le Franco-Ontarien Maxime Filion vient de signer son premier contrat professionnel avec Forge FC, au terme d’un parcours marqué par des obstacles et des détours. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL
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Maxime Filion, le parcours atypique d’un défenseur devenu attaquant professionnel

De défenseur à attaquant professionnel : à 23 ans, le Franco-Ontarien Maxime Filion vient de signer son premier contrat professionnel avec Forge FC, au terme d’un parcours marqué par des obstacles et des détours. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

HAMILTON – À 23 ans, Maxime Filion vient de franchir une nouvelle étape en signant son premier contrat professionnel, une entente de plusieurs années avec Forge FC. Une consécration pour l’attaquant franco-ontarien qui a longtemps évolué en défense, connu les refus des grandes académies canadiennes et vu sa progression freinée par les blessures. Récit d’un parcours singulier où rien ou presque ne s’est déroulé comme prévu.

Quand Maxime Filion commence à rêver sérieusement de devenir joueur professionnel, rien ne garantit qu’il y arrivera un jour. Le soccer n’a même pas toujours été son seul sport. Enfant, il grandit à Rockland où il partage ses saisons entre le hockey en hiver et le soccer en été, suivant notamment les traces de sa sœur, de deux ans son aînée.

« J’ai commencé le foot parce que ma sœur jouait. J’avais autour de 10 ans », explique-t-il.

Progressivement, le ballon rond prend le dessus. Filion quitte le soccer récréatif pour un niveau plus compétitif, puis rejoint le programme sport-études de l’École secondaire publique Louis-Riel, à Ottawa.

« C’est à ce stade-là que je me suis dit : ‘Je veux vraiment devenir pro’. Je ne jouais plus juste pour m’amuser, c’était vraiment le rêve. »

« Un des athlètes les plus travailleurs »

Joé Fournier se souvient très bien de l’adolescent : « Max, c’était un athlète exceptionnel avec une éthique de travail incroyable. De mes 21 années ici, c’était probablement un des athlètes les plus travailleurs dont je me souvienne. »

L’entraîneur décrit un jeune analytique, performant à l’école, doté d’une importante endurance. Son potentiel athlétique est évident. Mais son principal défi se situe ailleurs. « C’était son côté tactique », explique Fournier.

La vitesse, l’endurance et l’impact physique faisaient déjà partie des principales qualités de Maxime Filion durant ses années de formation à Louis-Riel. Photo : Nick Iwanyshyn/CPL

Rapide et capable de répéter les efforts, Filion avait longtemps été utilisé dans des rôles exploitant surtout ses qualités physiques. À Louis-Riel, qui travaille alors en partenariat avec des entraîneurs liés au FC Barcelone, l’objectif est de développer davantage sa compréhension du jeu.

« Max était tellement intelligent et tellement investi qu’il a bossé. C’était une bataille quotidienne pour essayer de briser de vieilles habitudes. »

Défenseur… avec déjà quelque chose d’un attaquant

Car le Maxime Filion de Louis-Riel n’a encore rien de l’avant-centre que les partisans de Forge connaissent aujourd’hui. Il est défenseur. Latéral en club, il est notamment replacé dans l’axe à Louis-Riel. Dans un système où les défenseurs centraux doivent participer à la construction et multiplier les prises de décision, l’adaptation est difficile.

« J’ai eu beaucoup de discussions avec Max parce que, côté émotionnel et psychologique, c’était difficile. Il avait 14 ou 15 ans », se souvient Fournier.

Mais son ancien entraîneur révèle aussi un détail qui prend aujourd’hui une autre dimension : Louis-Riel avait déjà essayé Filion… en attaque.

« Je me souviens clairement qu’on l’a fait jouer attaquant parce qu’on avait vu des qualités. »

Grand, physique, rapide et infatigable, il pouvait être envoyé devant lorsque son équipe avait besoin d’un but. « Je pense que c’est peut-être un peu avec nous qu’il a commencé à jouer attaquant. Je ne veux pas nous donner le crédit, mais, selon mes souvenirs, c’étaient peut-être les premières fois », sourit Fournier.

Il faudra pourtant attendre plusieurs années avant que l’expérience devienne permanente.

Les portes des académies se ferment

À 15 ans, alors qu’il commence à croire à son rêve, Filion connaît aussi ses premiers véritables échecs. Des essais auprès du CF Montréal et du Toronto FC ne débouchent pas sur une place en académie.

« Je me suis fait couper de tout ça. C’était un peu démoralisant pour un enfant de 15 ans. Tu vois ce parcours-là et tu te dis que c’est celui dont tout le monde parle pour arriver à l’équipe première. Je me disais peut-être que ce n’était pas possible. »

Fournier l’accompagne dans ces moments difficiles. « Max est un perfectionniste. Il va trouver des moyens de réussir et d’atteindre ses objectifs. »

Maxime Filion retrouve Joé Fournier, son ancien entraîneur à Louis-Riel, après un match de Forge FC à Ottawa. Une relation qui perdure depuis les années de formation du Franco-Ontarien. Photo : gracieuseté

La relation entre les deux perdure encore aujourd’hui, l’entraîneur continuant à échanger avec son ancien joueur et sa famille.

Filion emprunte finalement une autre voie. Les études ayant toujours occupé une place importante dans sa famille, il rejoint l’Université de Montréal.

À Montréal, une carrière change de direction

Filion arrive chez les Carabins avec l’étiquette qui l’accompagne depuis des années : celle d’un défenseur. Latéral ou central, il joue relativement peu lors de ses deux premières saisons. Puis, avant sa troisième année, son entraîneur lui propose de tenter sa chance devant. « Moi, je voulais juste jouer. Alors j’ai dit oui. »

Le résultat est immédiat. « Ça a super bien fonctionné. Je pense que le premier match, j’ai mis une passe décisive et le deuxième, j’ai mis un triplé. J’avais sécurisé mon poste. »

Après des années en défense, Filion découvre à l’université le poste qui va finalement l’amener chez les professionnels. « C’est grâce à mon coach à l’Université de Montréal que je suis ici. Sans lui, je n’aurais même pas été attaquant. »

La transformation paraît spectaculaire. Elle l’est un peu moins pour Fournier, qui avait déjà entrevu cette possibilité à Louis-Riel. Aujourd’hui, c’est surtout l’évolution tactique de son ancien joueur qui le frappe.

« Là où il a progressé le plus, pour moi, c’est dans ses prises de décision, son côté tactique. C’était justement ce qu’on avait beaucoup travaillé ici à Louis-Riel. »

Des blessures au monde professionnel

Au moment où sa carrière vient de changer de direction, le corps de Filion lui impose pourtant un nouvel obstacle. Ce qui devait être sa première véritable saison comme attaquant est interrompu par une blessure. Alors qu’il pense pouvoir revenir quelques mois plus tard, une déchirure du ménisque entraîne une nouvelle opération et près de dix mois supplémentaires d’absence.

Il finit néanmoins par retrouver les terrains et réalise avec Montréal une saison suffisamment convaincante pour attirer l’attention de Forge FC. En 2025, le club de Hamilton lui offre une première chance en PLC par l’intermédiaire d’un contrat PLC-U SPORTS, un statut permettant aux joueurs universitaires d’évoluer avec une équipe professionnelle tout en conservant leur admissibilité universitaire.

Avec Forge FC, Maxime Filion a également goûté au plus haut niveau continental, disputant la Coupe des champions de la Concacaf face au géant mexicain des Tigres de Monterrey. Photo : Jojo Yanjiao Qian/Forge FC

Filion retourne d’ailleurs à l’Université de Montréal après cette première saison avec Forge pour poursuivre son baccalauréat, auquel il lui reste alors environ un an et demi à consacrer.

Son passage à Hamilton ne restera finalement pas une simple parenthèse universitaire. Conservé par Forge en 2026, Filion continue de faire sa place dans l’effectif. Puis, le 22 août, une nouvelle étape est franchie : à 23 ans, il signe le premier contrat professionnel de sa carrière, une entente de plusieurs années qui prend effet immédiatement. Il compte alors 36 apparitions et cinq buts avec Forge.

Avec le recul, Fournier voit dans cette arrivée l’aboutissement d’une qualité présente depuis l’adolescence : sa capacité à travailler et à s’adapter. « Une des plus grandes qualités comme joueur, c’est d’être capable de s’adapter aux exigences de l’entraîneur, du système et du club. Max, avec les qualités qu’il a, est capable de le faire. »

Filion n’a pas intégré une grande académie à 15 ans. Il n’était pas attaquant lorsqu’il est arrivé à l’université. Les blessures ont ensuite interrompu sa progression au moment où il venait de trouver son nouveau poste. À chaque fois, il a dû trouver une autre route.

De défenseur à attaquant, des refus des académies au soccer universitaire, des blessures au monde professionnel, Maxime Filion aura finalement passé son parcours à faire ce que Fournier avait identifié chez lui dès l’adolescence : travailler, s’adapter et continuer d’avancer.