Piper Gilles and Paul Poirier, médaille de bronze et drapeau du Canada en main. Photo : Leah Hennel/COC
Sports

Milan-Cortina 2026 : le bronze olympique au bout du chemin pour Paul Poirier

Piper Gilles and Paul Poirier, médaille de bronze et drapeau du Canada en main. Photo : Leah Hennel/COC

Médaillé de bronze en danse sur glace avec Piper Gilles, Paul Poirier savoure un accomplissement bâti sur quinze années de travail. Désormais, il va enfiler le costume de partisan pour encourager sa coéquipière Madeline Schizas dans l’épreuve individuelle féminine, avant de la retrouver au printemps sur la tournée Stars on Ice et de prendre, avec Piper Gilles, le temps de réfléchir à l’avenir du duo sur le circuit de compétition.

Après quinze ans de patinage compétitif ensemble, trois participations aux Jeux olympiques et des podiums dans toutes les compétitions majeures, Paul Poirier et Piper Gilles ont rempli le dernier objectif non atteint de leur carrière : monter sur le podium olympique.

Lors de cette finale olympique de danse sur glace, la hiérarchie s’était dessinée dès la danse rythmique. À l’issue de ce premier segment, Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron avaient pris la première place avec 90,18 points. Madison Chock et Evan Bates (89,72) se classaient deuxièmes, tandis que Piper Gilles et Paul Poirier avaient obtenu 86,18 points pour se placer troisièmes.

Ce classement provisoire avait fixé le cadre de la suite de la compétition. Le programme libre, disputé deux jours plus tard, pouvait encore faire bouger la hiérarchie et même priver les Canadiens de podium.

Le paroxysme des émotions

Le duo a répondu présent au rendez-vous, livrant un programme libre sur la chanson Vincent, une ballade acoustique reprise par le groupe Govardo, à forte intensité émotionnelle et avec une justesse technique proche de la perfection. À leur sortie de la glace, les émotions étaient intenses. Elles pouvaient se lire sur le visage du patineur franco-ontarien au bord des larmes.

« J’étais tellement ému. Et vous savez, c’est difficile de tout comprendre, au sujet de mes émotions à ce moment-là. C’était un mélange de tellement de choses : de fierté, de soulagement, de fatigue, de joie. J’ai vraiment ressenti la totalité de l’émotion humaine dans un petit moment », a-t-il confié à ONFR dans un entretien accordé ce lundi.

Les émotions fortes sur les visages de Piper Gilles et Paul Poirier au terme de leur programme libre. Photo : Leah Hennel/COC

Malgré ce sentiment du devoir accompli et d’avoir réalisé leur programme au summum de ce qu’ils étaient capables de produire, il n’avait à ce moment-là, aucune certitude sur la décision des juges.

« On était fiers de la performance et on savait qu’on avait patiné assez bien pour pouvoir gagner une médaille, mais aussi longtemps que ce n’est pas officiel, qu’on ne voit pas les scores, qu’on ne voit pas les notes, on ne peut jamais être certain. Il faut toujours attendre la décision des juges. C’est la réalité dans notre sport. C’est à ce moment-là que, toi, en tant qu’athlète, tu n’as plus le contrôle. Tu peux contrôler la performance, comment tu patines, mais pour ce qui est des scores, tu n’as aucun contrôle. »

Le podium peu importe la couleur

Une fois le score apparu et la première place provisoire synonyme de podium assurée, Piper Gilles et Paul Poirier ont vécu le deuxième moment d’attente de la compétition : le passage des deux derniers couples qui allait décider leur rang final. Mais à ce moment-là, la pression était retombée.

« On savait déjà qu’on allait gagner une médaille. La joie de cet accomplissement-là, c’était la chose la plus importante. »

Mélange de joie et soulagement lors de l’annonce du score final du duo qui leur garantit le podium. Photo : Leah Hennel/COC

Même s’il a rappelé que tout athlète vise toujours plus haut, Paul Poirier a surtout mis en avant l’aboutissement du projet.

« Peu importe que ce soit l’or, l’argent ou le bronze, on allait être satisfaits de la performance et de ce qu’on a accompli. »

La hiérarchie n’a finalement pas été bouleversée. L’ordre établi dès le programme rythmique est demeuré.

L’épreuve par équipe comme point de repère

Quelques jours plus tôt, l’épreuve par équipe a servi de point d’ajustement pour le duo canadien. Paul Poirier ne cache pas une certaine déception initiale.

« On était déçus du score et de la position, mais en même temps, on n’a pas patiné de notre mieux. On a été les premiers à le dire, et les scores étaient justes. »

Un des portés les plus complexes du circuit réalisé par Paul Poirier et Piper Gilles. Photo : Leah Hennel/COC

Cette prestation a toutefois permis d’identifier clairement les axes d’amélioration en vue de l’épreuve individuelle.

« Après la compétition, on reçoit un petit bulletin pour chaque élément, avec les pointages. Ça nous a permis de voir exactement où il nous manquait des points. »

Avec peu de temps entre les deux épreuves, ces informations ont été rapidement intégrées à la préparation. « Ça nous a motivés à patiner mieux pour l’épreuve individuelle. »

Un choix stratégique assumé

La décision de ne pas disputer le programme libre lors de l’épreuve par équipe s’est imposée comme un choix stratégique réfléchi, pris collectivement avec les entraîneurs et la fédération.

« C’est un choix qu’on a pris collectivement, parce que ça affecte l’équipe au complet. »

Gestion de l’énergie, proximité des compétitions et stratégie ont pesé dans la balance.

« Est-ce qu’il vaut mieux repatiner devant les juges ou avoir une journée de plus pour s’entraîner avant l’individuel? Il y avait beaucoup de facteurs », a expliqué le natif d’Ottawa

Cinquième au classement final, le Canada n’est pas monté sur le podium.

Après les Jeux

La compétition terminée pour le duo, la première question qui se pose concerne désormais la suite. Tout au long de la saison, Paul Poirier et Piper Gilles ont laissé entendre que cette olympiade pouvait marquer la fin de leur parcours compétitif. Pour l’instant toutefois, l’heure n’est pas à la prise d’une telle décision.

« Le projet olympique nous a tout coûté, toute notre énergie. On veut surtout profiter du moment. »

Le duo se retrouvera sur la tournée Stars On Ice, le 26 avril à Ottawa et le 1er mai à Toronto. Photo : Danielle Earl/Skate Canada

Dans l’immédiat, Paul Poirier a expliqué vouloir rester pleinement dans l’expérience olympique, sans se projeter trop vite. Avec Piper Gilles, il a choisi de prolonger leur séjour afin de vivre les Jeux autrement, cette fois sans pression compétitive.

« On va profiter des Jeux olympiques. Il y a tellement de bons sports qui se passent pendant la semaine. »

Le danseur franco-ontarien a notamment indiqué vouloir assister à plusieurs épreuves en tant que spectateur, citant en particulier le patinage de vitesse et le hockey, tout en reconnaissant que les contraintes logistiques limitaient les déplacements vers les sites de montagne.

Ce temps sans échéance sportive immédiate doit aussi permettre au duo de redescendre émotionnellement après un projet olympique mené sur plusieurs années.

« On est tellement présents dans l’émotion du moment. On veut être présents et en profiter pleinement. »

Une réflexion sur la suite viendra plus tard. D’ici là, Paul Poirier va enfiler le costume de partisan pour encourager sa coéquipière Madeline Schizas dans l’épreuve individuelle féminine, avant de retrouver Piper Gilles et Schizas sur la glace au printemps sur la tournée Stars on Ice. Cette période sans pression compétitive devrait leur offrir l’espace nécessaire pour réfléchir, le moment venu, à l’avenir du duo sur le circuit.