TGV : Prescott-Russell bloque Alto et refuse de signer une entente de confidentialité
L’ORIGNAL – Réunis en séance ce mercredi, les maires des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont rejeté à l’unanimité une motion qui aurait permis d’entamer des études de terrain dès ce printemps et de signer une entente de confidentialité avec Alto, le promoteur du futur train à grande vitesse (TGV) reliant Québec à Toronto.
Cette motion fait suite à une demande d’Alto réclamant une autorisation d’accès à plusieurs parcelles de terrain appartenant aux CUPR pour y mener des examens biologiques et physiques au cours du printemps et de l’été 2026.
L’entreprise exigeait également la signature préalable d’une entente de confidentialité avec l’administration municipale avant la tenue de réunions techniques.
La motion introduite par le maire de Champlain, Normand Riopel, et secondée par la mairesse de Casselman, Geneviève Lajoie, a été rejetée de manière définitive par l’ensemble des huit élus de la table régionale.
Le refus des élus est si catégorique qu’à la seconde même où le résultat du vote nominal a été prononcé, la présidence du conseil a dicté une directive on ne peut plus limpide au directeur général de la municipalité régionale.
« Veuillez aviser la corporation Alto que ce conseil ne les veut pas sur notre territoire. Nous avons refusé la signature de l’entente de confidentialité ainsi que l’accès aux terres des CUPR », s’est exprimé avec fermeté Mario Zanth, président des CUPR et maire de Clarence-Rockland.
Des questions sans réponses
Joint par ONFR après la séance, Mario Zanth n’a pas mâché ses mots pour expliquer ce rejet unanime. Selon lui, le partenariat avec le promoteur du TGV est actuellement bloqué parce que la société d’État exige le secret absolu avant de divulguer ses détails techniques.
En effet, plusieurs questions techniques soulevées par les municipalités, concernant la composition chimique des liquides de déglaçage et les risques pour les puits, l’alimentation électrique du TGV ou l’impact sur les forêts, demeurent toujours sans réponse publique.
Devant ce flou, la table du conseil considère que les bases d’un véritable partenariat ne sont pas établies. « Le conseil des maires s’est dit : « C’est pas vraiment un partenariat, ça ». Alors, si le gouvernement fédéral a quelque chose à annoncer, le liquide utilisé pour dégivrer les rails, c’est pas un secret. Dites-le-nous, on veut le savoir », soutient l’administration régionale.
Ce refus unanime du conseil régional fait d’ailleurs écho à une grogne qui s’organise municipalité par municipalité dans l’Est ontarien. À la mi-mai, le conseil municipal du Canton de Champlain adoptait lui aussi une résolution s’opposant officiellement au tracé actuel d’Alto, citant des inquiétudes majeures pour les terres agricoles de la région.
Plus au sud, les comtés voisins de Stormont, Dundas et Glengarry (SD&G) ont également partagé publiquement leurs propres réserves quant aux impacts de ce projet estimé entre 60 et 90 milliards de dollars.
Alto mise sur le « volontariat »
Contactée par ONFR, la société d’État a tenté de tempérer les tensions en jouant la carte de la diplomatie, bien qu’elle ait évité de commenter le litige entourant l’accord de confidentialité imposé aux municipalités.
Par courriel, la porte-parole d’Alto, Caroline Des Rosiers, s’est limitée à affirmer que l’approche de l’entreprise demeure « axée sur un dialogue ouvert et transparent avec les municipalités ».
Elle soutient qu’Alto a récemment rencontré le préfet du comté et qu’une rencontre de suivi est déjà en planification.
Devant le refus des CUPR d’accorder l’accès aux terres publiques, le promoteur du TGV mise désormais sur la collaboration directe avec les propriétaires fonciers de la région.
« La participation aux études de terrain est volontaire. Aucune étude de terrain ou relevé géotechnique ne sera réalisée sur une propriété sans le consentement de son propriétaire », précise Mme Des Rosiers, ajoutant que les propriétaires privés qui accepteront de collaborer recevront une compensation financière.