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Modernisation de la LLO : « On est rendu au bout de notre corde »

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Jean Johnson est le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

LE CONTEXTE :

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau s’était engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles (LLO) dont la dernière refonte date de 1988, mais sans passer aux actes. Récemment, le président de la FCFA avait fixé au 31 mai l’adoption d’une loi afin d’éviter qu’une éventuelle élection force à reprendre le travail depuis le début.

L’ENJEU :

L’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire commence à perdre patience, d’autant que le livre blanc sur les langues officielles, l’autre projet pour lequel le gouvernement s’est engagé, attend toujours. 

« Êtes-vous confiant que le projet de loi sera déposé avant le 31 mai 2021 ?

La ministre Mélanie Joly nous avait dit d’attendre cinq mois, donc si l’on compte à partir de janvier, on prend pour acquis que ça serait à la fin mai !

La FCFA est aussi dans l’attente du dévoilement du livre blanc sur les langues officielles de la part du gouvernement. Est-ce une priorité pour vous ? 

Le livre blanc, c’est une autre étape de consultation. Je considère que c’est une consultation au cœur de l’appareil gouvernemental. On n’a pas d’informations, on ne sait pas ce qu’il va y avoir à l’intérieur. On est gardé à l’écart du processus. C’est vraiment difficile, et on est rendu au bout de notre corde. On travaille sur cette modernisation de la Loi depuis trois ans avec nos membres…

Qu’on nous donne un livre blanc, très bien, mais on aurait aimé être inscrit dans le processus, pouvoir demander des rencontres avec les ministères pour faire connaître notre perspective, avoir un dialogue. Tant et aussi longtemps que le livre blanc ne sera pas rendu public, on est menotté.

Qu’aimeriez-vous tout de même voir dans ce livre blanc ?

Nous aimerions connaître la position du gouvernement sur l’idée que l’application de la Loi dépende d’une agence centrale, savoir si l’on parle des obligations pour l’immigration francophone, la mise en place d’un tribunal administratif pour traiter les manquements à la Loi…

Nous (la FCFA) avions identifié huit piliers pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Si on ne parle pas dans ce livre blanc d’étoffer la partie VII de la Loi [sur la promotion du français et de l’anglais], on serait en train de rater une belle occasion. Les citoyens acceptent que nous sommes un pays bilingue, et bien rendons-nous le bilingue !

Êtes-vous frustré ?

Tout cela ajoute à la frustration, car les paroles ne sont pas suivies d’actions. Mais le gouvernement me dit qu’il travaille très fort. Mais nous aussi (la FCFA), on travaille très fort. Accélérons ! La session parlementaire ne reprend que le 16 février. Va-t-on enfin déposer le projet de loi à ce moment ? La lettre de mandat de Mélanie Joly publiée mi-janvier affirme qu’elle doit moderniser la Loi sur les langues officielles pour 2021. Si elle le fait donc avant le 31 décembre, elle aura rempli son mandat !

Qu’advient-il selon vous de la modernisation de la LLO, si une élection est déclenchée au printemps ?

Supposons qu’il y ait un changement de pouvoir avec les conservateurs, ils voudront mettre leur empreinte sur le projet de loi, et ça pourrait retarder encore les choses de deux ans.

Si le gouvernement libéral revient au pouvoir, on souhaite que le travail continue, et que le projet de loi soit alors déposé brièvement après les élections. Mais ce n’est pas à nous de faire le calendrier.

Jeudi, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a pressé le gouvernement de moderniser au plus vite la Loi sur les langues officielles. Comment voyez-vous cette sortie ?

De manière positive ! Tous les partis sont pleinement engagés ! Maintenant, c’est le parti qui a maintenu un silence sur les langues officielles qui sort, alors tant mieux, car jusqu’à maintenant, le silence n’était pas la norme du NPD sur ces dossiers. Tous les partis sont d’accord qu’il faut moderniser la loi ! »

* L’entrevue a été réalisée ce jeudi, la veille de la sortie du gouvernement du Québec sur sa vision de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Jean Johnson n’a pas souhaité rebondir immédiatement sur cette question, lors d’une éventuelle entrevue complémentaire avec ONFR+. La FCFA a toutefois affirmé par voie de communiqué de presse  avoir « reçu avec beaucoup d’intérêt la position du gouvernement du Québec », et demeurer sensible à  une « conversation nationale » sur le projet.

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