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Mort de Caleb Tubila Njoko : tout dégénère après l’arrivée des policiers, aucune accusation

Temps de lecture : 4 minutes

LONDON – Les policiers n’ont posé aucun geste criminel qui aurait pu mener à la mort du jeune noir francophone Caleb Tubila Njoko lors de leur intervention, conclut l’Unité des enquêtes spéciales de l’Ontario.

Dans son rapport, le directeur de la « police des polices », Joseph Martino, ne fait aucune recommandation sur la manière dont les policiers devraient agir avec des personnes en crise et n’évoque pas la première interaction entre Caleb et les policiers, une semaine avant les faits, qualifiée par ses proches comme un événement traumatique qui a contribué à sa peur des policiers.

Le 5 mai dernier, Caleb Tubila Njoko, un francophone de 27 ans de London, était en pleine crise. Sa mère, dépassée par les événements, a appelé le 911. 

Le rapport de l’Unité des enquêtes spéciales (UES) de l’Ontario, rendu public ce jeudi, analyse ce qui s’est passé entre l’appel au 911 et la chute du jeune homme. Le document rapporte que la mère, en panique, a exigé de la répartitrice du 911 que son fils puisse avoir accès à un médecin en santé mentale. Elle ne voulait pas initialement que les policiers interviennent et a insisté sur le fait que Caleb n’avait pas été violent avec elle. 

« [La mère] a demandé s’il y avait à London des professionnels de la santé mentale qui pouvaient lui venir en aide », est-il mentionné. « Le réceptionniste a répondu qu’il y avait des personnes qui pouvaient se rendre chez elle, mais seulement une fois que la police serait allée et aurait demandé leur intervention », poursuit l’UES.

Un flou subsiste dans le rapport sur l’heure de cet appel, ainsi qu’un autre qui aurait été réalisé plus tôt, mais qui n’est pas analysé par l’Unité des enquêtes spéciales. 

L’immeuble du 85 Walnut, à London, où est survenu le drame. Photomontage ONFR+

Le répartiteur du 911 semble réfractaire à envoyer de l’aide à la mère, à la lecture des échanges. Il lui demande finalement si elle a peur. Elle répondra qu’elle a « peur à cause de l’état dans lequel il est ». Soudainement, le répartiteur décide d’envoyer l’appel à des policiers qui vont être déployés à l’intérieur et devant l’immeuble.

La police arrive, tout dégénère ensuite

Il ressort du rapport d’enquête que l’arrivée des policiers a accéléré les événements ayant mené au funeste destin du jeune homme.

« Ce qui ressort clairement par contre, c’est que le plaignant craignait la police et qu’il s’est barricadé dans le logement lorsqu’il a appris qu’ils étaient dans le couloir », écrit l’enquêteur Joseph Martino de l’Unité des enquêtes spéciales.

Il faut dire qu’une semaine plus tôt, Caleb Tubila Njoko avait été accusé devant les tribunaux d’avoir voulu voler une voiture. Le propriétaire du véhicule l’avait violemment battu pour le punir. Les parents de Caleb ont toujours nié les intentions criminelles du jeune homme dans cette affaire, affirmant qu’il ne faisait que regarder le véhicule. En entrevue à ONFR+, ils affirmaient que l’événement avait traumatisé leur fils et qu’il avait dorénavant peur de la police.

Le 5 mai, lors de l’arrivée des policiers à l’appartement de sa mère, Caleb panique. Le rapport décrit une scène chaotique où les policiers tentent de forcer la porte de l’appartement, sans succès, car Caleb Tubila Njoko bouge « des meubles contre la porte pour les empêcher de l’ouvrir ».

Lors de l’intervention, un des agents présents était formé en « négociation en situation de crise ». Les policiers réussissent à lui parler au téléphone un court moment. « Le plaignant a répondu qu’il n’avait nullement l’intention de se faire du mal. Il a dit qu’il relaxait et fumait une cigarette et il a ajouté qu’il sortirait bientôt, avant de raccrocher », rapporte-t-on.

Joseph Martino se demande dans son rapport pourquoi les policiers ne sont pas allés sur un autre balcon pour tenter de discuter avec le jeune en crise. 

Voyant qu’il se déplace dangereusement d’un balcon à l’autre, la police décide finalement de forcer la porte de l’appartement de la mère avec un bélier.

Le rapport décrit la suite des événements : « Il était assis sur le coin nord-est de la rampe du balcon et il fumait une cigarette. Le plaignant est descendu jusqu’au balcon directement au-dessous de celui de sa mère, puis il est descendu au balcon suivant. Pendant qu’il manœuvrait pour se rendre à l’autre balcon du dessous, le plaignant a perdu prise et est tombé sur le sol. Il était alors environ 23 h 18 ».

Caleb Tubila Njoko va mourir des suites de ses blessures.

Peur de la police, évaluation de la santé mentale : des éléments non pris en compte

Le mandat de l’Unité des enquêtes spéciales est très restreint.

« Dans ce dossier, il faut essentiellement se demander ce qui suit : les agents en cause ont-ils contribué à la chute du plaignant à cause d’un manque de diligence grave au point de mériter une sanction pénale ? À mon avis, ce n’est pas le cas », écrit Joseph Martino. 

La chronologie des événements partagée dans le rapport coïncide avec celle fournie par les proches de Caleb Njoko dans un article publié par ONFR+, en juin, et révélant publiquement cette affaire.

Le résident de London Caleb Njoko. Crédit image : compte Facebook

Aucun proche de Caleb Tubila Njoko n’alléguait alors que les policiers avaient posé des gestes de violence ou de nature criminelle. Mais selon eux, les policiers auraient dû, dès le départ, être accompagnés d’intervenants en santé mentale pour calmer la situation.

Le rapport de l’Unité des enquêtes spéciales de l’Ontario ne fait aucune recommandation ni à ce sujet, ni à propos des méthodes d’intervention avec des personnes en crise.

« Auraient- ils pu faire davantage pour mobiliser les ressources en santé mentale de la collectivité ? Peut être, mais à leur défense, il faut dire que les événements se sont déroulés très rapidement puisque, à partir du moment où l’agent est arrivé sur les lieux et celui où le plaignant a commencé sa descente fatidique d’un balcon à l’autre, il s’est écoulé environ 18 minutes », conclut le rapport. 

Même si la mère du jeune homme a été rencontrée par l’Unité des enquêtes spéciales, son témoignage ne figure pas dans le rapport.

Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes

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