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Normand Labrie à Caroline Mulroney : « C’est très urgent »

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Le gouvernement ontarien doit accepter la main tendue par le fédéral et vite, selon le recteur de l’Université de l’Ontario français. Des décisions difficiles pourraient être prises, dès mercredi soir, si une sortie de crise n’est pas à l’horizon, affirme Normand Labrie.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

« Mercredi, nous allons voir quelles décisions devront être prises, tant au niveau académique, qu’au niveau des ressources humaines. C’est la dernière réunion des dirigeants de l’université avant la mi-janvier. Il va falloir prendre des décisions », affirme Normand Labrie.

Dernière réunion, donc, avant le 15 janvier, une date fatidique pour le projet. L’Université de l’Ontario français n’aura plus de fonds pour poursuivre ses activités à ce moment-là.

« Nos budgets tomberont à zéro. On a un mécanisme de transferts de paiements par l’entremise de l’Université Ryerson et cette entente prend fin le 15 janvier. Même s’il restait des fonds, Ryerson ne serait pas en mesure de les traiter. Les fonds de l’Université de l’Ontario tomberont à zéro », explique M. Labrie.

Normand Labrie, recteur de l’Université de l’Ontario français. Gracieuseté : OISE

Depuis une semaine, le gouvernement fédéral a clairement indiqué qu’il souhaitait financer le projet universitaire. Rien ne peut justifier de ne pas prendre cette main tendue, selon Normand Labrie. « Le fédéral est prêt à intervenir, la province n’a même pas à mettre d’argent. Le projet peut vivre quand même grâce à cette solution administrative, qui respecte l’objectif de la province de réduire son déficit », rappelle-t-il.

Son message à l’intention de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney est clair : « Aidez-nous à trouver une solution créative pour assurer le financement de l’université pour maintenir ses opérations ». Et d’ajouter : « C’est très urgent ! »

Le gouvernement avoue ne pas avoir pensé à la suite des choses

« Le 23 novembre, le gouvernement a annoncé son intention de mettre sur pause la mise en oeuvre de l’Université de l’Ontario français. La méthode par laquelle cette pause sera réalisée n’a pas encore été déterminée », affirme Stephanie Rea, directrice des communications de la ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Merrilee Fullerton.

#ONfr a questionné le gouvernement sur l’avenir du conseil des gouverneurs qui dirige toujours l’Université de l’Ontario français. Sera-t-il dissous ? Quant à la Loi 177 qui a donné naissance à l’établissement d’enseignement, va-t-elle être modifiée pour tenir compte de la position gouvernementale sur le projet ? La réponse fournie par le ministère laisse croire que le gouvernement n’en a aucune idée.

Depuis près de deux semaines, le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario se renvoient la balle à savoir qui doit faire le premier pas pour régler la crise. Caroline Mulroney a toujours refusé de dire si elle négociait avec son partenaire fédéral sur le sujet. Le bureau de Merrilee Fullerton passe en mode attaque.

« Avant l’élection, les libéraux fédéraux promettent absolument tout à tout le monde. Nous n’avons pas reçu d’indication du gouvernement du Canada qu’il souhaite fournir du financement pour une université par et pour les francophones à Toronto », affirme Stephanie Rea. « Nous sommes prêts à accueillir les idées du gouvernement fédéral pour financer adéquatement les services aux Franco-Ontariens », ajoute-t-elle.

Pourtant, Mélanie Joly affirmait, il y a quelques jours, que son bureau avait envoyé un message clair au gouvernement Ford. « Mon équipe a contacté l’équipe de Mme Mulroney pour lui faire comprendre comment fonctionnent les fonds complémentaires fédéraux, pour lui dire qu’il suffit qu’ils présentent un projet et que nous sommes prêts à le financer. Ils ont toute l’information en mains, c’est maintenant à eux de prendre la décision », avait lancé Mme Joly en marge d’une conférence de presse, à Ottawa.

« Le projet n’est pas mort », assure Labrie

Le recteur de l’Université de l’Ontario français a été déçu de voir que l’adoption du projet de loi 57, qui venait notamment sceller le sort d’un Commissariat aux services en français indépendant, ait eu des contrecoups sur le projet universitaire.

« C’est blessant de lire que le projet de loi 57 vient sceller le cas de l’université. C’est faux ! Le projet n’est pas mort. Je suis recteur et mon rôle est de m’assurer qu’elle opère. On a un conseil de gouvernance qui s’assure de la pérennité de l’institution. C’est dommageable de lire cela », réplique-t-il.

Il faut dire que plusieurs députés ont mentionné le projet universitaire dans leurs déclarations sur le projet de loi 57 et que l’absence de mention de l’Université de l’Ontario français dans le projet de loi peut être également interprétée comme un manque de vouloir politique.

Normand Labrie réplique que l’Université de l’Ontario français a plutôt vu le jour grâce à un autre projet de loi, le projet de loi 177 adopté en décembre 2017, et que ce dernier demeure inchangé.

Il ne cache cependant pas sa surprise face aux propos de Doug Ford sur les programmes existants. « Le fait qu’il existe 300 programmes qui ne seraient pas comblés, ça n’a pas de rapport avec le maintien de l’université, ni le programme budgétaire. C’est un peu déconcertant », dit-il.


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