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NPD et francophonie: France Gélinas ne peut pas tout

La députée néo-démocrate France Gélinas. Crédit image: Maxime Delaquis

[ANALYSE]

TORONTO – On avait l’habitude de l’entendre pendant tous les débats francophones à Queen’s Park. Université franco-ontarienne, bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa, indépendance du Commissariat aux services aux français, France Gélinas a été de tous les combats depuis sa nomination à titre de porte-parole aux Affaires francophones pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) à Queen’s Park en 2008.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Connaissante des dossiers, dotée d’un bon sens de la formule, accessible, elle s’est imposée très vite comme la principale opposante face au gouvernement libéral sur les enjeux francophones. Un statut officieux facilité par la mollesse des progressistes-conservateurs sur ces questions. Ce fut particulièrement vrai sous le règne du chef Tim Hudak.

Nul doute qu’avant le dévoilement de ce cabinet fantôme, la semaine dernière, personne au NPD ne discutait sa compétence. Mais avec 40 députés obtenus lors des élections du 7 juin, le parti a doublé sa représentation. France Gélinas ne pouvait donc plus cumuler ses fonctions de porte-parole à la Santé, et aux Affaires francophones. Et dans ce cabinet fantôme, la députée a choisi la Santé, confiante que son successeur, Guy Bourgouin, ferait bien le travail.

 

Un départ synonyme d’une perte et d’un gain

Le départ de France Gélinas des Affaires francophones est d’un côté une perte. Et il tombe au plus mauvais moment. Bien malin qui pourrait d’ores et déjà prévoir les intentions de Doug Ford vis-à-vis des Franco-Ontariens.

En sa qualité de porte-parole aux Affaires francophones, Mme Gélinas n’a eu de cesse de dénoncer les hésitations parfois manifestes des libéraux. Difficile de réécrire l’histoire, mais les multiples projets de loi qu’elle a déposés pour l’université franco-ontarienne ou l’indépendance de Me Boileau ont sans doute poussé le gouvernement libéral à des actions plus rapides.

Mais qu’on se rassure, le nouveau porte-parole, Guy Bourgouin, n’est pas du genre à se taire. Il lui faudra quelque temps pour bien connaître les dossiers francophones. Le député de Mushkegowuk—Baie James demeure tout de même le seul élu avec Amanda Simard à siéger dans une circonscription où les francophones sont majoritaires. Un point non négligeable.

France Gélinas restera de son côté une alliée précieuse. Ses fonctions de critique en Santé ne sont pas indissociables des enjeux des 622 000 Franco-Ontariens. De la saga de l’Hôpital Montfort en passant par les ratés du Centre Jules-Léger d’Ottawa, l’histoire des 20 dernières années est truffée d’obstacles en matière d’accès aux soins de santé en français.

 

Traductions en français oubliées

En 11 ans à Queen’s Park, France Gélinas n’a donc pas encore connu le pouvoir. Quel genre de ministre déléguée aux Affaires francophones serait-elle? Parviendrait-elle à insuffler un changement de mentalité dans son parti sur la francophonie?

Car les prises de positions fracassantes de Mme Gélinas ont souvent caché un vrai problème au NPD: le recours non systématique à la traduction bilingue. Le fait que, sur les médias sociaux, le parti ait annoncé seulement en anglais Guy Bourgouin comme le new NDP critic for Francophone Affairs veut dire beaucoup. Un oubli qui rappelle celui du mois d’avril quand Andrea Horwath avait présenté sa plate-forme électorale de manière unilingue.

Quoi qu’il arrive dans les quatre prochaines années, la chef du NPD ne pourra pas utiliser France Gélinas, Guy Bourgouin ou encore, Gilles Bisson comme les éternelles «cautions francophones» de son parti. Inscrire la francophonie un peu plus dans l’ADN de sa formation politique serait aussi une avancée.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 27 août. 

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.