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Obligés de quitter le Canada à cause de la COVID-19 ?

Temps de lecture : 4 minutes

BARRIE – La situation des candidats à l’immigration et des travailleurs temporaires est rendue compliquée par la COVID-19 qui perturbe le traitement des dossiers et met en péril les projets de plusieurs d’entre eux. C’est notamment le cas de la famille Genest, à Barrie. Mais leur exemple n’est pas isolé.

« Nous sommes venus pour apporter nos compétences, notre langue, contribuer à la francophonie… On paie des taxes, on travaille… On voudrait rester, mais si d’ici juillet on ne trouve pas de solution par rapport à mon permis de travail, nous serons obligés de partir. »

Venus de France avec leurs trois garçons s’installer à Barrie, en 2018, après une première expérience au Québec une décennie auparavant, David et Sandrine Genest ne savent pas encore de quoi leur avenir sera fait.

Pour venir vivre au Canada, ils ont consenti d’importants efforts, notamment financiers, afin de payer les coûteuses démarches d’immigration. David Genest avait dégoté un permis en tant que travailleur qualifié. Un permis temporaire, dit « fermé » car rattaché à un employeur, d’une durée de trois ans.

Après une première expérience peu concluante, il a fait les démarches nécessaires pour changer d’entreprise. Mais la fin de la subvention accordée à son nouvel employeur pour coordonner le programme transition au travail le contraint une nouvelle fois à devoir modifier son permis dans un moment où les démarches administratives sont rendues compliquées par la COVID-19.

« J’ai déjà plusieurs contacts et des entreprises intéressées. Je n’aurais pas de mal à trouver. Mais la COVID-19 vient tout bouleverser », explique-t-il.

Des délais pour traiter les dossiers

Car pour faire valider un changement d’employeur sur son permis temporaire et donc pouvoir travailler, deux options s’offrent à lui : faire une demande en ligne ou se rendre à un point d’entrée du territoire canadien.

« Je l’avais fait la dernière fois, en allant à Buffalo. J’étais parti très tôt pour être sûr de pouvoir passer et ça m’avait pris une journée », témoigne M. Genest. « C’est stressant, car tout repose sur la personne qui regarde votre dossier à la frontière. »

Cette pratique, souvent appelée « faire le tour du poteau », n’est plus possible aujourd’hui avec les restrictions en matière de déplacements. Et quand bien même M. Genest parviendrait à passer, il serait ensuite obligé de se placer en quarantaine.

Reste donc la solution en ligne où le temps d’attente est d’environ 90 jours.

« Mais les sociétés qui sont intéressées ne vont pas attendre trois mois. Elles sont pressées », dit-il. « On ne fait rien pour aider les travailleurs temporaires. On ne demande pas la lune, mais seulement des ajustements pour faciliter les démarches dans cette période exceptionnelle. On pourrait nous autoriser à travailler tout de suite, puis régulariser la situation une fois la crise passée. Nous ne devons pas être les seuls dans ce cas ? »

Pas un cas isolé

En janvier et février, le Canada comptait 28 435 permis fermés à travers le pays. Pour toute l’année 2019, ils étaient 188 690 à avoir été délivrés, selon les statistiques fournies par le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC). La croissance des permis temporaires est de 25 % depuis 2016.

Christian Howald le confirme. Des cas comme celui de la famille Genest, il en a vu aussi dans le Nord de la province. Le directeur régional Nord de la Société économique de l’Ontario (SÉO) milite lui aussi pour un ajustement.

« Il faudrait alléger les restrictions en temps de COVID-19, car il y a des secteurs dans lesquels nous avons d’importants besoins, immédiats, comme pour les soins de santé, mais aussi les compagnies de transport par camion. Les employeurs sont ouverts à embaucher des travailleurs étrangers et temporaires, mais est-ce que l’administration suivra ? Les temps d’attente sont très longs. »

« Le système d’immigration montre ses limites » – Christian Howald, Société économique de l’Ontario

Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) confirme que la pandémie affecte son travail.

« Bien que nous continuions à servir nos clients, les interruptions de service et les restrictions dues à la COVID-19 peuvent avoir un impact sur les délais de traitement. Nous nous efforçons de traiter les demandes le plus rapidement possible », explique le ministère dans un échange de courriels.

M. Howald estime que la situation actuelle offre une opportunité pour les communautés rurales et du Nord d’accueillir davantage d’immigrants francophones, déjà installés sur le territoire, à la recherche d’un emploi.

Comment faire sans revenu ?

IRCC indique que les visiteurs, les étudiants internationaux et les travailleurs étrangers temporaires au Canada peuvent demander une prolongation de leur séjour. Le ministère les encourage à présenter une demande avant l’expiration de leur statut. Mais comment faire, sans revenu, pendant cette période ?

Même si il a perdu son emploi pendant la COVID-19, David Genest ne peut invoquer la pandémie pour expliquer sa situation. Il ne peut donc demander la Prestation canadienne d’urgence. Mais son épouse, Sandrine, qui a perdu son travail à cause du manque d’activités et de revenus liés à la pandémie, peut en revanche y prétendre.

« Mais on ne peut pas vivre à cinq dessus », souligne M. Genest.

Un retour serait une déception pour la famille Genest qui a trouvé ses marques en Ontario.

« On est dans une zone grise. C’est dur de rester mais ce serait dur de rentrer. Nous n’avons aucune famille qui nous attend en France, aucun lieu où aller… Le coût d’un retour serait énorme. Nous, ce que nous voulons, c’est participer à relancer l’économie ontarienne et aider la francophonie. On va tout faire pour rester afin de n’avoir aucun regret ! »

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