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Amikley Fontaine, président et fondateur de la Fondation Sylvénie-Lindor. Archives ONFR+

Sommet Canada-Caraïbes : « Il faut un Plan Marshall pour Haïti » lance Amikley Fontaine

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Président de la Fondation Sylvénie-Lindor, Amikley Fontaine milite pour l’insertion des jeunes racisés en Ontario et mène des opérations de soutien économique à la population en Haïti.

LE CONTEXTE :

Lors du sommet des ministres des Affaires étrangères du Canada et des Caraïbes, Ottawa a annoncé ce vendredi une aide de 50 millions de dollars et demandé au premier ministre haïtien, Ariel Henry, d’organiser rapidement des élections.

LENJEU :

Le Canada tente de trouver des solutions durables pour sortir ce pays de la crise institutionnelle, humanitaire et sécuritaire qui s’est aggravée à la suite l’assassinat du président Moïse et du séisme de 2021.


« Comment sortir du bourbier haïtien et quel rôle peut le jouer le Canada dans une transition démocratique ?

Le fait que le Canada prenne l’initiative va dans le bon sens. Il faut cependant exclure toute attitude paternaliste et aller plutôt vers la mise en place de structures qui aident le peuple à s’autodéterminer et à se développer. Il y a des problèmes de routes, d’électricité, de développement durable, de tout. Il faut donc un Plan Marshall pour Haïti et veiller à ce que l’argent octroyé soit ensuite bien géré. On ne doit pas reproduire les erreurs du passé. Pas mal de fonds alloués à Haïti comme Petrocaribe (accord créé en 2005 entre les pays caribéens et le Venezuela) ont été dévoyés par les gouvernements successifs. Il faudra donc être transparent car sinon ce sera encore le peuple haïtien la victime.

L’absence d’échéancier vers de nouvelles élections démocratiques vous préoccupe-t-elle ? N’est-ce pas un préalable à un retour à la stabilité en Haïti ?

Beaucoup de problèmes actuels pourront être résolus à partir des élections. Il faut d’abord un climat propice à ces élections, un parlement, un cabinet ministériel, etc. Alors on pourra envisager un retour à la normale. Depuis la mort du président Moïse, on entend tellement de rumeurs sur l’implication du premier ministre qu’on se pose des questions.

L’enquête toujours ouverte sur l’assassinat du président Jovenel Moïse ne donne-t-elle pas un mauvais signal, en alimentant un sentiment d’impunité ?

Ça alimente ce sentiment oui, c’est sûr. Ceci dit, des individus ont été arrêtés en Jamaïque et en République dominicaine. L’enquête avance mais elle est tellement complexe qu’on peut comprendre que ça prenne du temps. On espère que les auteurs intellectuels de cet assassinat seront traduits devant la justice pour apaiser le pays.

La réponse à l’insécurité doit-elle être uniquement policière ?

Attirer les investissements étrangers et redonner du souffle au tourisme passe par un renforcement de la police. Mais si on veut régler la question de l’insécurité, il faut aussi aller à sa source : les gens qui ont pris les armes en Haïti n’ont pas décidé de terroriser et kidnapper les gens du jour au lendemain. Ils ont des revendications. Le premier ministre doit les entendre, être à l’écoute de la société civile et des chefs d’opposition, et non pas seulement de la communauté internationale. Si on ne fait pas ça, on n’aboutira à rien.

La ministre Joly a demandé ce vendredi au premier ministre de « redoubler d’efforts », évoquant une « obligation de résultat ». Le gouvernement haïtien en fait-il assez ?

Depuis des années, on assiste à la défaillance totale de l’État haïtien qui produit de l’insécurité. Cette insécurité utilise la vulnérabilité des jeunes issus d’un milieu défavorisé pour les monter les uns contre les autres. Quand on dirige un gouvernement, il faut avoir un plan et répondre aux aspirations de son peuple. Onze personnes ont été tuées récemment (dix détenus et un policier lors d’une tentative d’évasion de prison). Ça montre que la situation reste très tendue à l’approche du 7 février (date des élections initialement fixées par le président avant son assassinat). »

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