«On voit une baisse de l’inflation voire même une déflation», analyse l’économiste Pedro Antunes

Pedro Atunes
L'économiste Pedro Atunes analyse la croissance économique de l'Ontario au regard du budget 2023. Gracieuseté

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI

Pedro Antunes est l’économiste en chef du Conference Board of Canada, spécialiste des indicateurs économiques sur le Canada. Il est largement sollicité pour parler aux leaders de l’industrie et aux décideurs sur un large éventail de questions ayant une incidence sur les Canadiens.

LE CONTEXTE

Mise en perspective économique après la présentation du budget 2023 de l’Ontario, annonçant une chute de la croissance pour 2023, le PIB réel passant de 3,7% en 2022 à 0,2%, mais également une reprise économique sur la période 2024-2025 avec un retour à l’équilibre financier de la province.

L’ENJEU

Le climat inflationniste dans la province sur fond de période économique tumultueuse à l’échelle mondiale.

«Les prévisions du budget provincial 2023 annoncent une chute de la croissance en 2023-2024. Faut-il s’attendre à une période de récession?

On s’attend à un ralentissement de la croissance économique, et ce, pour plusieurs raisons. L’une des premières est qu’on cherche, dans notre politique monétaire, à ralentir l’économie pour laisser la production se rattraper face à la demande, plus importante.

L’économie, au fil de la dernière année, était en surchauffe, ce qui a créé l’inflation, en particulier avec un tôt de chômage extrêmement bas. Les employeurs ont fait face à des postes vacants. Tout ça a freiné l’économie provoquant une inflation qui gruge le pouvoir d’achat des consommateurs et une hausse très importante des taux d’intérêt.

Pour mettre un peu de perspective, ce n’est pas nécessairement une récession sévère comme on a vécu auparavant. C’est une récession qui freine l’économie avec peu d’impact sur les emplois et sur les ménages, qui s’en sortent relativement bien.

Il s’agit donc d’un ralentissement volontaire de l’économie?

Plutôt un ralentissement de la demande, si on écoute les banques centrales. En fait, l’impact qu’elles veulent avoir c’est réduire les dépenses et la consommation des ménages pour ralentir ces pressions inflationnistes.

Les nouvelles sont bonnes si on regarde les facteurs qui devraient avoir un impact sur la baisse de l’inflation. Du côté immobilier par exemple, on voit un ralentissement et les prix qui baissent, ce qui devrait aider à réduire la tension qu’on ressent au niveau des loyers, qui se rattrapent toujours actuellement à l’inflation très forte qu’on a vécue.

Les taux d’intérêt à la hausse ont quand même réussi à freiner la consommation des ménages, ce qu’on voit dans les chiffres avec les inventaires de produits très élevés. Non seulement on voit une baisse de l’inflation, mais aussi une déflation, une baisse des prix des biens durables.

D’autres facteurs en dehors de notre contrôle sont les prix des matières premières, du pétrole, etc. qui étaient très élevés à cause de la guerre en Ukraine. Or, les prix reviennent à des niveaux avant-guerre, ce qui est un aussi un peu déflationniste. On le voit avec le prix du carburant. Le problème c’est qu’on ne le voit pas encore au niveau de la nourriture, des denrées alimentaires. Ça va prendre plus de temps.

Le scénario d’une reprise de l’économie pour 2024-2025 est-il envisageable?

C’est tout à fait possible. Cette décroissance et croissance faible, ce sont des scénarios positifs dans le sens où ils reflètent un succès au niveau de la politique monétaire de baisse de l’inflation sur la période de la prévision. Et éventuellement, on pourrait se retrouver avec une baisse des intérêts et une reprise économique plus tard dans le scénario.

On continue à créer des emplois, le marché du travail est très bon. À noter toutefois que cela pourrait inquiéter les banques et certains prévisionnistes si la consommation venait à reprendre un peu fort à nouveau, pouvant générer un peu d’inflation.

En 2022, le Canada a reçu plus d’un million d’immigrants, non permanents et permanents, augmentant la croissance de la population en 2023.

Grâce à ces entrants qui comblent les emplois, on est en train d’augmenter la capacité productive de l’économie, ce qui aide à régler le problème de l’inflation du côté de l’offre plutôt que de restreindre la demande. Bien que cela aide les pressions inflationnistes liées au marché du travail, doubler la croissance démographique peut ajouter des pressions notamment au niveau immobilier.

Le gouvernement ontarien anticipe un retour à l’équilibre financier pour 2024-2025. À quoi est-ce dû?

On vient de constater que le budget fédéral aussi a une faiblesse au niveau de l’économie en 2023. L’Ontario et le Canada ont toujours des tendances assez similaires. L’inflation au niveau fédéral est plus faible parce que sont compris les profits des compagnies de ressources très importantes en Alberta, Saskatchewan, Terre-Neuve et dans d’autres provinces. En Ontario, l’inflation se trouve surtout au niveau de la consommation.

La croissance du PIB nominal, qui est très importante pour les revenus de l’Ontario, est plus forte qu’au niveau fédéral, surtout en 2023-2024. Cela augure donc positivement pour les revenus. Ça a été une surprise positive pour le gouvernement provincial, d’où les prévisions de baisse du déficit favorable et un retour à une situation fiscale positive. L’Ontario a restreint ses dépenses, ce qui correspond au mandat du gouvernement actuel qui tendait à retourner à un équilibre budgétaire.»