Politique

L’Ontario a dépensé une somme record de 112 millions en publicité gouvernementale en un an

La vérificatrice générale de l'Ontario, Shelley Spence, présente son rapport annuel 2025. Photo : Sandra Padovani/ONFR

TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario a dépensé la plus grosse somme jamais enregistrée pour de la publicité gouvernementale, dit la vérificatrice générale (VG), soit 111,9 millions de dollars entre 2024 et 2025. 43 millions de dollars ont été alloués à neuf spots publicitaires jugés partisans et autopromotionnels. Tandis que l’opposition parle de propagande payée avec l’argent du contribuable, le gouvernement Ford en défend l’intérêt informatif et éducationnel.

Les dépenses en publicité du gouvernement suivent généralement le cycle des élections provinciales, souligne la vérificatrice générale dans son rapport. Or, lors des dernières élections tenues en février 2025, les dépenses en publicité gouvernementale ont été les plus importantes jamais enregistrées.

« Pour l’exercice le plus récent se terminant le 31 mars 2025, le gouvernement de l’Ontario a consacré 111,9 millions de dollars à la publicité. Il s’agit de 8,4 millions de dollars de plus que l’exercice précédent, soit le montant le plus important jamais dépensé à cette fin par le gouvernement. »

Dépenses chiffrées pour la publicité gouvernementale en dix ans. Source : rapport annuel 2025 de la vérificatrice générale

La campagne déployée dans les médias américains pour valoriser les partenariats économiques avec les États-Unis constituait la plus grande partie des dépenses, soit 40,1 millions de dollars.

Parmi les différentes campagnes lancées consacrées à la publicité gouvernementale, le Bureau de la VG en a signalé neuf, totalisant 43 millions de dollars, soit environ 38 % du total (111,9 millions de dollars), en indiquant que celles-ci n’auraient pas été approuvées en application de la Loi de 2004 sur la publicité gouvernementale sous sa version originale.

Campagnes publicitaires signalées en 2024–2025. Source : rapport annuel 2025 de la vérificatrice générale

« Certaines publicités sont assez promotionnelles pour le parti au pouvoir et ne fournissent pas vraiment d’informations solides et utiles à la population de l’Ontario, affirme Shelley Spence. Il y a des chiffres dans ces publicités pour lesquels nous n’avons aucune preuve à l’appui. »

« Nous croyons que les publicités ont été conçues pour améliorer l’impression des Ontariens quant à l’état actuel de l’Ontario, dont le sous-texte faisait la promotion du parti au pouvoir », peut-on lire en commentaire de l’analyse.

Une loi sur la publicité gouvernementale trop permissive, selon la VG

La VG a indiqué en point presse que : « Les publicités gouvernementales devraient uniquement servir à informer le public. Si l’on regarde l’ancienne loi, il y avait des critères très stricts pour déterminer ce qui était partisan ou non. Et une grande partie de ces critères a été retirée dans la nouvelle loi. »

Shelley Spence fait référence aux changements à la Loi de 2004 sur la publicité gouvernementale apportés en 2015 par le gouvernement du Parti libéral, permettant l’usage de publicités partisanes avant les élections. L’une des promesses de campagne de Doug Ford en 2018 visait d’ailleurs à rétablir l’autorité de la Vérificatrice générale en matière d’examen et d’approbation de la publicité gouvernementale.

Il est rappelé que l’intention était de s’assurer que l’argent des contribuables ne soit pas utilisé à des fins promotionnelles du parti au pouvoir, et que les publicités restent instructives et non partisanes : « Il s’agit de cas où la Loi, telle qu’elle a été modifiée en 2015, ne permet pas à notre Bureau d’exercer cette surveillance », déplore celle-ci.

« Nous continuons de recommander que la version originale de la loi, qui était en vigueur du 30 janvier 2006 au 3 juin 2015, soit rétablie (…) afin de permettre au Bureau de la vérificatrice générale de l’Ontario d’examiner toutes les publicités numériques payées par le gouvernement, sans exception », rappelle le rapport, avant de préciser que « le gouvernement n’a pas mis en œuvre nos recommandations ».

« Propagande » pour l’opposition, « information » pour le gouvernement

« Propagande financée par les contribuables, ça se passe ici », a ironiquement titré le NPD dans son communiqué de presse, en référence à la campagne gouvernementale « Ça se passe ici, phases 2 et 3 », sensibilisant le public à l’emphase mise par la province sur la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques (VE).

« Doug Ford a dépensé plus de 110 millions de dollars pour polir sa propre image et dire aux Ontariens que tout va bien. Pendant ce temps, les Ontariens ont du mal à trouver du travail et à payer leur épicerie. C’est incroyablement déconnecté de la réalité. Imaginez que vous attendiez 22 heures aux urgences, et qu’à la télévision, vous voyiez une publicité vous disant à quel point tout va bien en Ontario, s’insurge Marit Stiles, la leader de l’opposition officielle. Doug Ford tente de manipuler la population de notre province avec leur propre argent. »

Réaction similaire de la part de John Fraser, le chef parlementaire du Parti libéral, qui estime que la vérificatrice générale confirme le fait que le gouvernement utilise l’argent des contribuables pour ses propres intérêts.

« Au lieu d’investir dans les soins de santé, les écoles et les emplois, le gouvernement a dépensé près de 112 millions de dollars en publicités autopromotionnelles qui n’ont réglé aucun problème. »

De gauche à droite : le député Anthony Leardi (Essex), adjoint parlementaire à la ministre de la Santé, Todd McCarthy, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs, et Stephen Crawford, ministre des Services au public et aux entreprises et de l’Approvisionnement. Photo : Sandra Padovani/ONFR

En conférence de presse, aux côtés du ministre des Services au public et aux entreprises, Stephen Crawford, et de l’adjoint parlementaire à la ministre de la Santé, Anthony Leardi, le ministre de l’Environnement Todd McCarthy a défendu le caractère éducatif des publicités diffusées par le Parti progressiste-conservateur.

« Ce sont des publicités gouvernementales qui sont informatives et éducatives, c’est notre engagement. Elles sont un outil pratique et essentiel pour informer nos concitoyens et pour informer nos voisins du Sud. Il est très important d’éduquer et d’informer le public sur les services et programmes gouvernementaux », a-t-il avancé.

« Toutes nos publicités gouvernementales ont été pré-approuvées par la vérificatrice générale, et elles respectent les limites de dépenses normales, lesquelles sont cohérentes avec le taux d’inflation pris en compte au cours des 20 dernières années », a conclu le ministre McCarthy.