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Orchestre de la francophonie : « Ça va attirer des gens qui ne sont pas du milieu » – Maria-Sophia Pera

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

La violoniste franco-ottavienne Maria-Sophia Pera participe pour la première fois à l’académie de l’Orchestre de la francophonie, dont le format virtuel est accessible au grand public.

LE CONTEXTE :

Jusqu’au 15 août, 37 jeunes musiciens de 9 nationalités différentes participeront aux classes de cet orchestre  : 45 jours de récitals, de classes de maître et de conversations avec des experts.

L’ENJEU :

Sous forme numérique, à cause de la pandémie, cette 20e édition offre une expérience pédagogique à de jeunes talents francophones et francophiles venus d’Amérique, d’Europe et d’Orient.

« Qu’est-ce qui vous séduit dans ce projet musical international ?

J’aime le fait que ce soit majoritairement en français. C’est aussi une bonne occasion de se concentrer de manière intensive sur les traits d’orchestre (quelques lignes d’une pièce orchestrale) afin d’acquérir une technique. Auparavant avec l’université, j’ai surtout participé à des stages de répertoires solos.

Se produire devant un ordinateur plutôt qu’au cœur d’un orchestre, est-ce moins stimulant ?

L’ambiance est complètement différente parce que, en personne, on ressent toute l’énergie de la salle. C’est aussi plus difficile de travailler la qualité du son, même avec une bonne caméra et un bon micro. Mais c’est une très bonne alternative, étant donné les restrictions sanitaires.

Qu’est-ce que le public pourra voir et entendre durant ces 45 jours de classe en ligne ?

L’un des projets consiste à enregistrer un récital de 30 minutes chacun. Ces récitals seront visibles du 1er au 14 août. L’autre projet est en rapport avec un logiciel ou une plateforme en ligne : on doit proposer une entrevue ou créer un montage vidéo, en solo ou avec un autre musicien, afin de développer cette compétence avec la pandémie. Les gens pourront aussi consulter d’anciens projets dans les archives en ligne de l’Orchestre de la francophonie.

Pensez-vous attirer un public nouveau, dans ces conditions ?

Oui, en effet. Je m’en suis rendu compte pour mon récital de fin de maîtrise. Sans diffusion live, je n’aurais pas eu la moitié des spectateurs. Ça donne la chance aux gens d’assister à ce genre de concert depuis chez eux, alors qu’ils ne sont pas habitués à écouter cela. Le format en ligne permet d’écouter un fragment et de revenir plus trad. Ça va attirer des gens qui ne sont pas du milieu.

Maria-Sophia Pera. Crédit image : Annie Diotte_La ptite photographe

Pourquoi avoir choisi le violon ?

Mes parents m’ont beaucoup encouragée à explorer tous les types d’art, comme le piano et le chant. J’ai choisi le violon parce que j’écoutais beaucoup de répertoires de ballet dans lesquels il y a souvent des solos de violon. C’est mon instinct qui m’a attiré. Après ça , je ne me suis plus posé de question.

Comment imaginez-vous votre carrière, après vos études ?

Je viens de terminer ma maitrise à l’Université McGill (Montréal) et je vais rester une autre année pour obtenir un diplôme en interprétation. Je vais souvent à Ottawa voir mes parents. Je compte m’inscrire à des auditions dès que ce sera possible. Beaucoup de postes vont se libérer après la pandémie et il y aura une forte demande de musiciens pour réaliser des concerts. Je compte donc m’inscrire aussi à une série de concerts. Mon autre projet, à moyen terme, est d’apprendre le répertoire influencé par la musique folklorique roumaine. À l’université, on a tendance à apprendre du répertoire standard.

Quelles sont les particularités de la musique roumaine de vos racines ?

C’est une musique qui sonne improvisée. Le meilleur moyen de la comprendre, c’est d’écouter Georges Enesco. Ce compositeur originaire de Roumanie, qui a enseigné en France, a écrit plusieurs pièces pour violon, dont trois sonates et deux rhapsodies. C’est tellement précis que ça semble très contemporain. Il y a beaucoup de notes d’ornementation mais il est difficile de traduire cette précision dans le jeu car il faut que ça sonne comme si c’était improvisé. J’adore cet aspect.

Vous avez été primée dans plusieurs concours : à Toronto et Sherbrooke. En quoi cette reconnaissance est-elle importante ?

J’aime les concours car ils m’aident à amener mon répertoire solo à un niveau supérieur. Les juges observent à quel point le style est respecté, selon l’époque et la composition. Pour réussir, il faut faire des compromis entre comment on perçoit la musique et comment la partition s’inscrit dans un historique. J’aime aussi équilibrer les prestations en solo, le jeu d’orchestre et la musique de chambre. J’aimerais jouer un jour avec un orchestre. »

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