« Parler de seins fait tomber les barrières » : Caroline Raynaud boucle sa tournée ontarienne
En tournée à travers l’Ontario, Le téton tardif de Caroline Raynaud sera présenté les 7 et 8 mai à Sturgeon Falls et North Bay, avant une future tournée pancanadienne dès l’an prochain. Dans ce premier spectacle qu’elle produit, l’artiste franco-ontarienne s’attaque à un sujet qui « lui pèse sur la poitrine » : les petits seins.
« C’est drôle, parce que dès qu’on parle de seins, il y a une barrière qui tombe chez les gens. On parle plus vite d’intimité », observe l’artiste établie à Sudbury.
Au fil d’une tournée d’une dizaine de représentations à travers l’Ontario, la comédienne a vu les réactions évoluer au rythme du spectacle : beaucoup de rires au départ, puis un basculement.
« À un moment, c’est le silence absolu. En poussant le curseur de ces choses qui nous font rire, en les grossissant, finalement ce n’est plus si drôle », souligne l’autrice et interprète de ce seul en scène.
Pour Caroline Raynaud, l’histoire de sa poitrine n’a toujours été qu’un point de départ.
« L’histoire de mes seins a été le point de départ de l’écriture, mais ça a toujours été un prétexte pour parler d’autre chose », affirme-t-elle.
Elle évoque les modèles féminins qui ont marqué son adolescence.

« Se sentir mal parce qu’on n’a pas les seins de Pamela Anderson dans Baywatch, c’est un peu dommage. On peut en rire, mais c’est surtout le symptôme d’une culture qui objectifie le corps humain. »
L’actrice originaire de France, vue notamment dans le film oscarisé La Môme (2007), estime que les réseaux sociaux ont transformé les injonctions physiques sans les faire disparaître.
« Les jeunes grandissent dans une société où le culte du corps est toujours là. Les injonctions ont changé de forme, mais elles existent encore. »
Dénoncer « la culture du viol »
Le public, majoritairement féminin lors de certaines représentations, se confie souvent après les spectacles. Certains diffuseurs ont même organisé des soirées réservées aux femmes.
Mais les hommes aussi viennent la voir, souligne celle qui avait auparavant participé au Cabaret de la bibite, mis en scène par le franco-sudburois Antoine Côté Legault.
« J’ai vu des hommes prendre conscience des réalités que pouvaient vivre leurs sœurs, leurs mères ou leurs filles. Certains viennent même me parler de leurs propres complexes. »
Un père en colère est même venu lui parler après une représentation.
« Il m’a dit : « Ça me fait penser à ma fille, à mon fils… comment les aider à naviguer dans ce monde? » », raconte-t-elle.
Sans prétendre avoir de réponses, Caroline Raynaud dit vouloir ouvrir des conversations.
« Poser des mots, ça fait exister les choses. Si on ignore le problème, on ne peut pas y faire face ni trouver de solutions. »
Le spectacle aborde en filigrane des thèmes plus lourds, comme la culture du viol, l’hypersexualisation et la pression sociale exercée sur les corps.
« Moi, ce dont j’ai envie, c’est que le spectacle provoque des discussions, une prise de conscience ou simplement une envie de réfléchir. C’est une conversation qui m’a manqué quand j’étais plus jeune », déplore-t-elle.
Cinq ans de création
En gestation depuis près de cinq ans, Le téton tardif est passé par plusieurs étapes avant d’atteindre la scène.
L’artiste dit s’être lancée dans « ce rêve » sans mesurer l’ampleur du travail qui l’attendait : écriture, ateliers, dramaturgie, production et diffusion.
« Heureusement que je ne savais pas au départ ce que ça impliquait de produire un spectacle. Sinon, ça m’aurait fait trop peur. »
Elle raconte avoir voulu accélérer le processus de création.
« Les délais dans le milieu du théâtre sont beaucoup plus longs que ce que je voulais pour ce spectacle. À un moment donné, je me suis dit : si ça doit arriver maintenant, ça repose sur mes épaules. »
Malgré tout, elle insiste sur le caractère collectif de l’aventure.
« Ça ne se fait pas seule. J’ai découvert qu’on a besoin d’une grande équipe et d’alliés à chaque étape. »
Le Théâtre du Nouvel-Ontario l’a notamment accompagnée dans la coproduction du projet.
Aujourd’hui encore, la comédienne avoue ressentir un certain soulagement lorsqu’elle retourne devant la caméra.
« Quand je suis simplement interprète dans un film, c’est presque reposant. Je n’ai qu’une seule chose sur laquelle me concentrer. »
Une tournée pancanadienne à venir
Après l’Ontario, Le téton tardif poursuivra sa route ailleurs au pays dès l’an prochain.
« On va aller d’est en ouest au Canada avec le spectacle et j’en suis très heureuse. »
En parallèle, Caroline Raynaud participera au prochain projet de Michka Lavigne, Triptyque boréal, réunissant plusieurs artistes francophones du pays.
« C’est un super beau texte. En juin, je vais à Caraquet, au Nouveau-Brunswick, travailler avec toute l’équipe. »