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Pas de cours d’immersion en français pour des milliers d’Ontariens

Temps de lecture : 4 minutes

Certains conseils scolaires anglophones de la province ne pourront pas offrir des cours d’immersion en français, car ils peinent à trouver des enseignants francophones qualifiés. ONFR+ a appris qu’au moins quatre conseils anglophones n’offriront pas de cours d’immersion en français aux élèves ayant décidé d’opter pour les cours en ligne.

« Nous n’avons pas été en mesure de recruter des enseignants qualifiés supplémentaires dans le cadre du programme d’immersion en français qui pourrait assurer la qualité de notre programme virtuel en répondant aux normes établies par nous et par le ministère de l’Éducation. Cela a malheureusement conduit à l’annulation de notre programme d’enseignement à distance d’immersion en français », a indiqué une porte-parole du Brant Haldimand Norfolk Catholic District School Board situé à Brantford.

Même son de cloche du côté du Catholic District School Board of Eastern Ontario (CDSBEO) qui a dû, « malheureusement, annuler le programme d’enseignement à distance en immersion française ».

« Le conseil continue de chercher et de recruter activement des enseignants francophones qualifiés, et des offres d’emploi sont actuellement affichées sur notre site Web », a indiqué Amber LaBerge, la porte-parole de l’organisme scolaire.

Idem pour le Trillium Lakelands District School Board qui soutient que sa décision d’annuler son programme à la maison est survenue après la décision des familles concernant l’apprentissage à distance. Toutefois, ce n’est pas juste à cause du manque de main d’œuvre que le tout a été abandonné.

« Il n’y a pas assez d’élèves qui choisissent l’immersion française pour pouvoir organiser des cours », a indiqué Sinead Fegan, la porte-parole du conseil.

Joint par ONFR+, le ministère de l’Éducation a indiqué être « conscient que certains programmes facultatifs » ne seront pas offerts « dans le cadre de l’enseignement à distance ou virtuel ».

« Le ministère surveille attentivement la question de l’offre et de la demande d’enseignants, notamment des enseignants de français, en vue de veiller à ce que tous les élèves puissent bénéficier d’une éducation de haute qualité. »

Une pénurie depuis plusieurs années

Ce n’est pas la première fois que la demande d’enseignants en langue seconde fait l’objet de problèmes. Toutefois, le besoin de main d’œuvre est plus criant en raison de la pandémie de la COVID-19, selon les conseils.

« On le sait depuis plusieurs années qu’il y a une pénurie de main d’œuvre. Mais maintenant, les conseils ont quasiment deux systèmes avec l’apprentissage en personne et virtuel. Alors, le besoin d’avoir des enseignants qualifiés dans les deux langues a contribué à augmenter la pénurie et a rendu le tout beaucoup plus difficile pour les conseils », explique Patrick Daly, président de l’Ontario Catholic School Trustees’ Association qui représente 1 400 établissements scolaires.

À Canadian Parents For French Ontario (CPF), ça fait des années qu’on milite pour un plus grand nombre d’enseignants francophones.

« Il y a des mesures en place et des efforts de plusieurs conseils et associations qui sont mis en place pour augmenter le nombre d’élèves francophones dans la formation d’enseignants. Pour le moment, ce n’est pas juste les cours de langue seconde qui manquent d’enseignants. Les classes sont plus petites, alors ça prend plus de monde pour réussir à tout faire », soutient Betty Gormley, directrice générale de la section ontarienne de l’organisme.

Pas une raison économique, assurent les conseils

Le Toronto District School Board (TDSB), qui avait fait un tollé au début du mois d’août lorsqu’il avait révélé jongler avec l’idée de couper dans les cours en français, a décidé de maintenir son programme d’immersion en français à ses 28 000 élèves virtuels. Plusieurs personnes avaient pointé le plus gros conseil scolaire de la province de vouloir faire des économies aux dépens du bilinguisme. Est-ce possible que certains conseils veuillent sauver de l’argent à leur tour ?

« Je peux parler pour tous les conseils quand je dis que la décision n’est aucunement un aspect financier », lance de façon catégorique Patrick Daly. « C’est clairement relié à la disponibilité d’enseignants francophones et à l’aspect unique du système virtuel et en personne. Au niveau des conseils catholiques, ceux qui sont en mesure d’offrir les programmes le font et ceux qui ne peuvent pas, c’est en raison de la pénurie », ajoute-t-il.

Le confrère voisin du TDSB, le Toronto Catholic District School Board, a indiqué à ONFR+ que certains de ses 32 501 élèves en virtuel pourraient eux aussi ne pas bénéficier du programme d’immersion en français.

« Certains programmes spécialisés comme l’immersion française, le programme intensif de français ou le baccalauréat international peuvent ne pas être offerts dans l’école virtuelle. L’offre de ces cours spécialisés dépendra du nombre d’enseignants qualifiés pour le programme », explique l’un des plus gros organismes scolaires de la province avec près de 91 000 élèves.

Des inquiétudes à court terme pour les élèves 

Canadian Parents For French dit avoir fait le tour des conseils de la province et avoir été rassuré par l’état actuel des choses, mais l’organisme veut que les mesures actuelles soit temporaires.

« C’est très inquiétant pour le futur et nous voulons que les conseils scolaires nous rassurent qu’il n’y aura pas de conséquences une fois que les mesures de la COVID-19 seront terminées. C’est très important qu’ils (les élèves) puissent rejoindre les autres élèves dans la classe et être au même niveau. »

La professeure Carole Fleuret de l’Université d’Ottawa s’inquiète du retard que pourraient prendre les élèves qui reviendront après plusieurs mois sans immersion en français.

« Comment est-ce qu’on va prendre en charge les besoins de ces élèves-là ? C’est sûr qu’on va avoir des problèmes au niveau linguistique et en termes d’objectifs. S’ils reviennent l’an prochain, ils vont devoir récupérer les objectifs de cette année qui n’ont pas été vus et les associer à ceux de l’année prochaine. Je ne sais pas comment ils vont faire ça. Ça va être un gros défi ! »

La spécialiste en éducation de l’Université d’Ottawa pense que les enseignants vont devoir payer la note au bout du compte pour des « décisions politiques ».

« Ils auront une tâche gigantesque. On ne peut pas rentrer deux années d’apprentissage en une année. »

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