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Pascaline Gréau à la découverte de la francophonie à Yellowknife

La directrice générale de l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY), Pascaline Gréau. Crédit image Benjamin Vachet

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – Pascaline Gréau fait partie, cette année, de la liste des 10 personnalités les plus influentes de la francophonie canadienne, établie par Francopresse. Une reconnaissance particulière pour cette Française, installée à Yellowknife en 2009, et qui occupe aujourd’hui le poste de directrice générale de l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY). #ONfr l’a rencontrée lors de son passage à Ottawa pour les rencontres nationales de Coup de cœur francophone.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Vous avez été nommée parmi les dix personnalités les plus influentes de la francophonie canadienne en 2017. Comment avez-vous reçu cette reconnaissance, vous qui vivez au Canada depuis moins de dix ans?

J’étais vraiment surprise d’être dans ce classement. Je me demande comment ils ont fait pour sélectionner mon nom, il y a tellement de gens qui font beaucoup mieux autour de moi, qui consacrent tellement de temps et qui ont tant de bonnes idées… Je ressens une certaine fierté, venant de l’extérieur, d’être déjà reconnue. Ça fait rougir!

Vous avez amené pour la première fois à Yellowknife deux événements nationaux de l’industrie musicale francophone, Chant’Ouest et Contact Ouest. Comment avez-vous fait?

Mes prédécesseurs avaient déjà travaillé pour rendre ça possible. Notre travail ensuite, c’était de prouver qu’on pouvait organiser un événement de cette importance. De ce que j’entends, c’était une des meilleures éditions. On a eu un beau temps, des aurores boréales… Dame nature était de notre côté! Et donc, finalement, si ça s’est bien passé, ce n’est même pas grâce à nous! (Elle rit)

Quel impact ce genre d’événements peut avoir pour la francophonie des Territoires du Nord-Ouest?

En organisant ces événements chez nous, on voulait mettre en avant et faire ressortir les Territoires du Nord-Ouest. Que les gens sachent qui nous sommes, connaissent notre réalité et aient envie de revenir nous voir. Ça nous a aussi permis de présenter nos artistes et de leur donner une expérience et une confiance qui vont les aider dans leurs projets. Enfin, localement, on a pu montrer à notre communauté ce que ça peut vouloir dire, la francophonie canadienne.

Pascaline Gréau au SnowCastle XX pour le concert des Dead Frèts. Crédit image: ACFY

Comment se porte la scène artistique francophone à Yellowknife?

À Yellowknife, nous avons une petite scène artistique francophone, avec des ressources limitées et moins d’artistes qu’ailleurs. Mais on fait tout pour l’encourager! Cette année, nous étions d’ailleurs très fiers d’avoir pour la première fois un artiste de chez nous, Yves Lécuyer, pour représenter l’Alberta et les Territoires du Nord-Ouest au concours Chant’Ouest.

On doit être créatif pour aider nos artistes. Même si on n’a pas toujours d’argent pour leur payer un disque, on essaie de les aider à faire connaître leurs chansons, notamment en leur proposant des premières parties quand on organise des spectacles.

Avec le côté anglophone, Yellowknife reste culturellement très développée. Il y a tellement d’opportunités que les gens doivent choisir entre plusieurs événements et donc, on doit se battre pour attirer du monde. Des fois, on y arrive bien, des fois moins. Mais on ne se défend pas trop mal!

Et ailleurs dans les Territoires?

Beaucoup d’associations culturelles francophones à l’extérieur de Yellowknife se trouvent dans de petites communautés. Elles sont portées à bout de bras par des bénévoles qui font de leur mieux, mais ce n’est pas facile. Certaines ont fermé. On essaie de supporter celles qui restent et de les inclure dans nos projets, car étant dans la capitale, c’est un peu plus facile pour nous.

Est-ce difficile de convaincre un artiste de venir se produire à Yellowknife?

Au contraire! Ça reste une ville mystérieuse que les gens ont envie de découvrir. Quand on parle à un musicien de venir jouer dans un château de glace, on n’a aucun mal à le convaincre! Et puis, l’avantage d’être dans une petite communauté, c’est qu’on peut se permettre d’avoir un accueil très personnalisé, en allant les chercher à l’aéroport, en leur faisant découvrir la ville, en allant boire un verre avec eux, en leur montrant les aurores boréales… On veut qu’ils aient de bons souvenirs.

Quel serait votre rêve pour l’AFCY?

Actuellement, nous n’avons pas vraiment de centre culturel pour organiser nos événements et nos activités culturelles. Ce serait donc vraiment bien d’avoir un centre communautaire, avec une salle de spectacle, de beaux locaux et une équipe de quatre à cinq personnes, alors qu’actuellement nous ne sommes que deux.

Avec le futur gymnase à l’école Allain St-Cyr, on aura une scène que la communauté pourra utiliser. C’est sûr que j’aurais de meilleures idées pour un centre culturel qu’un gymnase, mais c’est un petit pas.

Parlons de votre parcours personnel. Venant de France, comment avez-vous atterri à Yellowknife?

Après avoir voyagé pendant quatre ans avec mon compagnon, nous étions venus au Canada dans l’idée de découvrir le continent américain. On avait déjà été en Océanie, en Asie, en Afrique et en Europe… On se disait qu’on allait passer quelque temps au Canada pour faire un peu d’argent, puis reprendre la route jusqu’en Argentine. Mon compagnon, qui est du Nouveau-Brunswick, connaissait bien l’Ouest pour avoir travaillé dans les mines et payé ses études en travaillant là-bas. Comme il avait un ami à Yellowknife, nous sommes venus le voir et finalement, on n’est jamais reparti! Après quatre ans à voyager, on était content de se poser, d’autant qu’on a rapidement trouvé tous les deux un travail qu’on aimait bien. Il y a une qualité de vie ici qui me plaît vraiment.

Pascaline Gréau (au centre) à la St Jean-Baptiste. Crédit image: AFCY

Connaissiez-vous Yellowknife avant?

Pas du tout! Je ne connaissais même pas le nom. J’ai dû regarder sur une carte Google pour voir où c’était!

Était-ce difficile de s’y installer comme francophone?

Dans ma tête, hormis le Québec, tout le reste du Canada était anglophone. C’est ce qu’on m’avait appris à l’école. J’ai donc été surprise et contente de trouver rapidement une communauté francophone à Yellowknife qui nous a vraiment très bien accueillis et entourés.


«Ça a été toute une surprise pour moi de découvrir ce que c’est d’être minoritaire. Je ne savais pas ce que ça voulait dire quand je vivais en France


Est-ce que ça a changé votre manière de voir votre culture et votre langue?

Oui, car aujourd’hui, je comprends ce que c’est de devoir batailler pour sa langue. Quand je vivais en France, je ne me posais pas la question. J’étais comme tout le monde, je trouvais ça cool d’utiliser des mots en anglais… Maintenant, je reprends mon chum s’il ne demande pas les services en français. J’essaie le plus possible de faire valoir mes droits, notamment quand je veux aller voir un docteur, même si des fois ce n’est pas facile et c’est plus long. J’ai aussi inscrit mon enfant à une garderie francophone et veux qu’il ait une éducation en français…

Le Canada est un pays très populaire pour y immigrer, ces dernières années, auprès des jeunes Français. Quel genre de conseils donneriez-vous à celles et ceux qui voudraient faire comme vous?

Je leur dirais de regarder à l’extérieur du Québec, où il y a plein de communautés francophones et de belles opportunités professionnelles. Ça vaut la peine d’aller découvrir la francophonie minoritaire. Mais si on ne parle pas du tout anglais, c’est un peu compliqué. Vivre en francophonie minoritaire m’a permis d’améliorer mon anglais, ce qui m’a donné une ouverture sur un autre monde.

En terminant, si vous étiez à la place de Justin Trudeau, quelle serait votre première mesure pour les francophones?

Je réaffirmerais la place du français au Canada! Même si c’est une langue officielle, là où je vis, on n’a pas toujours de services en français, c’est toujours une bataille… Et puis, je donnerais plus d’argent à la culture!»

 


LES DATES-CLÉS DE PASCALINE GRÉAU:

1980: Naissance à Compiègne

2005: Débute un voyage autour du monde

2009: Arrive au Canada

2010: Devient bénévole à l’Association franco-culturelle de Yellowknife

2012: Devient directrice générale de l’Association franco-culturelle de Yellowknife

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.