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Patricia Gauthier, une dose de leadership dans la lutte contre la COVID-19

Temps de lecture : 5 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

TORONTO – Directrice générale de Moderna Canada, Patricia Gauthier est le visage francophone de l’industrie pharmaceutique en Ontario. Originaire de Trois-Rivières et récemment relocalisée à Toronto, plus précisément à Etobicoke, elle a su imposer sa marque et son expertise dans l’industrie de la santé au Canada et outre-mer. Avocate pendant sept ans, elle s’est tournée vers un secteur d’activité qui, à ses yeux, a plus d’impact.

« Comment votre parcours personnel a-t-il influencé votre choix de carrière ?

Je suis avocate de formation et j’ai travaillé au sein du cabinet d’avocats McCarty Tétrault pendant environ sept ans. Je me spécialisais en responsabilité médicale et en transaction commerciale. Pendant que je travaillais à Londres avec un client sur une transaction commerciale, j’ai réalisé que ce que je voulais faire c’est ce que mes clients faisaient. En voyant ces directeurs, je me suis dit que j’étais faite pour les exécutions commerciales et les stratégies commerciales.  

Comment avez vous finalement choisi cette carrière ?

J’ai décidé de revenir à Montréal pour mon MBA à HEC (École des hautes études commerciales) dans l’objectif de travailler ensuite dans une industrie qui a un impact positif sur la santé des gens. J’ai donc regardé dans la pharmaceutique et j’ai été recruté par un grand groupe, pour lequel j’ai travaillé pendant 12 ans. Au cours de ces années, j’ai eu huit rôles, deux bébés et j’ai surtout opéré dans des postes très diversifiés : marketing, vente, gestion des équipes ou encore marchés gouvernementaux… J’ai énormément appris dans chacun de mes rôles. Plus récemment, j’étais chef de la division des vaccins et c’est à ce moment-là que l’opportunité de travailler à Moderna s’est présentée. J’ai fait le saut.

La transition entre avocate et employée dans le milieu pharmaceutique a-t-elle été simple ?

Non, ce n’était pas facile. Je suis rentrée dans une nouvelle industrie et j’ai recommencé tout en bas de l’échelle comme représentante pendant plusieurs mois. J’avais déjà plusieurs rôles en tant qu’avocate, donc cela m’a permis de progresser assez rapidement. Grâce à ma formation et mon parcours professionnel, j’avais pu développer une pensée critique et une grande capacité d’influence. Tout cela m’a permis d’avoir rapidement de l’impact et de progresser.

Patricia Gauthier (au centre) lors de la Soirée Saphir 2021. Crédit image : Photagonist.ca

Quelles sont les personnes qui vous ont inspiré dans votre carrière ?

J’apprends beaucoup en observant et j’apprécie travailler avec des personnes qui sont meilleures que moi. Cela me pousse en général à me dépasser et donc à développer mes capacités. Je viens d’une famille d’entrepreneurs et ces derniers m’ont donné un bon exemple de l’importance de travailler dur. Les voir se battre au quotidien pour assurer la survie de leur entreprise m’a motivée dès le bas âge. Grâce à l’aide de mes mentors, j’ai pu développer l’éthique de travail que j’ai actuellement.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontée dans votre parcours ?

Il y a plusieurs difficultés. Le but dans une carrière c’est d’exécuter pour avoir de l’impact, alors les défis sont monnaie courante. Personnellement, les défis c’est ce qui m’anime, ce qui me donne de l’énergie et je les recherche en permanence.

Vous avez dû assurer l’implémentation de Moderna au Canada, en pleine pandémie. Est-ce que cela a été évident à mettre en place ?

Il n’y a rien de facile dans la vie. J’ai commencé l’an dernier, le 30 novembre 2020. J’étais la première employée au Canada et je travaillais de mon bureau à la maison. En pleine pandémie, mes enfants faisaient l’école à la maison pendant que moi je travaillais 16 heures par jour. L’objectif à cette époque était de recevoir l’approbation de Santé Canada et d’amener les autres vaccins sur le territoire. Je devais faire tout cela, seulement trois semaines après mon embauche. Nous étions confrontés à trois défis majeurs à savoir : le travail en ligne, la réponse à la pandémie et l’absence de chaîne de production. Nous avions des pressions autant des médias que de l’État. Les enjeux étaient vraiment immenses.

Patricia Gauthier. Gracieuseté

Quelles leçons tirez-vous de toutes vos expériences ?

J’ai acquis beaucoup de leçons dans ma vie. Je dirais que la première fut l’importance de la collaboration. Il faut collaborer de manière transparente et ouverte. Tout au long de ma carrière, collaborer avec des gens pour résoudre des problèmes m’a aidé à élargir mes perspectives. Par la suite, je dirais la transparence pour bâtir la confiance. Je crois beaucoup en partager ce que l’on veut et être vrai pour pouvoir bâtir la confiance et travailler ensemble afin de trouver des solutions.

Il est important aussi d’être flexible et de savoir s’adapter. La vie change rapidement et les formations que nous faisons à l’école sont déjà périmées une fois que l’on arrive sur le marché du travail. Je dirais qu’il est important de rester curieux et d’avoir une soif constante d’apprentissage.

En tant que francophone, votre bilinguisme a-t-il été un atout ou un frein ?

Je suis allée faire mon secondaire aux États-Unis. Je suis partie toute seule et je me suis installée dans une famille d’accueil pour apprendre l’anglais. Je savais déjà à cette époque que, si je voulais avoir une carrière, il me fallait parler l’anglais. Malgré mon perfectionnement, je parlais toujours avec mon accent québécois. Pendant longtemps, cela a été un complexe pour moi. Quand j’ai commencé à travailler dans la pharmaceutique à Toronto, mon gestionnaire qui était québécois parlait lui aussi avec un accent. Cela ne lui posait pas un problème et il échangeait avec tout le monde sans crainte. Cela m’a donné le courage de m’épanouir et d’être fière de mon accent. Quand j’ai changé cette perspective, j’ai pu trouver le plein potentiel de mon bilinguisme.

Patricia Gauthier an compagnie du ministre fédéral François-Philippe Champagne (au centre) et du directeur général de Moderna, Stéphane Bancel. Crédit image : Thomas Volt

Ressentez-vous le poids de l’immense attente que suscite le vaccin dans la population ?

Oui, c’est une grande responsabilité, mais c’est une responsabilité partagée. Je peux agir sur une partie de la chaîne en fournissant les vaccins et en étudiant les effets de ces deniers sur les variants. Tout de même, j’ai une reconnaissance infinie pour tous les professionnels de la santé qui sont en première du processus de vaccination. Je suis aussi reconnaissante pour les gens qui ont maintenu les services essentiels pendant le confinement. De même que les membres du gouvernement qui ont travaillé sans relâche pour maintenir la livraison des services. Je ne suis qu’un maillon dans une immense chaîne.

Quels sont vos projets à long terme ?

Pour la compagnie, nous avons annoncé notre projet de biomanufacture avec le gouvernement. Actuellement, nous travaillons à finaliser cette entente. Par la suite, nous devons bâtir la manufacture en respectant les consignes exigées par le gouvernement. Nous voulons aussi construire des liens dans le cadre de la recherche et du développement en vue de consolider la présence de Moderna au Canada. Nous souhaitons nous établir au-delà de la pandémie et prouver que nous sommes une compagnie de médicaments pouvant révolutionner la médecine. »

Patricia Gauthier. Crédit image : Photagonist.ca

LES DATES-CLÉS DE PATRICIA GAUTHIER :

2002 : Entre au cabinet d’avocats McCarthy Tétrault

2008 : Intègre la branche canadienne du géant pharmaceutique britannique GSK

2013 : Est promue chef d’équipe à GSK Canada

2018 : Devient vice-présidente de l’unité de vaccination à GSK Canada

2020 : Prend la tête de Moderna Canada, à titre de directrice générale

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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