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Paul Lefebvre aux portes d’un second mandat à Sudbury

SUDBURY – Candidat à sa succession, le libéral Paul Lefebvre est en bonne voie de décrocher un deuxième mandat. Ses deux adversaires les plus proches, la néo-démocrate Beth Mairs et le conservateur Pierre St-Amant intensifient leur campagne sur des thèmes très sensibles dans la région : le logement, l’emploi et l’économie verte.

LE CONTEXTE

Historiquement libérale, jamais conservatrice, la circonscription de Sudbury est tombée par deux fois aux mains du Nouveau Parti démocratique (NPD) en l’espace de 70 ans, en 1967 et en 2008.

C’est le francophone Paul Lefebvre qui a ramené, en 2015, le territoire dans le giron libéral. Pour le maintenir, ce natif de Kapuskasing met en avant son bilan et sa capacité à attirer l’attention du gouvernement fédéral sur les besoins locaux.

« Le gouvernement a investi 400 millions de dollars durant les quatre dernières années dans d’importants projets d’infrastructure », soutient-il, citant l’élargissement de l’autoroute 69, le financement d’autobus verts ou l’appui à la recherche de mines avec l’Université Laurentienne.

Le député sortant peut compter sur un électorat francophone significatif – un cinquième de la population – qu’essayera de lui contester le conservateur Pierre St-Amant, autre francophone.

Cet officier, qui a servi durant plus de quarante ans au sein des Forces armées canadiennes, dénonce la culture de la taxation et de la dette du gouvernement libéral pour légitimer un changement de cap, financièrement plus responsable.

Selon les projections du site Qc125, il est au coude-à-coude avec sa rivale néo-démocrate, Beth Mairs. Créditée de 26 % (devant Pierre St-Amant 21 % et loin derrière Paul Lefebvre 41 %), elle défend des logements sociaux plus abordables, des services publics plus solides et la création de 300 nouveaux emplois dans un Plan pour le nord élaboré conjointement avec les autres candidats de son parti du nord de la province.

William Crumplin et Sean Paterson représentent respectivement le Parti vert et le Parti populaire.

ENJEUX

L’emploi est la préoccupation numéro un chez les Sudburois. Paul Lefebvre rappelle s’être « battu pour obtenir la décentralisation à Sudbury de 800 emplois de l’Agence du revenu du Canada » et vante un taux de chômage au plus bas (5,3 %, contre 11,7 % dans l’ensemble du nord).

Rien d’alarmant donc mais le problème se situe plutôt dans la pénurie de main d’oeuvre. Beaucoup d’emplois ne sont en effet pas pourvus et il devient urgent de rendre la région plus attractive pour combler ces postes.

Partis conservateur et populaire militent pour un assouplissement de la législation du travail et une diminution des taxes aux entreprises.

Le NPD, quant à lui, préfère miser sur l’immigration. Beth Mairs promet de « soutenir l’immigration vers la région, y compris l’immigration francophone, en plus d’une stratégie pour retenir les jeunes Sudburois, afin de bénéficier du boom de l’économie verte. »

La candidate néo-démocrate met le doigt sur un autre grand enjeu à Sudbury : l’écologie. Elle estime qu’emploi et environnement doivent aller de paire pour accélérer la développement de la région.

Sur ce point encore, Paul Lefebvre défend son bilan : « On a bâti, il y a 50 ans, une cheminée énorme pour que la pollution aille plus loin. Maintenant, on va la descendre grâce aux innovations. Bien que nos forêts et nos lacs aient été dévastés, on a planté 14 millions d’arbres. On peut se baigner dans la plupart de nos 334 lacs et manger le poisson dans certains. C’est la preuve que l’environnement peut se réparer si on travaille ensemble, qu’on crée des infrastructures vertes et qu’on met des réglementations en place. »

De gauche à droite, Pierre St-Amant, Beth Mairs, Paul Lefebvre, William Crumplin et Sean Paterson. Montage ONFR+

Après l’ampleur des marches pour le climat à travers la planète et au Canada, la question du changement climatique et de la pollution liée à l’activité humaine a mis en lumière le Parti vert. Le candidat William Crumplin est crédité de 10 %, selon les estimations du site Qc125.

« Le Parti vert veut fermer les mines », accuse M. Lefebvre. « Si on ferme les mines, on ferme Sudbury. Les métaux sont nécessaires pour réussir le virage vert de notre économie parce qu’ils servent à fabriquer des technologies comme les batteries. »

« Nous diversifierons l’économie locale afin de réduire sa dépendance au secteur des ressources naturelles en appuyant la transition vers l’énergie verte », propose de son côté Mme Mairs. « Nous ferons de FedNor une agence indépendante avec de nouveaux investissements dans les secteurs nord-ontariens en émergence, y compris les secteurs du tourisme, des arts et de l’agriculture. »

Au-delà de l’emploi et de l’environnement, de nombreux défis sociaux persistent dans la circonscription. La crise des opioïdes a fait des dégâts et se loger reste coûteux. Pour mettre fin à des « décennies de compressions imposées par les gouvernements libéraux et conservateurs », le NPD de Beth Mairs promet de rétablir des équilibres sociaux.

« 45 % des ménages à Sudbury gagnent moins de 50 000 $ par année », constate-t-elle. « Ces gens ne peuvent pas joindre les deux bouts. Le coût de la vie élevé et la faiblesse des salaires sont deux tristes réalités auxquelles plusieurs Sudburois sont confrontés. »

Engagements pour les langues officielles

Si les deux candidats francophones, Pierre St-Amant et Paul Lefebvre, sont très à l’aise pour défendre leurs idées en français, Beth Mairs rappelle qu’elle connaît bien cette communauté.

« Je suis inspirée par leurs exploits, leur résilience et leurs organismes culturels qui rayonnent », dit-elle, s’engageant à ce que le Plan d’action pour les langues officielles soit bonifié en vue d’améliorer l’enseignement dans la langue de la minorité en travaillant avec les provinces et aussi en attirant davantage d’immigrants francophones.

« Nous allons aussi moderniser la Loi sur les langues officielles », ajoute l’ancienne activiste sociale, « afin de renforcer la surveillance et la reddition des comptes, élargir la portée des droits linguistiques, et de veiller à ce que les communautés linguistiques minoritaires seront consultées sur les décisions qui les touchent. »

La néo-démocrate Beth Mairs en compagnie de son chef Jagmeet Singh. Source : Facebook

Et pour ce qui a trait à la justice : « Nous nous assurerons que tous puissent accéder à la justice dans la langue de leur choix, et à ce que les juges à la Cour suprême soient bilingues. »

Lui aussi partisan d’une modernisation de la Loi, M. Lefebvre estime qu’il faut « regarder toutes les causes judiciaires qui ont été gagnées par les langues officielles du pays et voir comment enchâsser ça dans la loi. Il faut aussi s’assurer que la loi ait plus de mordant, qu’on puisse la faire mieux respecter. »

Tous les paliers doivent suivre la loi, selon lui. « Il faut qu’il y ait une redevabilité des provinces qui reçoivent des fonds fédéraux pour ça. »

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

 Paul Lefebvre, Parti libéral du Canada

Pierre St-Amant*, Parti conservateur du Canada

Beth Mairs, Nouveau Parti démocratique

William Crumplin*, Parti vert du Canada

Sean Paterson*, Parti populaire du Canada


LA CIRCONSCRIPTION EN BREF

Nom : Sudbury

Population : 91 532

Électeurs inscrits : 74 368

Revenu médian des ménages : 46 443 $

Proportion de francophones (selon la première langue officielle parlée, déclarée dans le recensement de 2016) : 19,3 %

Député sortant  : Paul Lefebvre, Parti libéral du Canada, depuis 2015

*Les candidats du Parti conservateur, du Parti populaire et du Parti vert n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

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