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Pénurie de main-d’œuvre francophone : une question québécoise pour O’Toole

Temps de lecture : 3 minutes

RUSSELL – En déplacement dans l’Est ontarien, une région majoritairement francophone, le chef conservateur Erin O’Toole a prôné plus d’autonomie en immigration pour le Québec afin de résoudre la pénurie de main d’œuvre francophone, sans évoquer le cas franco-ontarien confronté à un manque d’employés francophones et d’immigration économique.

« L’immigration est très importante pour notre économie », a lancé le leader conservateur. « On doit régler la situation avec la réunification familiale et les travailleurs étrangers. C’est pourquoi pour le Québec, je vais donner plus d’autonomie en immigration parce qu’il y a une pénurie de main d’œuvre là-bas. »

Le député ontarien de Durham a fait cette déclaration, ce mardi, en réponse à une question d’un journaliste en conférence de presse sur la cible globale de 400 000 immigrants au Canada. Le leader du PCC avait choisi Russell, dans l’Est ontarien, pour marteler ses engagements en matière de frais de garderie, de sécurité aux frontières ou encore d’infrastructures dans la région d’Ottawa.

Mais quand est arrivé le chapitre de l’immigration, il a réservé une partie de sa réponse en français aux électeurs québécois et non aux électeurs de la circonscription la plus francophone de l’Ontario dans laquelle il se trouvait : Glengarry-Prescott-Russell.

La pénurie de main-d’oeuvre en travailleurs francophones et bilingues frappe de plein fouet l’Ontario, notamment dans le Nord et l’Est de la province. Plusieurs acteurs du dossier regrettent que l’immigration ne soit pas prise plus au sérieux durant la campagne électorale, dans les plateformes des partis fédéraux et dans les débats et tournées des chefs.

« Le manque de main d’œuvre, on le voit partout dans le Nord, dans les mines, la foresterie, la restauration », indique Denis Laframboise, président de la Société économique de l’Ontario. « Les gens ne savent plus quoi faire. On presse le gouvernement d’accélérer l’immigration économique francophone mais ça bouge très lentement. La cible de 5 % est trop basse. On devrait viser entre 5 % et 10 % mais je n’ai pas vu cet engagement dans la campagne. »

Aucun parti n’a avancé de cible chiffrée, sur sa plateforme ou dans les médias, en matière d’immigration de langue française. Les plateformes conservatrice et libérale mentionnent la volonté d’augmenter l’immigration francophone hors du Québec pour maintenir le poids démographique des minorités francophones, sans aucune cible.

« Du tourisme politique », réagit le député local

« Si M. O’Toole était au Québec, j’aurais compris qu’il parle de pénurie et d’immigration québécoise. Mais là, il est en dans la circonscription la plus francophone de l’Ontario et oublie carrément la question de l’immigration francophone hors Québec », a réagi Francis Drouin, député sortant dans Glengarry-Prescott-Russell.

Au coude à coude avec Susan McArthur, le libéral est crédité de 41 % des intentions de vote par le site QC125, et talonné par la conservatrice qui pointe à 36 %. Le vote francophone est généralement décisif dans cette circonscription.

Le passage du chef conservateur en terre franco-ontarienne a sidéré M. Drouin. « Il est venu faire de la politique négative, laver son linge sale et il est reparti », ajoute-t-il. « Il n’a même pas nommé sa candidate locale. Qu’est-ce qu’il est venu faire ici ? » s’interroge-t-il, qualifiant ce déplacement de « tourisme politique ».

Sa rivale conservatrice n’avait pas donné suite à nos sollicitations médiatiques au moment d’écrire ces lignes.

La francophonie minoritaire malmenée tout au long de la campagne

Ce nouvel accroc illustre à quel point la francophonie hors Québec a constamment été sous-évaluée tout au long de la campagne. Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa, parle d’un domaine « complètement négligé » par l’ensemble des partis, à la fois dans les débats des chefs et dans les tournées politiques.

Les chefs de partis se sont contentés d’un service minimum sur leur plateforme, avec des « offres très similaires » comme l’immigration, le postsecondaire ou la modernisation de la Loi sur les langues officielles, observe-t-elle. « C’est toujours la même chose qu’on entend : tous veulent augmenter l’immigration hors Québec, mais personne ne dit par quel moyen. Or, on n’arrive même pas à atteindre les cibles actuelles. Je ne vois pas comment les choses peuvent changer. »

« Aucun parti ne s’est engagé sur une cible en immigration. Donner une cible, ce serait une promesse contraignante. Donc on évite d’en mentionner une », complète Stéphanie Chouinard.

La politologue au Collège militaire royal du Canada qualifie la campagne de « très québéco-centriste » dès qu’on touche aux enjeux francophones. Une attitude qui « exclut des milliers de francophones du Canada » sur des enjeux qui les touchent pourtant comme l’immigration, les soins de longue durée ou encore les langues officielles.

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