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Pierre Poilievre indétrônable dans Carleton ?

Temps de lecture : 5 minutes

Après 15 ans à la tête de la circonscription, le député conservateur Pierre Poilievre semble partir avec une longueur d’avance dans Carleton. Mais ses adversaires n’ont pas dit leur dernier mot, d’autant que la lutte de 2015 avait été serrée. Le transport est un des enjeux principaux de cette campagne.

LE CONTEXTE

En 2015, moins de 2 000 voix séparaient le conservateur Pierre Poilievre de son adversaire libéral Chris Rodgers. Raison sans doute pour laquelle celui-ci a décidé de retenter sa chance, cette année, dans la circonscription de Carleton, située dans le sud et le sud-ouest d’Ottawa.

« Nous avons besoin d’une voix forte pour porter nos enjeux locaux. Je veux créer un mouvement pour améliorer la vie quotidienne des gens. J’ai commencé le travail en 2014 et je ne l’ai pas arrêté. J’ai continué le porte-à-porte pour connaître les préoccupations des citoyens », explique le candidat libéral.

Face à l’ancien ministre de l’Emploi et du Développement social sous le gouvernement de Stephen Harper, l’ancien directeur d’un salon funéraire, fonctionnaire fédéral pendant plus de dix ans, veut croire en ses chances.

« J’ai les mêmes préoccupations qu’eux », assure M. Rodgers.

Mais pour le candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD), Kevin Hua, il est temps de changer la façon de faire de la politique.

« On voit toujours les mêmes personnes au parlement. Il est temps d’apporter une différente perspective. Je suis jeune, peut-être inexpérimenté, mais j’amène une nouvelle façon de faire », explique l’étudiant de 18 ans.

M. Hua justifie sa candidature par les décisions du gouvernement libéral sortant. « Ils ont abandonné les électeurs, notamment sur les questions de la réforme électorale, des changements climatiques et des Autochtones. »

La circonscription de Carleton est située dans le sud et le sud-ouest d'Ottawa. Source: Élections Canada

Le changement, c’est aussi celui que veut incarner le représentant du Parti vert du Canada (PVC), l’ingénieur de formation, Gordon Kubanek, qui s’est présenté à plusieurs reprises au niveau provincial.

« Les libéraux et les conservateurs se partagent le pouvoir depuis 150 ans. Ils n’ont pas été capables de prendre les décisions qui s’imposent », juge-t-il.

Pour lui, le parti d’Elizabeth May ne vise pas le pouvoir, mais à influencer le prochain gouvernement.

« Nous voyons plus loin que les élections. Si le prochain gouvernement est minoritaire, on pourra l’influencer en proposant des choses qui ne sont pas populaires, mais qui sont nécessaires. »

Le Parti populaire du Canada (PPC) sera représenté par un ancien professeur à temps partiel à l’Université d’Ottawa, actuellement gestionnaire à Santé Canada, Alain Musende.

ENJEUX

Pour le candidat libéral, Chris Rodgers, l’important de cette campagne est de s’attaquer au coût de la vie. Il applaudit les accomplissements de son parti lors du dernier mandat, notamment l’Allocation canadienne pour enfants. Attentif à l’environnement, défenseur de la taxe sur le carbone, il veut développer le transport en commun dans la région.

Le candidat libéral Chris Rodgers. Source : Facebook

« Il y a de grands besoins pour les gens dans le secteur rural, mais aussi dans le centre-ville. J’ai fait le trajet du sud vers le centre-ville pour aller travailler, je sais ce que c’est. La deuxième phase du train léger concernera une de nos communautés, mais il faut s’intéresser à la prochaine étape. Le fédéral doit être là pour l’appuyer. »

Une idée à laquelle adhère M. Kubanek, qui va même plus loin.

« Le temps de l’automobile individuelle, c’est fini ! C’est une perte de temps et d’argent pour les gens et le fédéral doit travailler avec les provinces et les municipalités là-dessus », estime-t-il, insistant aussi sur l’importance d’investir dans le logement abordable, en misant sur des coopératives de logement, et de faire de la santé mentale une priorité.

Le candidat néo-démocrate Kevin Hua. Source : Facebook

La santé et le coût de la vie sont au cœur des priorités des citoyens, témoigne le néo-démocrate, M. Hua.

« Quand je vais aux portes, les gens me parlent du coût de la vie, de l’accès à la santé, du logement abordable… Les changements climatiques reviennent souvent aussi », énumère celui qui se dit inspiré par le discours de la militante environnementale suédoise, Greta Thunberg.

La francophonie vue par les candidats

Les candidats interrogés par ONFR+ sont tous capables de s’exprimer en français.

M. Hua a commencé l’immersion dès la maternelle, car, dit-il, « les langues officielles étaient importantes pour mes parents et le bilinguisme bon pour mon cerveau ».

Partisan de l’Université de l’Ontario français, il soutient également une modernisation de la Loi sur les langues officielles qui reflèterait les besoins en matière de services, de justice et d’immigration francophone.

Le candidat libéral promet, lui, d’être un champion des langues officielles s’il est élu. Expliquant avoir appris le français sur le tas, à 23 ans, il raconte que c’est l’ancien député franco-ontarien, Mauril Bélanger, qui l’a encouragé à poursuivre ses efforts.

« Aujourd’hui, mon fils de quatre ans va dans une école francophone. C’est le premier dans ma famille ! Je veux qu’il apprenne la langue, mais aussi la culture et le mode de vie. C’est ça être Canadien ! Et cela prouve à quel point c’est important pour moi. »

Né au Québec, M. Kubanek est beaucoup plus mesuré quand vient le temps d’aborder la question du français.

« Je pense que c’est nécessaire de parler les deux langues officielles pour faire le pont entre les deux solitudes, même si je ne pense pas qu’il y ait réellement deux solitudes. C’est une question complexe. Je suis d’accord avec toutes les initiatives pour supporter le français, mais au Québec, il y a beaucoup de lois contre les anglophones, donc je suis prudent. »

Sur le dossier de l’Université de l’Ontario français, le candidat vert est tout aussi ambivalent.

« En a-t-on vraiment besoin ou est-ce juste pour acheter des votes ? », questionne-t-il. « Il y a déjà des universités bilingues qui manquent d’étudiants francophones et qui sont de très bonnes universités. Moi, quand je vivais à Sarnia, je suis allé à McGill faire mes études. »

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

Chris Rodgers, Parti libéral du Canada

 Pierre Poilievre*, Parti conservateur du Canada

 Kevin Hua, Nouveau Parti démocratique

 Gordon Kubanek, Parti Vert du Canada

 Alain Musende*, Parti populaire du Canada


LA CIRCONSCRIPTION EN BREF

Nom : Carleton

Population (2016) : 102 918

Électeurs inscrits : 74 185

Revenu médian des ménages : 117 649 $

Proportion de francophones (selon la première langue officielle parlée, déclarée au recensement de 2016) : 9,4 %

Député sortant : Pierre Poilievre, Parti conservateur du Canada, depuis 2004

* M. Poilievre et M. Musende n’avaient répondu à nos demandes d’entrevue au moment de publier cet article

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